Retour sur l'Instant Thé organisé aux Ulis

Instant Thé - définition :

L'Instant Thé est un moment convivial donnant l'occasion à des professeurs d'un même département de se rencontrer et d'échanger sur la thématique du Yoga, des cours, des élèves...
Il permet de tisser des liens entre professeurs dont les lieux de résidence et d'enseignement sont parfois éloignés les uns des autres.
Autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux, de jeunes professeurs et d'autres plus expérimentés, donnant quelques heures de cours par semaine ou vivant du Yoga, peuvent librement échanger sur leur expérience, leurs questionnements (cours, ateliers, techniques, astuces, lieux) et découvrir des affinités qui pourraient déboucher sur des projets communs
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A l'occasion de l'événement Yoga au Carreaux du Temple du 11 juillet 2015, Bettina et Elisabeth se sont rencontrées. Elles sont toutes les deux professeurs de yoga dans l'Essonne.
Alors parce que c'est plus facile à deux, elles se sont lancées dans l'organisation d'un Instant Thé ; il s'est déroulé mercredi 11 novembre aux Ulis.

Cinq professeurs se sont rencontrés sur la dizaine d'enseignants recensés dans le département et les communes limitrophes.

Après un tour de table et les présentations, nous avons commencé à échanger sur nos besoins en tant que professeurs et sur nos envies de partages d'expériences.

Au cours de ces premiers échanges informels, nous avons recueilli de nombreuses informations sur la vie de l'association régionale et d'autres sujets (adhésion d'une association en tant que membre actif à l'IFY-IDF, indépendamment de l'adhésion de nos élèves, les rencontres de Zinal, des films à voir ou promouvoir).

Nous avons échangé et obtenu des premiers éléments de réponse à nos questionnements personnels.

Ce premier rendez-vous est passé très vite. Nous avons terminé en essayant différents bancs que nous avait apportés Bettina et leurs possibles utilisations en cours.

Nous sommes repartis reliés, souriants et enrichis de cette première rencontre avec l'idée de nourrir ce lien.

Un deuxième Instant Thé est d'ores et déjà en préparation pour février-mars 2016.

Bettina, Elisabeth, Ghislaine, Laurent, Monique.




Saisir l'essence du yoga

Auteur: 
MLEKUZ Nathalie

 
 “Pour moi le yoga est l’architecture de la paix. C’est la science des angles et des triangles. Son but est d’atteindre ce que guru Prem Singh Khalsa appelle « l’alignement divin » par une série de postures qui favorisent la paix de l’esprit et du cœur et nous rapprochent de l’infini. Pour parvenir à cet alignement, à cette incarnation de la géométrie de l’amour, il faut du désir, de la volonté, de la discipline.“
 
A travers ses mots et surtout ses photos, Michael O’Neill partage avec nous, dans cet ouvrage de grand format, intitulé Yoga, l’architecture de la paix, édité par les éditions Taschen, son désir d’approcher l’essence profonde du yoga, son souhait de saisir les êtres, mais aussi les objets, les images, les paysages au-delà de leur dimension immédiatement visibles.


 
Les photos ont été prises entre 2006 et 2013. On y trouve pêle-mêle des portraits de personnalités du yoga, des photos de foule lors de la Kumbh Mela (70 à 100 millions de personnes qui se massent autour des eaux glaciales du Gange), des anonymes en posture du yoga, des paysages, des images de lieu… Soit un curieux mélange qui, à n'en pas douter, reflète les multiples facettes du yoga. Les photos des pionniers de la diffusion du yoga en Occident (Iyengar, Pattabhi Jois, Desikachar…) sont très émouvantes, peut-être parce que leurs visages nous sont familiers ou que certains nous ont déjà quittés. Les photos prises en Inde, celles qui nous montrent des anonymes en posture de méditation ou de yoga, sont, elles, captivantes. Il y a par exemple celle de cet homme en posture de yoga nidrasana (posture du repos du yoga) : il est allongé sur le sol sableux, ses mains soutiennent sa nuque, ses jambes entourant ses épaules sont posés derrière sa tête, faisant autour de son buste comme un petit berceau. La posture est fascinante, mais ce qui surprend le plus c’est le regard de cet homme dans cette posture, un regard empli de présence et dénué du moindre souci d’image.
Autre photo particulièrement touchante, en noir et blanc cette fois, celle d’un yogi totalement nu, en namaskara (prosternation) : assis sur les talons au bord du Gange, le dos penché vers l’avant, il prie le haut de la tête en contact avec l’eau : “Son crâne et son chakra supérieur ne faisaient qu’un avec le Gange, m’offrant l’image de la sérénité intérieure qui est à la portée de tous“, écrit Michael O’Neill.
Citons enfin, mais beaucoup  d’autres méritent d’être longuement contemplées, la photo, également en noir et blanc, d’un yogi de 98 ans, swami Yogananda, qui pose devant les racines d’un arbre multiséculaire : "Après la séance de pose, il m’a demandé de le laver dans le Gange et de l’essuyer. Cela m’a paru aussi naturel que de frictionner l’un de mes enfants après un bain froid“.
 
Au fil de ces images, accompagnées de petits textes, Michael O’Neill nous offre une plongée dans la culture de l’Inde et dans l’univers du yoga, mais aussi, et c’est sans doute le plus enrichissant, le récit de son propre cheminement, de ses propres avancées vers une forme de dépouillement.

Yoga, l'architecture de la paix. Michael O,Neill. Editions Taschen. 49,99 €.

Autiste: une place parmi les autres?

Le handicap n'est pas toujours bien traité en France. D'ailleurs, être autiste est-ce un handicap ?  Comment faire que notre société accueille mieux les autistes et leur accorde une place qu'ils n'ont toujours pas aujourd'hui. A voir pour savoir et comprendre.
Pour voir le film, cliquez ICI



Cela s'est passé à l'IFY

Le Week-end du 21/22 mars dernier Sophie Dreux Le Cren a animé un stage "statique et maintien". Catherine partage son expérience.


Retour sur le stage de Sophie Dreux Le Cren


Pendant ce week-end, j'ai abandonné nombre de certitudes et accepté de bon cœur les remises en cause d'habitudes posturales. Celles-ci ont touché mon quotidien, ma pratique et ma conduite de cours.
D'emblée  une revue, via des planches anatomiques, de la  statique debout simplement sur nos deux pieds.
Des exemples d'observation sur certains d'entre nous avec les réajustements nécessaires. 
 


 

Déjà l'enseignement de Sophie m'apparaît comme un éclairage fort et précis de mon placement et de ses conséquences ; des douleurs 

d'épaules et de cervicales récurrentes.  La bascule du bassin en rétroversion devient la chose à éviter. Mais oui! Quelle aberration de vouloir à tout prix effacer nos courbures vertébrales ! Celle des lombaires en particulier...Quelles conséquences sur toutes les chaînes musculaires et les compensations qui s'installent et le corps qui devient douloureux, tendu...! Et pourtant cela faisait partie de mon quotidien...

 

Il y'a aussi nos particularités physiologiques psoas, ischio- jambiers trop courts... Sophie nous propose de travailler sur ces points particuliers pour qu'enfin notre équilibre, notre stabilité notre maintien soit ce qu'il devrait être.
Nous aurons trois pratiques en un jour et demi. Les enchaînements restent les mêmes avec à chaque fois un peu plus d'intensité, de précision, ajusté dans le souffle.
Les supports pour les postures assises sont un élément indispensable, shogi, chaise tout ce qu'il faut pour une colonne vertébrale qui respecte ses creux et ses courbes.( Pashcimatânâsana avec deux chaises un régal.)
J'ai mis en place, dès la fin de cet atelier, tous les apprentissages dévoilés par Sophie. J'en ressens déjà les effets et mes élèves me font des retours tous aussi enthousiastes.

Merci à Sophie à son enseignement d'avoir bouleversé mes habitudes...et à cet atelier d'avoir eut lieu.

Catherine Bertolini
 

Zoom Île de France

Interview de Bettina Abraham professeur de yoga dans l’Essonne

Je prends le train pour Etampes ce mercredi 13 mai et à la sortie de la gare je trouve que ça sent bon le printemps.
Bettina est venue me chercher et nous partons pour son cabinet à Etampes, elle y donne des cours de yoga particuliers et des consultations de naturopathie et sophrologie depuis plus de 15 ans.  C’est son métier à temps plein après un premier exercice professionnel comme attachée de presse dans une grande entreprise .Elle est maman de trois grandes filles.
Nous nous installons et Bettina sort de son sac un gâteau, le yogi bollo et des boissons, je me régale et vous donnerai la recette à la fin de l’article.
Bettina, rencontrée lors de stages avec Peter Hersnack,  est douce avec un beau regard.

Bettina professeur de yoga

« Cette recette de yogi bollo me vient du centre Sivananda de Paris où j’ai fait du yoga pour la première fois. C’est un yoga statique du nord de l’Inde avec 12 postures de base…

Trois rencontres sont importantes dans mon parcours professionnel de yoga:

Sophie Dreux : j’ai rencontré Sophie lors d’un cursus universitaire à Tours et me suis formée à l’enseignement du yoga dans sa première promotion (1999-2003) à Angers. Je découvre à ce moment-là le lien entre le yoga et la psychologie et aussi la finesse de l’adaptation dans la transmission du yoga. Mon sujet de mémoire était « le yoga et la relation à soi ». C’est Sophie qui m’a donné confiance pour mon installation en tant qu’enseignante de yoga.
Peter Hersnack : il enseigne une plus grande liberté. Les limites de la pratique sont repoussées. L’ouverture vers le spirituel s’installe à notre insu à partir de l’expérimentation. C’est l’expérience des sutras sur le tapis. Je continue de suivre ses stages de postformation…
Bernadette de Gasquet : j’ai été formée en 2007 à l’Approche  Posturo-Respiratoire de Bernadette de Gasquet  et cela m’a permis de travailler en maternité en pré et postnatal à Etampes et à Arpajon. C’est une spécialisation qui me plaît beaucoup.
J’exerce en cours collectifs (environ 13 cours réguliers par semaine ) à Etréchy, Etampes et Chamarande dans des salles municipales ; je donne des cours particuliers au cabinet d’Etampes les mercredi, vendredi et samedi.
J’anime en plus des ateliers mensuels thématiques très variés : le yoga des yeux, l’alimentation, l’étude des sutras, le périnée et les abdos par exemple.

Bettina naturopathe et sophrologue

Diplômée  du Collège Européen de Naturopathie traditionnelle en 2001, je me suis aussi tournée en 2012 vers une formation de sophrologue pour que des personnes qui ne pouvaient pratiquer les postures puissent ressentir les bienfaits du yoga. Je suis sophrologue diplômé depuis 2014. La phénoménologie, courant philosophique sur lequel se base la sophrologie m’a permis de revisiter les sutras et de mieux comprendre l’enseignement de Peter Hersnack .

Ses rêves

-me rapprocher de mes collègues de l’Essonne dont je suis éloignée puisque j’habite presque en Beauce. Organiser un instant thé de yoga me plairait , mais je  me demande qui viendrait. Je songe à organiser une rencontre des enseignants de yoga de ma région  de quelque école qu’ils soient…
-enseigner la méditation de pleine conscience 
Formée à la méditation de pleine conscience pendant le stage de 8 semaines MBSR avec le docteur Gilles Pentecôte, je voudrais la transmettre de façon plus ample.
-organiser un stage d’été
-devenir formatricecar ces différentes façons d’aide m’ont toujours ramenée vers le yoga

Comment elle se fait connaître

Par le forum des associations d’Etrechy et d’Etampes.
Par des affiches et dépliants.
Un site personnel est en cours.
Par le bouche-à-oreille

Les sutras qui la portent, qui font sens

sutra II 1 Tapas, svadhyaya, ishvara pranidhanani kriya yogah 
Comme outil pédagogique. C’est une possibilité pour adapter en cours particulier. Certaines personnes auront besoin de plus d’effort et discipline, (tapas), d’autres d’auto-observation (svadhyaya), et d’autres encore très volontaires de plus de lâcher prise (ishvara pranidhana). Les trois me paraissent indissociables dans la pratique.

Sutra I 3 Tada drastuh svarupe avasthanam
Je le dirais ainsi :
Se connecter à l’étincelle du purusha, comme moyen de poser un autre regard sur la réalité et se libérer des conditionnements et des attachements.
Cela rejoint mon sujet de mémoire sur « le yoga et la relation à soi. »

Merci Bettina de nous avoir consacré du temps pour parler de ton métier !
Et maintenant dans la cuisine pour confectionner le yogi bollo !

3 mesures de farine complète ou demi-complète
1 mesure de sucre complet ou roux
2 mesures de poudre d’amande ou noisette
1 mesure de raisins secs
½ mesure huile d’olive ou autre
2 mesures et ½ eau
Bicarbonate 1 c à soupe rase
+ cannelle, cardamome
 
Tout mélanger, étaler sur une plaque de cuisson (lèche–frite) avec papier sulfurisé et mettre au four 25-30 min à 200 degrés. Laisser refroidir et découper en carrés.
Pour contacter Bettina pour un instant thé de yoga avec elle ou autres :
abraham.betti@free.fr
Entretien réalisé par Marie-Christine Tchernia le 13 mai 2015 à Etampes.

Oracles du design à la Gaîté Lyrique

Exposition d’objets entre art et design
Si vous avez l’occasion de passer dans le 3ème arrondissement de Paris, faites un saut à la Gaîté Lyrique *1 (près du Musée des Arts et Métiers). Vous ne le regretterez pas, cette exposition d’objets de design est unique en son genre. Des objets doués de gaîté lyrique en mimétisme joyeux avec le lieu. Ils parlent de nos modes de vie ordinaires ou rêvés, de nos émotions aussi,  entre projection du futur, nostalgie du passé, douce folie de nos imaginaires mélangés. Dix histoires nous sont contées pour le plaisir des yeux et pour saisir l’opportunité de se laisser décoiffer par l’air du temps. Des histoires vieilles de 30 ans jusqu’à aujourd’hui.
 
  Quand fond et forme coïncident : réussite absolue
Les objets présentés ont été sélectionnés à partir de la collection du CNAP (Centre national des Arts Plastiques) qui regroupe des créations de designers internationaux,  certains très connus, d’autres inconnus, quelques artistes aussi. Une collection unique en Europe, qui renouvelle ses acquisitions tous les 3 ans.  Nomade, elle exporte ses objets dans le monde entier. Par l’originalité de la sélection et de la mise en scène, cette exposition s’adresse à tous les publics. Les formes font signe, font sens comme une écriture. Aucune classification qui enferme mais un rassemblement par familles composées autour de qualificatifs : simple – curieux – gonflé – abstrait – naïf – nomade – mutant – archaïque – organique – humble.

Esthètes, prophètes ou poètes les objets mènent l’enquête
Fauteuils, tables, tabourets, canapés, luminaires, objets culinaires révèlent leurs diversité d’une famille d’élection à l’autre, gonflés ou naïfs, abstraits ou mutants  ou simplement curieux. Ils sont là comme témoins de notre temps et semblent bavarder entre eux. Ils nous parlent aussi (en direct dans la 1ère partie « oracles noirs »), nous interrogent sur nos modes de vie. Posés côte à côte, face à face ou dos à dos sur une longue plateforme comme sur  une scène de théâtre,  les objets donnent leur représentation statique en toute liberté dans une cacophonie joyeuse de formes et de couleurs. Une composition qui semble à première vue anarchique mais in fine se révèle subtilement pensée. Cet arrangement horizontal sans hiérarchie ni autorité d’un objet sur l’autre est une invitation légère à jouer avec  nos propres goûts et à simplement se réjouir d’un tel débordement de générosité et de créativité.

Nous,  yogi,  yogini, savons que les transformations, sont souvent au centre des préoccupations du yoga. Cette exposition nous rappelle avec humour que les formes les plus folles ou les plus sages tirent leur force, leur beauté de leur coexistence.  Chaque objet trouve sa place, sa posture,  sans rien perdre de sa subjectivité ni occuper l’espace de l’autre. Toutes ces formes si différentes jouent leur partition colorée dans une harmonie vivante et orchestrée.  Un véritable enseignement de liberté et d’optimisme pour l’avenir, sur le tapis et dans la vie.
 
   *1 La Gaîté Lyrique : une institution relativement nouvelle qui a la particularité de proposer une programmation variée : expositions, spectacles, musique, ateliers et même gastronomie -  3 bis rue Papin,  75003 Paris – métro Arts et Métiers - « oracles du design » jusqu’au 16 août 2015

 













Patanjali et la méditation chrétienne

Le yoga que nous pratiquons est basé sur le texte sacré de Patañjali, les yoga-sûtra-s, dans lequel est décrit le yoga aux huit membres (5 membres extérieurs et 3 membres intérieurs).  Nous sommes tous familiers avec le troisième membre extérieur, la pratique physique (asana-s)  mais il faut aussi tenir compte des sept autres membres du yoga.  

Les yama-s (Y.S.II-30) et les nyama-s (Y.S. II-32) sont les deux premiers membres extérieurs du yoga.  Ceux-ci comprennent les 10  règles de conduite dictées par Patañjali pour guider la vie du yogi.  Ce sont,  par exemple : la non-violence, la véracité, lifye contentement, la modération…
Le  dernier sutra sur les nyama-s (Y.S.II-45) mérite que l’on s’y attarde.  Patañjali y traite de l’importance de la dévotion au Seigneur.  Le Seigneur n’est pas défini par le grand sage, mais il est clair qu’il s’agit d’une Force, d’une Source qui nous transcende et envers laquelle nous devons notre respect par des rituels qui nous conviennent. 
Alors que je commençais à ressentir le besoin d’établir un lien avec l’au-delà, une amie  m’a parlé de la méditation chrétienne.  Très vite, je me suis inscrite à mon premier stage animé par le Père Laurence Freeman, moine bénédictin et directeur spirituel de la Communauté Mondiale des Méditants Chrétiens (CMMC).   

Il me semblait  normal d’y rencontrer des catholiques pratiquants, mais ce qui m’a surpris c’est  le nombre élevé de chrétiens non pratiquants, mal à l’aise avec les positions de l’Eglise et qui, comme moi, avaient côtoyé les enseignements venus de l’Orient et revenaient à la tradition chrétienne.  « Se sentir de retour à la maison » était une expression souvent utilisée par ces nouveaux méditants et ensemble nous nous demandions pourquoi la méditation chrétienne était si peu connue.  Il y a une bonne raison à cela.  D’abord, c’est qu’il n’y  a pas longtemps qu’elle a été redécouverte.
Lorsqu’il  était en mission en Asie en tant que juriste, le futur Père John Main (1926-1982) a appris à méditer d’un moine hindou.  De retour en Angleterre en 1958,  le jeune homme a décidé d’intégrer l’ordre des Bénédictins et  a obéi à son directeur spirituel  qui lui demanda de remplacer la méditation contemplative avec mantra par une méditation discursive.  En 1973,  John Main découvre des textes des premiers chrétiens décrivant textuellement la méditation avec mantra.  La méditation allait pouvoir retrouver une  place légitime en tant que prière chrétienne. 
La méditation dans la tradition du Christ est simple.  Dans l’immobilité, le dos droit, il suffit de répéter pendant 20 à 30 min deux fois par jour  « Maranatha », qui veut dire « Viens Seigneur » en araméen la langue de Jésus.  Quand les pensées se présentent, on les remplace en revenant au mantra.   J’aime l’image du mantra qui agit comme un bâton de marche stabilisant la démarche sur le chemin du pèlerinage vers Soi.   
La méditation chrétienne n’est pas une technique, mais une discipline de vie.  C’est un engagement généreux au quotidien et sur la durée.  La participation hebdomadaire à un groupe constitue un des soutiens  importants de la démarche.  C’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à créer tout près de chez moi un groupe de prière silencieuse qui se rencontre tous les vendredis matins et les mardis en fin d’après-midi.  

Le silence contemplatif dans l’esprit chrétien est non seulement une prière de dévotion, mais  aussi une porte ouverte sur les 3 membres plus intériorisés du yoga ashtanga, le yoga aux huit membres.   Une ouverture se fait éventuellement sur une meilleure qualité de concentration, de conscience à ce qui est ici et maintenant et à la méditation à proprement parler, cet état d’absorption intense dans l’objet de sa méditation. (Y.S.III-2)
Accepter de se concentrer sur la répétition du mantra a un effet purificateur sur l’ego, qui est selon Patañjali, une de nos grandes sources de souffrance.  Faire taire nos pensées (même religieuses) et  nos émotions,  être dans l’immobilité, c’est accepter de ne pas être le centre du monde pour quelques minutes.  L’exercice semble si facile et pourtant on ne peut que constater l’attachement démesuré que nous avons à notre importance individuelle. La prière contemplative est une démarche d’ascèse qui permet une nouvelle définition de la pauvreté et du contentement.
Laurence Freeman recommande de ne pas juger sa pratique, mais de persévérer puisque ses fruits se feront sentir en dehors de la méditation elle-même par une augmentation des qualités du cœur : la compassion, la patience, la joie… 

Le Dalaï lama n’encourage pas le changement de religion.  Les hindous estiment que l’on ne peut pas se convertir à leur croyance.   Mon expérience personnelle m’amène à croire que la religion dans laquelle on a baigné pendant ses jeunes années imprègne de façon durable les fibres de notre univers spirituel.  Mon cœur se tourne plus facilement vers Jésus-Christ que vers Krishna ou Ganesh. Pour moi, c’est une constatation viscérale, tout simplement.  

John Main le fondateur de la CMMC estime que s’il est une déclaration relative à la réalité spirituelle qui puisse prétendre à l’unanimité dans presque toutes les traditions ce serait celle-ci : « seul le fait de consentir au silence permet à l’homme de connaître son propre esprit, et seul le fait de s’abandonner à la profondeur infinie du silence peut lui révéler la source de son esprit où multiplicité et division n’existe plus ».  Ne serait-ce pas ce qu’aurait pu dire Patañjali dans sa définition même du yoga ?

Il y a présentement une multiplicité de propositions liées à la méditation en France. A chacun de nous de trouver celle qui correspond le mieux à notre  sensibilité.  L’affinité du cœur avec l’objet de sa dévotion me paraît cruciale pour soutenir  la  pratique régulière, soutenue et sans interruption telle  que préconisée par Patañjali.  (Y.S.I-14)  La méditation chrétienne fait partie des choix de parcours disponibles.  Il est possible qu’elle corresponde aux élans du cœur de certains d’entre nous.  Encore faut-il savoir qu’elle existe et qu’elle est gratuite.

Marie-Andrée Despatis
madespatis@hotmail.com

Yoga et émotions par Laurence Maman

Les émotions, leur emprise sur les pauvres humains que nous sommes, les moyens d'apprendre à les "gérer", occupent de nos jours l'avant de la scène: on en parle dans les magazines féminins et les revues de psychologie, on les aborde dans les diverses psychothérapies, dans le coaching en entreprise ou ailleurs.
Je passerai ici quelque temps à glaner des points de vue - indiens et occidentaux, anciens et modernes -  pouvant constituer des pistes d'exploration pour les pratiquants et professeurs de yoga que nous sommes. Ceci dans le but d'établir des directions, en corrélation avec ce qu'en disent les textes de yoga. 

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Le mot "émotion" provient du mot français "émouvoir", dont l'origine est latine: e- (variante de ex-) signifie "hors de" et movere signifie "mouvement".
Une émotion est définie comme "un mouvement affectif soudain et intense, entraînant un débordement temporaire du contrôle réflexif, sous l'effet d'une stimulation du milieu."
 
Il est difficile d'en dresser une liste consensuelle. Il est généralement considéré, à la suite des travaux du psychologue américain Paul Ekman, qu'il existe six émotions de base, dont les expressions faciales sont facilement reconnues à travers toutes les cultures: la joie,  la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. Une étude récente en réduit le nombre à quatre: joie, tristesse, peur et colère.
 
Robert Plutchik, psychologue américain, a dressé un beau tableau (la rosace colorée du début de l'article), plus complexe: il était d'avis que les émotions primitives, sur le plan biologique, avaient évolué pour faciliter la survie, l'adaptation, la capacité de reproduction de l'animal. Il a défendu leur primauté en montrant que chacune d'elles déclenchait un comportement d'une grande valeur de survivance ; par exemple, la peur inspire une réaction de fuite ou de combat.
 
Susana Bloch, docteur en neurosciences et spécialiste en neurophysiologie et en psychophysiologie, d'origine chilienne, ayant travaillé pendant plus de 20 ans au CNRS à Paris, a en particulier étudié les effets des émotions dans le corps: attitudes corporelles, expressions faciales, schémas respiratoires spécifiques à chaque émotion. Elle a observé, entre autres, que le fait de modifier volontairement notre schéma respiratoire peut nous permettre d'accéder plus facilement à l'émotion correspondante.
 
 
Dans un article daté de la fin 2014, le Figaro évoque une récente étude menée en Finlande: elle établit une véritable carte corporelle des émotions:

 Le psychanalyste Jacques Lacan parle d'affects plutôt que d'émotions.
Sans l'Autre, point d'affects: c'est le discours, de l’Autre, qui, en les nommant, les fabrique. Lacan prend la suite de Freud, pour qui l'affect trompe sur son origine, passant de représentation en représentation : la substitution et le déplacement ont pour effet de rendre plus que difficile l’accès à l’origine de l’affect éprouvé (ce qui évoque d’assez près le sûtra III, 20).
 
Parmi ceux-ci, l'angoisse a un statut tout à fait à part, révélant, lorsqu'elle se manifeste, que celui qui l'éprouve touche à un point qui, pour lui, est essentiel, fondamentalement indicible, hors langage, vide de signification. "Elle ne se déplace pas, mais reste arrimée à ce qui la produit ". Elle est certitude, n'a pas besoin de preuves, se réfère à un réel.
 
Les positions originales de Lacan peuvent paraître rudes mais amènent à réfléchir :
La culpabilité ne vient pas de la loi, de l'interdit, comme le croyait Freud, mais est solidaire de l'annulation du désir.
L'ennui  est  l'un des affects en rapport avec le  désir d'autre chose.
Affects encore, ce que Lacan appelait les « passions de l'être » : amour, haine et ignorance. L'amour, qui prétend « donner ce que l'on n'a pas », est menteur car il est en fait demande d'espoir de faire Un.
La haine, qui n'est pas seulement l'envers de l'amour, vise tout crûment l'être de l'autre. L'ignorance est passion du « ne rien vouloir savoir », elle rend triste.
La colère, « c'est quand les petites chevilles ne vont pas dans les petits trous », c'est l'affect qui surgit quand du réel se met en travers des entreprises du désir.
 La honte, affect social, surgit du dévoilement de ce qui me constitue sans être moi : désir, chose, objet, symptôme.
Pour les psychanalystes, il est un autre affect qui marque la fin de la cure : la satisfaction, voire l'enthousiasme.
 
En Inde, les émotions sont catégorisées, sous la forme des rasa (saveurs) évoquées dans toutes les disciplines artistiques. La pensée esthétique de l’Inde fut énoncée pour la première fois dans le plus ancien traité d’art dramatique, rédigé au début de notre ère, le Nāṭya Śāstra, qui continue à faire autorité en ce domaine. L'ethnomusicologue Philippe Bruguière explique que ce texte envisage l’art comme un prolongement des enseignements contenus dans les hymnes des Veda.  Attribué au sage Bharata, l’ouvrage traite en détail de toutes les disciplines (danse, poésie, musique, mise en scène, etc…) qui participent à l’art théâtral. L’art y est expliqué comme étant à la fois source de plaisir et moyen de connaissance, s’inscrivant ainsi dans la continuité de la doctrine brahmanique.
 
Le spectateur sensible fait de la perception des "saveurs" une expérience délectable, à proprement parler gustative, procurant une joie ineffable, radicalement différente des émotions courantes qu’il peut ressentir dans la vie quotidienne. L’expérience du rasa ne saurait être objectivée mentalement ni même conceptualisée.
 
Il y a neuf rasa:
* Sringara : Amour -  beauté, sentiment amoureux.
* Hasya : Mépris — sarcasme, moquerie.
* Raudra : Colère — indignation, violence.
* Karuna : Tristesse — compassion.
* Vibhatsa :  Dégoût — aversion.
* Bhayanaka : Terreur — peur.
* Vîra :Sentiment héroïque - courage.
* Adbhuta : Émerveillement — surprise, curiosité.
Ajoutée à ces huit émotions, celle qui n’en est pas une, la seule qui ne se transmet pas:
Shânta : Paix — tranquillité.
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Qu'est-ce que cela dit au pratiquant de yoga?
 
Ces mouvements, exprimant de manière plus ou moins visible des affects intérieurs, échappent a priori, par essence, au contrôle de notre volonté.
 
Probablement, à l'origine, phénomènes ayant permis à notre espèce de survivre, les émotions se sont diversifiées en fonction de la sophistication de notre psychisme. Elles présentent également, dans une certaine mesure, des formes différentes en fonction des modes de vie et préoccupations en divers lieux du monde et à diverses époques.
 
Leur manifestation peut (pas toujours) amener à souffrir (pensons aux klesha, instances psychiques "fauteurs de trouble" présentés par Patanjali dans le yoga sûtra). De ces émotions sources de souffrance, nous tendons à vouloir nous débarrasser, d'autant que le projet du yoga laisse entrevoir l'établissement d'une sagesse détachée et laisse entendre que les émotions, alors,  s'émoussent ou se désamorcent.
 
En Inde, la neuvième, de nature différente, est la paix intérieure; à mettre en regard de la satisfaction ou l'enthousiasme évoqué par Lacan. Desikachar présentait ânanda, la joie profonde et inaltérable, toujours présente en filigrane dans notre expérience, comme l'"essence des émotions ".
 
Inversement, si l'on traduit le plus généralement "duhkha", concept central du yoga - et du bouddhisme - par "souffrance", la référence à l'étymologie de ce terme (espace - kha - mauvais -duh-), souvent référé à la pénible sensation de restriction que l'on peut ressentir dans la région du cœur, nous amène directement à l'angoisse évoquée par Lacan: regardons-la comme l'indicateur de la proximité, dans notre expérience, d'un point réel non descriptible par les mots, mais pourtant fondamental. En un sens, il serait question d'apprendre, peu à peu, à affronter l'épreuve de regarder ce qu'elle révèle, pour mieux « voir ».
 
La première attitude implicite dans le yoga est d'accepter que ce qui est perçu ou se manifeste existe, est réel (satvada). On se fourvoie si l'on se met en position de refus initial de cela. On pourrait parler de déni. Par exemple, si je n'aime pas me mettre en colère (parce que j'en éprouve un inconfort physique, ou bien que je n'en apprécie pas les conséquences sur l'autre, ou encore que cela ne correspond pas à mon idéal du moi...), je vais peut-être trouver un moyen de ne pas exploser, ou même de ne pas ressentir cette colère. Mais d'une part cela va sans doute déclencher dans mon corps des perturbations cardiovasculaires, métaboliques ou autres; d'autre part la non-reconnaissance de cet affect va me priver de la possibilité de comprendre "ce qu'il me dit", dans une situation donnée, d'en comprendre un peu plus sur mon fonctionnement.
 
Krishnamurti insistait sur l'importance fondamentale du premier mouvement d'acceptation, comme susceptible de transformer instantanément l'affect qui fait souffrir, et aussi de pouvoir le considérer avec plus de recul et de clarté.
 
En résumé: accepter les émotions pour les apprivoiser et en apprendre quelque chose.
 
Il faut aller glaner dans différentes parties du yogasûtra pour voir évoquer des concepts faisant référence à ces mouvements surgis de nos profondeurs :
-    Dans le premier chapitre (sûtra I,31), duhkha -souffrance mais aussi oppression par l'angoisse - est présenté comme le premier symptôme de la présence des obstacles à l'entreprise de transformation et de clairvoyance que constitue le yoga. Puis (sûtra I,33), l'amitié face au bonheur , la compassion face au malheur, la  joie face aux actes justes sont des affects "actifs", impliquant la relation à autrui, contribuant à dissiper ces obstacles. On retrouvera les trois mêmes dans le troisième chapitre (III, 23): ce sera alors par rapport aux véritables forces pouvant résulter de la compréhension en profondeur de ce qu'ils impliquent.
-    Toute la première partie du deuxième chapitre (II,3 et suivants) se centre sur les klesha, "afflictions", "fauteurs de trouble" affectant le fonctionnement psychique. Nous retrouvons, des plus manifestes aux plus cachés (et fondamentaux): la peur, le rejet ou dégoût, l'attrait compulsif, à la racine desquels se trouvent les problèmes de l'égo (cf la honte évoquée plus haut) et l'ignorance que l'on peut considérer comme passion du "ne rien vouloir savoir ".
-    Dans ce même deuxième chapitre, le sûtra II,34 propose de méditer sur les conséquences de la violence, de l'avidité , de la colère, de la stupeur, comme sources de douleur et de perpétuation de l'ignorance.
 
Ces citations du texte de Patanjali, non exhaustives, nous font entrevoir la possibilité de voir, par les yeux du yoga, ces affects comme l'expression d'un désordre. La manière dont nous nous identifions à ce que nous ne sommes pas en profondeur joue un rôle fondamental dans la possibilité qu'ils existent et s'expriment. Mais du fait que nous passons notre existence en relation aux autres, et même à ce qui, en nous-mêmes, nous est étranger, Autre (pour le yoga, seul l'état d'être conscient et fondamentalement libre est notre véritable nature), comment ne pas être pris dans ces mouvements qui témoignent du fait que nous vivons? L'ordre et l'équilibre parfaits ne seraient-ils pas synonymes de la mort?
 
Le yoga, me semble-t-il, nous propose deux voies complémentaires, se succédant plus ou moins au fil des années de pratique:
 
         - apprendre, par l'usage des techniques, à se sentir moins déstabilisé par nos mouvements émotionnels. Ainsi, à l'instar des propositions de Susana Bloch, le choix des postures dans une séance, plutôt actives, ou nécessitant plus de lâcher-prise, plutôt vers l'ouverture, ou plutôt vers la fermeture etc..., a un effet, éventuellement rééquilibrant par rapport à celui qu'a, dans le corps, tel ou tel affect.  Il en est de même pour le choix des techniques respiratoires. De manière plus générale, la pratique du yoga, et la concentration qu'elle implique, contribuent à "calmer le jeu intérieur ".
 
         - approfondir par la méditation la perception, l'analyse, la clarté sur ce que nous disent ces   expressions singulières de nous-mêmes,  qui sommes tous différents, inscrits dans une histoire, des expériences, des paroles qui nous ont marqués et dont la trace, enfouie, devenue inconsciente, alimente la répétition de nos modes réactionnels.
 
Aller, modestement, vers un peu plus de liberté, de joie intérieure, d'enthousiasme, en acceptant nos émotions, qui sont des réalités, en nous attelant à changer ce qui peut l'être, mais surtout en visant la découverte de notre nature essentielle.

YOGA ET EMOTIONS par Marina Margherita

Auteur: 
MARGHERITA Marina

Ne nous est-il jamais arrivé d’éclater en sanglots au beau milieu ou à la fin d’une pratique de yoga ? Si ce n’est pas le cas, nous avons manqué quelque chose, ne serait-ce que le mouvement  du diaphragme qui, parfois bloqué par des tensions, retrouve sa liberté à un certain moment dans une bonne pratique.
 
Il y a  une vingtaine d’années, les émotions n’avaient pas encore leur place officielle dans la sphère du yoga. On n’en parlait pas ou on en parlait discrètement, sans trop se faire entendre par tous ceux qui considéraient le yoga comme le domaine de l’apaisement des activités de l’esprit. Mais  comment ignorer les émotions dans une discipline qui est censée relier l’individu au plus profond de lui-même ? La couche émotionnelle de l’être est-elle obstacle ou raccourci vers la connaissance de soi? Quelle est la place de l’émotion dans la pratique du yoga ? Quand elle émerge, qu’en fait-on ?
 
Pour répondre à ces questions, commençons par définir l’émotion. Etymologiquement, ce mot vient du latin motio qui veut dire « mouvement ». Le préfixe « e » qui comme « ex » veut dire « hors de » indique que l’émotion est un mouvement vers l’extérieur. Le dictionnaire Larousse la définit comme un « trouble subit, agitation passagère causés par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie » ou bien « réaction affective transitoire d'assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l'environnement ». Wikipédia ajoute qu’ « elle inclut chez les humains  un comportement physiologique, des comportements expressifs et une conscience ».
 
Dans le Yoga-sutra on ne nomme pas spécifiquement les émotions, mais on fait référence aux facteurs qui peuvent les déclencher. En les appelant klesha, sources de souffrance, ce texte met l’accent sur leur aspect perturbateur dans le fonctionnement de l’esprit.
Ce sont avidya, la méconnaissance, asmita, l’ego, raga, l’attirance, dvesha, la répulsion, abhinivesha, la peur. Doit-on les voir exclusivement comme des sources de souffrance ? En réalité ce sont des modes de fonctionnements instinctifs de l’esprit inscrits profondément dans chaque individu par le désir de vivre et de se perpétuer. La peur est nécessaire à la survie, tout comme l’attirance est à l’origine de l’amour, le refus de répéter des expériences désagréables est protecteur et nous avons besoin de la structure de  l’ego pour fonctionner. Ce sont certes des obstacles à la libération de l’esprit dans la mesure où chaque klesha est une forme de méconnaissance (avidya) de la réalité qui nous coupe de nous-mêmes et du mouvement de la vie : l’ego peut être une vision fausse ou figée de soi, la peur peut surgir de façon injustifiée, et l’attirance comme  la répulsion peuvent nous aveugler. Mais c’est aussi par une expérience de peur qu’on prend conscience de la peur,  par l’attachement de l’attachement…… Ainsi, au cœur d’une expérience, une émotion née d’un klesha, par son caractère subit, intense et donc perturbant peut  illuminer, tel un éclair dans un ciel sombre, un état d’âme caché voire méconnu qui nous relie au plus profond de nous-mêmes.
Le tout c’est de ne pas en avoir peur, ce qui nous amènerait à l’ignorer, la fuir ou la suffoquer, au nom d’un d’apaisement de l’esprit qui nous replongerait dans la méconnaissance.
 
Que fait-on d’une émotion qui émerge ? L’essentiel, dirais-je, c’est de la laisser être, de lui donner sa place, son droit d’existence. Pour cela le yoga offre le cadre propice à l’accueil et à l’intégration consciente de l’expérience émotionnelle. Ce cadre doit être « contenant » et non « suffoquant ».
Il n’est pas le même pour tout le monde et pas le même à tout moment. Il  est modulable en fonction de la personne, de ce qu’elle peut et veut voir d’elle même à un certain moment de son histoire.
 
Parmi les différents cadres proposés dans le Yoga-sutra, le plus contenant c’est pratiphakhsabhavanam, le contournement. Quand on se sent submergé par une émotion, et qu’on craint les conséquences d’un comportement qu’elle pourrait inspirer, on reconnaît sa propre incapacité à y faire face  et on crée un espace pour l’apaiser. On se détourne temporairement de la situation émotionnelle pour prendre du recul et y réfléchir. Cette attitude  implique une prise de conscience et un choix lucide qui peuvent se révéler prudents dans des situations de crise.
 
Ce n’est en aucun cas un abandon du travail de fond qui consiste à se stabiliser intérieurement par la pratique. Quand elle est régulière, nous rentrons progressivement dans une attitude  de stabilité et d’aisance corporelles et respiratoires. Le souffle adoucit les résistances et oriente l’esprit qui devient attentif aux sensations,  pensées et images qui émergent dans son champ d’observation. Au fil des pratiques, le mental se stabilise et devient disponible à accueillir les émotions qui remontent quand le mouvement du diaphragme, bloqué par les tensions, retrouve son ampleur. La liberté du souffle est une clé précieuse dans ce travail : il ne peut se libérer que si des résistances tombent ; si celles-ci ne lâchent pas, la personne n’est pas prête pour faire face  aux émotions que ces résistances  retiennent. Il ne s’agit donc pas  de provoquer les émotions, mais  de leur donner leur juste place, quand elles se présentent, en les accueillant comme des moments changeants de notre réalité psychocorporelle qui participe au mouvement de la vie.
 
C’est alors que l’émotion nous relie avec ce qui, en nous, est touché tout en étant conscient. Elle émerge, monte, descend et disparaît en nous révélant que  toute expérience,  joyeuse, douloureuse, surprenante, enthousiasmante ou perturbante, quand elle est pleinement vécue et accueillie, nous libère.
 
M.M.
2 mai 2015


Résumé conférence Marc Beuvain

La crise globale, reflet de notre crise intérieure

La crise globale, reflet de notre crise intérieure

Dans le cadre des "Instants thé" organisés pour les professeurs, Maryse Jobert nous a invités à assister au visionnage des 3 DVD de Marc Beuvain, soit 3h30 d'enseignement ayant pour titre : « La crise globale, reflet de notre crise intérieure ».

Ces conférences ont été filmées lors des interventions de ce professeur de Yoga au séminaire "Yoga et Santé" à Aix-en-Provence en juillet 2010.

Voici donc un résumé de ce que j'ai compris de cet enseignement espérant à la fois partager mes réflexions et peut-être piquer votre curiosité.

Avec des mots simples et des explications accessibles Marc Beuvain présente la personne sous forme de deux tableaux : l'être (le purua) et l'humain (la prakti).

L'humain, comme l'appelle Marc, est la matière formée du corps physique et énergétique, du mental, de la personnalité et des émotions d'une personne.
Ce coté humain est caractérisé par son instabilité, son impermanence et sa fâcheuse tendance à croire qu'il est le maître du duo purua-prakti.

Par ailleurs, l'être (purua) est la conscience éternelle, illimitée, hors du temps qui se trouve au fond de chacun. C'est lui qui est le véritable créateur, le maître.

Naissance des névroses

Les névroses, nous dit le conférencier, naissent de l'écart et du tiraillement entre l'humain (la matière) et l'être (la conscience). En agissant différemment de ce que nous dicte notre voix intérieure, nous créons le problème.

Le maintien d'un mauvais choix professionnel, que l'on poursuit par peur du changement, est un bon exemple de division interne, alors que la santé spirituelle se met en place et s'approfondit lorsque la matière accepte d'être entièrement au service de la conscience.

La peur du changement et les deux types de Yoga

Le jeune conférencier affirme qu'il existe deux types de Yoga.

Il y a tout d'abord le Yoga samanam, celui qui calme et qui apaise sans entraîner de changements radicaux chez la personne.
C'est celui que la plupart des gens connaissent et c'est celui que Marc appelle le Yoga thalasso.

Il ne dénigre pas ce type de Yoga qui a sa valeur, qui améliore la santé et le bien-être, mais il estime que si cette démarche peut aider en soulageant, elle ne vise aucun changement en profondeur.
Reprenant l'exemple du travail, ce premier type de Yoga aiderait la personne à mieux vivre une situation d'inconfort, mais sans remettre en question la situation de base.

Ensuite, il y a le Yoga śodhanam, celui qui mène vers une guérison complète. C'est un Yoga plus exigeant qui implique l'ensemble de la personne.

En effet, à l'apaisement visé par le Yoga samanam dans le second Yoga s'ajoute une démarche vers l'intériorité. Et cela ne s'arrête pas là... Non seulement il faut rechercher l'intériorité, mais celle-ci doit se refléter dans l'action, dans la vie concrète du yogi pour mener vers une vie de plus en plus unifiée.

Il faut donc trouver sa vérité, ce qui en soi est déjà un défi, et ensuite il faut la dire et la vivre.

Le conférencier pousse la réflexion jusqu'à souligner que si la pratique méditative n'entraine pas un impact sur la vie active, il ne peut s'agir de Yoga śodhanam.

Dans ce cas, la méditation est une pratique de détente, mais pas de changement profond. Il prend aussi le soin de distinguer l'action qui est le reflet de la voix intérieure de la "bonne action", l'action blanche dont il est question dans les Yogasūtra (Y.S. IV-7).

Celle-ci est peut-être louable, mais elle reste du domaine de la matière, de l'humain selon Marc.

L'humain serait comme un cheval sauvage qui a besoin d'être apprivoisé. Le Yoga offre un ensemble de techniques pour apaiser cette matière, cette animalité pour laisser émerger la conscience, notre véritable identité.

L'ascèse en Yoga est cette démarche vers l'éveil spirituel quand la matière accepte d'être au service de l'intériorité, d'un espace de Vérité. Selon Marc ce n'est pas un engagement facile.

« Notre société est à l'image de tous nos conflits intérieurs »

Le jeune conférencier affirme que notre société est à l'image de tous nos conflits intérieurs. « La crise globale, dit-il, est le reflet de notre crise intérieure ».

Individuellement, nous avons oublié qui nous sommes et collectivement le cumul de toutes nos névroses explique les désordres et conflits sociaux qui nous affligent présentement.

Au vu des récents événements vécus à Paris, les affirmations de Marc Beuvain peuvent constituer un grand sujet de méditation.

Pour ma part, le visionnage de cet enseignement m'a donné l'occasion de réfléchir à ma propre démarche en Yoga et sur mon rôle d'enseignante. Comment puis-je intégrer ces notions pour être moi-même un peu plus unifiée et favoriser cette démarche chez les élèves ?

Je voudrais finalement remercier Maryse Jobert d'avoir eu l'idée d'organiser cette belle journée de ressourcement et de partage convivial à laquelle j'ai participé le mercredi 14 janvier 2015.

Marie-Andrée Despatis

Les DVD sont disponibles à l'achat sur le site de Marc Beuvain