Lina Franco : portrait d’une enseignante IFY

L'IFY Île-de-France a décidé de faire découvrir l'enseignement du Yoga dans ses départements. Portrait de Lina Franco.

Portrait de Lina Franco, professeur de Yoga à Paris

« Si j'ai une expertise, c'est dans l'humain »

Depuis deux ans, Lina Franco, jeune femme dynamique, responsable de la newsletter, a mis son énergie et son talent au service de l'association régionale dont elle est administratrice pour, comme elle le dit, « faire sortir l'IFY du placard ».

C'est elle qui a imaginé et piloté la première édition des matinées grand public de juillet au Carreau du Temple "Yoga au Carreau, Cœur ensoleillé" et elle assume avec talent la communication de l'IFY-IDF.

Son parcours

Lina rencontre Claude Maréchal en 1995 alors qu'elle est chercheur - docteur en Littératures Comparées à l'université de Paris-VII -, puis se forme à l'enseignement du Yoga auprès de Laurence Maman puis de Peter Hersnack.

S'inspirant des préceptes des écoles de l'Ashtanga Yoga et du ViniYoga, elle transmet et développe la pratique de cet enseignement lors des cours et des stages à thème qu'elle organise en France et à l'étranger puisqu'elle parle le français, l'anglais et l'italien, sa langue maternelle.

A Paris, elle enseigne en cours collectifs et particuliers au Centre Kalari 7, dans le quartier de la Bastille, et se déplace dans les entreprises dans la perspective de construire des passerelles entre le quotidien professionnel et la vie personnelle.

Les cours de Yoga en entreprise

Lina arrive en courant, elle sort d'un rendez-vous de sélection de professeur de Yoga dans une entreprise prestigieuse. L'entretien a été plus long que prévu :
— « La mise en place des cours de Yoga en entreprise se complexifie », constate-t-elle...

Le thème de la newsletter de décembre étant "Yoga et monde du travail", j'oriente notre entretien sur ce sujet.
Lina m'explique que le Yoga en entreprise peut revêtir différentes formes et que les demandes des entreprises sont de deux sortes : les cours collectifs à destination des salariés et la formule "executive Yoga" (cours de Yoga particuliers pour managers).

Elle constate une évolution de la demande sous forme d'ateliers de durée variable pouvant aller d'une heure trente à une demi-journée, et même tout un week-end :
— « Les 18 et 19 mars 2017 j'organise un week-end salariés sur le thème : le désir en entreprise. »

Et elle ajoute :
— « L'entreprise peut être motivée par le bien-être de son personnel sans forcément attendre un retour sur investissement. Dans l'univers de l'entreprise, la pratique du Yoga ouvre un espace de liberté dans un lieu de contraintes et de codes. C'est un privilège que la personne s'accorde et en même temps l'occasion de répondre à son désir profond de prendre soin de son être, de s'occuper de sa personne.
Loin d'être une obligation, le Yoga réintègre chez le participant la possibilité de choisir réellement et tout seul ce qu'il veut faire ou pas. »

Lina aborde ensuite la dimension relationnelle - le cours de Yoga comme espace "machine à café" :
— « Il s'agit de créer, d'ouvrir un espace d'échange entre les participants aux cours qui prennent le temps, s'accordent un moment pour parler d'autres choses que des projets et des deadlines.
A chaque mise en place d'un cours collectif en entreprise, j'ai constaté l'évolution suivante : 1) dans les toutes premières semaines, les personnes arrivent à l'heure et repartent à l'heure ; 2) au fil des mois, elles commencent à venir un peu avant ; 3) au bout de la première année des cours, elles s'attardent après la séance, parlent, échangent, discutent de manière décontractée et conviviale. »

— « C'est à ce moment-là que la graine Yoga est semée, que l'on discute des bénéfices de la pratique, de l'importance que le Yoga a pris dans leur agenda pro, des ateliers, des stages, bref du besoin de faire plus de Yoga car le cours en entreprise ne suffit plus. »

Le contenu des cours de Yoga en entreprise

— « Les questions, les points à aborder, ce sont les gens qui les apportent », explique Lina.

— « Il s'agit de partir des préoccupations de chacun. Les directions de travail proposées dans la séance se doivent d'être larges pour toucher différemment chacun. Le professeur de Yoga est là pour comprendre le potentiel, commencer à construire une vision, mettre en place des moyens de recherche et d'action... sur le tapis déroulé dans la salle de Yoga de l'entreprise. Prises de conscience et efficacité sont au rendez-vous dès le premier cours ».

Fonctionnement spécifique à l'entreprise : connaître son agenda

— « Le cours de Yoga s'intègre dans un univers professionnel dont il est important de connaître les grandes dates.
La fin de l'année, la reprise de septembre, les périodes de congé, de restructuration, sont des grands moments de la vie de l'entreprise. L'enseignant de Yoga y est sensible et peut devenir un support pour chacun de ces transitions ».

Qu'est-ce qui impressionne les élèves et les patrons ?

— « Certains éléments polarisent leur intérêt, attisent leur curiosité :

la dimension innovante de l'approche Yoga dans un contexte qui a ses règles et sa vision,
l'impact/l'intérêt pour chacun (les décideurs, les destinataires) de l'initiative. Mettre en place de cours de Yoga signifie parfois accepter de faire évoluer des équilibres vers de nouvelles directions,
la nature globale de la réponse Yoga qui concerne le corps - l'esprit - l'affect (traduit dans un "langage" entreprise, cela signifie : capital humain - réflexion/analyse - construction de réseaux/relations),
l'enjeu : acter le changement autrement qu'avec des outils internes propres à l'univers professionnel. »

— « Le défi : investir sur la personne. Ce qui signifie reconnaître son efficacité autant que sa valeur. »

Pour en savoir plus sur le Yoga en entreprise, vous pouvez consulter le site de Lina Franco :
www.body-yoga-paris.com

Références entreprises : RADIO FRANCE, MUREX, BGB AVOCATS...
Auteur de livre et d'articles à caractère philosophique et anthropologique ; dernier ouvrage paru sur le Yoga : « Mémoire et changement », Les Cahiers de présence d'esprit, n° 15

Propos recueillis par Marie-Christine Tchernia
25 octobre 2016 - jardins de Bercy

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Le yoga au bureau : c’est très chouette !

Lorsqu'une de mes élèves m'a demandé si j'accepterais de donner un cours en entreprise, je lui ai demandé un moment de réflexion, le fait d'introduire la pratique du Yoga dans le cadre du travail ne me semblant forcément une bonne chose

Le Yoga au bureau : c'est très chouette !

J'ai ensuite discuté avec elle de la façon dont les cours pourraient s'organiser : elle m'a expliqué que cette demande était entièrement à son initiative et que l'employeur – une entreprise de communication – avait accepté de prêter une salle de réunion pour cette activité.

Pratiquant elle-même depuis de nombreuses années, elle avait su regrouper un petit nombre de personnes décidées à se lancer dans l'aventure du Yoga... en entreprise.

Je me suis donc moi aussi lancé !

C'est la deuxième année que j'anime ce cours et j'avoue que l'enthousiasme des participantes – un homme est bien venu faire un petit tour, mais il préfère jouer de la batterie le mercredi midi – me stimule chaque semaine pour leur faire découvrir tous les aspects du Yoga, même si j'insiste surtout sur les postures et sur la respiration.

Les élèves sont jeunes pour la plupart, pleines d'énergie, mais aussi stressées, car leur activité professionnelle est très prenante. Je leur ai demandé ce que la pratique du Yoga sur leur lieu de travail leur apportait et je vous livre quelques-unes de leurs réflexions.

Tout d'abord le témoignage d'Anne-Christine à l'origine de ce cours :

— « Le fait d'avoir organisé ce cours et de voir l'équipe adhérer m'apporte une grande satisfaction personnelle : le sentiment de contribuer – indirectement – à faire du bien à l'équipe ! Et la possibilité de partager des convictions en matière de qualité de vie. »

Sur le fait de pratiquer au sein de l'entreprise, Orane explique :

— « Je pense que je n'aurais pas pu pratiquer le Yoga aussi assidûment dans un autre contexte. Le fait de pouvoir le pratiquer sur notre lieu de travail est une chance. Nous pouvons nous y rendre facilement et c'est aujourd'hui totalement intégré à mon emploi du temps. C'est un avantage car nous avons beaucoup de travail et parfois du mal à nous organiser pour exercer une activité sportive ou de loisir en parallèle. Les cours le midi, sur notre lieu de travail, facilitent beaucoup la pratique régulière. »

Maud ajoute :

— « Je n'aurais pas fait de Yoga à l'année si cela ne m'avait pas été proposé au bureau. C'est venu à moi, je n'avais jamais pensé en faire régulièrement. Le cours est intégré de façon on ne peut plus optimale dans mon emploi du temps : y aller prend "zéro temps", c'est très très important de ne pas avoir de temps de trajet et le fait qu'il soit le midi ne prend ni vraiment sur le temps pro ni vraiment sur le temps perso, c'est un peu une parenthèse hors du temps. »

Cet aspect pratique – pas de temps de transport, intégration simple dans un emploi du temps chargé – semble vraiment être un point capital pour les élèves. Maud insiste aussi sur le fait que l'entreprise a accueilli cette initiative avec bienveillance :

— « On se sent globalement toutes très bien à l'agence et le fait que l'on nous permette de faire du Yoga nous conforte encore plus dans le fait que l'on prend soin de nous. »

Et pratiquer avec ses collègues de travail ? Christèle témoigne :

— « Le cours collectif de Yoga permet une "parité" dans les relations humaines, on s'affranchit de la hiérarchie et on entre en relation différemment même si la démarche est également très individuelle. »

Julie continue :

— « Le fait que ce cours se passe au sein de l'entreprise, c'est juste hyperpratique ! Cela contribue à faire un vrai break dans le travail et à partager des moments sympas avec les collègues. »

Et Lucile ajoute :

— « Le fait que l'on soit dans nos locaux et en équipe est un très grand plus. Nous avons conservé un bon noyau et c'est très chouette ! »

Ce que constate aussi Anne-Christine :

— « Un plaisir de retrouver les collègues dans une activité personnelle et d'évoluer ensemble. »

Quelques-unes ont relié cette pratique à une meilleure performance dans le travail, même si ce n'est pas ce qui est globalement mis en avant :

— « Le Yoga permet aussi une forme d'introspection et de relaxation, dans un monde du travail très "énergivore" et en conséquence peut permettre également de prendre du recul et de gagner en efficacité ou créativité. »

En revanche, pour toutes, le cours est un moment privilégié, et elles mettent en avant l'aspect déstressant des séances.

Anne-Christine :
— « Le cours apporte une bulle de respiration dans la journée de travail et de speed ; c'est très équilibrant pour la journée... et pour la semaine » (cours le mercredi).

Orane :
— « Le Yoga représente une pause essentielle dans la journée et dans la semaine. Il permet de se ressourcer et de se détendre alors que nous vivons des semaines chargées et stressantes. Il nous fait l'effet d'une sieste. Et permet de se libérer de nos tensions. »

Annabelle :
— « Pour moi c'est important de faire une pause au milieu de la semaine, une pause dans tout ce que j'ai à faire, de ne pas penser à cette liste de choses, mais vraiment arriver à couper pendant une heure. Avec le Yoga, j'arrive vraiment à prendre ce temps et à me concentrer sur autre chose, sur mon corps et ma respiration. J'ai le sentiment que ça vide la tête, ça permet de recharger les batteries et de repartir plus en forme pour la suite de la semaine, un peu comme si j'avais une énergie nouvelle. C'est aujourd'hui un moment que j'attends avec impatience dans la semaine et qui me manque lorsque je loupe une séance. »

Et pour finir, je vous propose une phrase de Maud, qui m'a rappelé, si cela était nécessaire, toute la force du Yoga :

— « D'une manière générale le cours est présent toute la semaine à l'esprit, on est dans un tunnel de stress et d'efficacité mais on peut se dire "demain je vais au Yoga" et ça fait du bien à l'avance ou "hier j'étais au Yoga" et ça fait du bien rien que d'y repenser. »

Je me suis rendu compte à travers ces témoignages combien ce cours leur tenait à cœur et combien l'intégration de cette pratique au sein de l'entreprise, à des horaires compatibles avec leur journée de travail, avait permis à nombre d'entre elles de découvrir le Yoga et de maintenir une pratique régulière.

Pour ma part je suis heureuse d'avoir dépassé mes réticences à faire entrer le Yoga dans l'entreprise, du moins dans "cette" entreprise...

Sylvie Prioul, enseignante IFY-IDF




L’odyssée du stress, une ode à la vie

Penser le stress aujourd'hui, c'est prendre conscience de l'usage très répandu, on pourrait dire galvaudé, du mot dans la langue courante et en particulier dans les médias

L'odyssée du stress, une ode à la vie

La vie, une histoire d'équilibre.

Le stress : ce mot évoque à la fois une difficulté, un mal-être, quelque chose qui ne tourne pas rond.

Le monde de l'entreprise en fait grand cas et des formations sur la "gestion du stress" sont organisées in situ pour les dirigeants et les employés.

Les termes : stresseurs, stratégie d'ajustement (coping), méthodes d'évaluation du stress, identification des sources de stress font maintenant partie du vocabulaire et de la vie en entreprise.

 

L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) évoquent eux aussi la souffrance en entreprise provoquée par le stress et ses enjeux pour la santé.

La vie quotidienne, familiale, sociale fait aussi le plein de situations dites stressantes. Une véritable épidémie au XXème siècle, à prendre au sérieux.

Pour les non-spécialistes, la familiarité du mot d'un côté et les approches psychobiologiques et sociologiques très pointues de l'autre ont de quoi donner le tournis sinon porter à confusion.
Au fur et à mesure des recherches menées dans les secteurs pluridisciplinaires concernés (endocrinologie, biologie, psychologie, sociologie, éthologie, philosophie...), les connaissances évoluent et avec elles les méthodes proposées comme remèdes au stress.

Les interprétations diverses des chercheurs entre eux et les spécialisations sur tel ou tel aspect rendent la notion de stress encore plus complexe et difficile à comprendre.

Pour une relation simple entre stress et Yoga

Retenir du stress cette sensation de mal-être, de difficulté voire de souffrance et avoir pour objectif d'apaiser ces états permet d'établir des analogies avec le Yoga.

Le texte de référence des adeptes du Yoga, le Yoga-Sutra de Patanjali donne des orientations pour réduire les souffrances petites et grandes, physiques, psychiques, existentielles.

Il est surprenant de constater que des réflexions - méditations - si anciennes sur la vie, transmises il y a plus ou moins 2 000 ans soient encore d'actualité et même d'avant-garde. L'ouverture humaniste des aphorismes du Yoga-Sutra indique des voies pour sortir des difficultés qui sont toujours valables au XXème siècle.

Un petit détour historique est utile pour rappeler l'origine du concept du stress et citer deux chercheurs qui ont permis d'ouvrir la voie à d'autres recherches : Hans Selye et Claude Bernard. Internet regorge d'informations sur le sujet, sur le SAG (Syndrome d'Adaptation Générale), le SAL (Syndrome d'Adaptation Locale) et permet d'approfondir ses connaissances.

Si l'on veut mettre le Yoga au service des situations stressantes, il importe d'éclairer la relation particulière entre stress et homéostasie.

Origine du concept "stress"

Le mot "stress" vient du latin "stringere" : étreindre, serrer, lier. En anglais, "stress" signifie : pression, contrainte et par extension, agression, tension, effort. Il signifie aussi souligner, insister, mettre l'accent sur.

Dans les années 1950, Hans Selye, physiologiste canadien d'origine autrichienne, chercheur en endocrinologie a élaboré la théorie du stress. Il en donne la définition suivante :

« Le stress est la réponse non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite »

Autrement dit, le corps répond d'une façon stéréotypée (i.e. : avec les mêmes transformations chimiques) quelle que soit la cause physique, psychologique, environnementale de la demande : par des ulcères gastro-intestinaux, une régression du thymus et des ganglions et une hypertrophie des glandes surrénales.

Tout agent de stress (stresseur) tend donc à changer l'équilibre du corps et ils sont légion : peine de cœur, travail à finir, maladie, colère, bonheur soudain, relation conflictuelle avec un collègue, perte d'un être cher, trac, attentats : la liste n'est pas exhaustive !
Bien sûr, la répétition, la durée, l'intensité du stresseur, feront que le déséquilibre sera plus ou moins – ou pas – dommageable pour la santé.

Chaque corps suivant sa constitution spécifique a ses limites et ses fragilités face aux clapotis quotidiens, vagues et tempêtes de la vie. La façon dont un individu perçoit un contexte stressant aura une incidence plus ou moins intense sur sa santé. Les facteurs affectifs, cognitifs, sensoriels (stress perçu – interprétation de la situation) ont été progressivement pris en considération dans leurs interactions avec le processus biologique.

Homéostasie et stabilité

Vers la fin du XIXème siècle Claude Bernard crée le concept d'homéostasie (W.B. Cannon inventera le nom par la suite : en grec, "stasis" : état et "homoios" : semblable) qu'il définit ainsi :

« Tous les mécanismes vitaux, quelque variés qu'ils soient, n'ont toujours qu'un but, celui de maintenir l'unité des conditions de la vie dans le milieu intérieur. »

Claude Bernard a appelé « milieu intérieur » le compartiment extracellulaire qui contient le sang et la lymphe et fournit aux 100 000 milliards de cellules du corps humain les conditions nécessaires à leur activité (apport de nutriments, élimination des déchets).

Naturellement, automatiquement et dans sa grande intelligence, le corps tend à maintenir un état d'équilibre constant quelles que soient les perturbations intérieures ou extérieures en perpétuel mouvement.

Un ajustement constant des mécanismes biologiques se fait à notre insu et œuvre à l'autonomie de nos microcosmes individuels en lien avec l'extérieur :

« L'organisme est un système qui ne trouve son équilibre dynamique que grâce à son ouverture sur le monde extérieur, c'est-à-dire grâce à son activité commandée par le système nerveux. »
Encyclopaedia Universalis - article "homéostasie"

Le concept d'homéostasie se réfère à la notion d'état stationnaire : rester le même. Celui de stress à la notion de changement provoqué par toute demande intérieure ou extérieure.

Deux pôles opposés, deux nécessités qui interagissent soit dans l'harmonie (bonne gestion de la nécessité vitale) soit dans l'opposition (obstacle à la nécessité vitale).

Une bonne gestion du stress consiste à créer une relation équilibrée entre les deux,

« la constance du milieu intérieur étant la condition de la vie libre »
(Claude Bernard)

Le stress peut être positif ou négatif

L'équilibre dans la relation ne signifie pas qu'il faille éliminer le stress, pour rester stable.

Hans Selye a continué le reste de sa vie à approfondir, affiner sa recherche et a précisé dans une interview :

« La définition du stress est la réaction à toute demande. Même quand vous dormez, même lorsque vous êtes sous anesthésie, vous avez un peu de stress parce que vous utilisez une certaine partie de votre corps – votre cœur bat, votre respiration continue »

Et en réponse à une question concernant la définition médicale pour désigner qu'un stress peut être positif ou négatif :

« Oui, vous voyez, lorsque j'ai créé le concept je n'ai pas pensé à cette différence, j'ai appelé cela le stress. Mais alors il y a souvent eu de la confusion. Le grand public utilise stress et détresse comme des synonymes, mais ils ne le sont pas. Le stress de la douleur, de la tristesse, de la nervosité, de la souffrance - cela est le mauvais stress, la détresse. Mais le stress de la création, ou le stress d'être capable d'accomplir en prenant les choses avec résilience, on ne veut pas éliminer cela. Il y a donc du bon stress (techniquement appelé "eustress") ou le mauvais stress ("distress") mais la réaction à toute demande est le stress. Il y a toujours du stress, donc la seule considération est de s'assurer qu'il est utile pour soi-même et utile pour les autres. »

Il faut savoir que certaines études actuelles sur le stress en entreprise ne prennent plus en considération cette différence entre bon ou mauvais stress mais parlent de "stress aigu" ou "stress chronique".

Dans tous les cas, le stress reste un processus d'adaptation à toute demande.

Le mot stress n'existe pas en sanskrit, et pourtant...

Patanjali dans le sutra 30 du chapitre I du Yoga-Sutra présente neuf obstacles à l'apaisement de l'esprit et décrit dans l'aphorisme suivant les effets produits par ces obstacles : souffrance, pensées négatives, agitation physique et perturbations respiratoires.

Le mot stress n'existe pas en sanskrit mais ces quatre états cités sont bien les signes d'une situation stressante. Suivent plusieurs propositions pour réduire ces états et revenir à un état d'accalmie du psychisme et du corps. Un conseil est donné : rester avec une seule de ces propositions, comme un support et s'y tenir pendant un certain temps.

Les propositions du Yoga ne sont ni des injonctions ni des déclarations dogmatiques sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Différentes voies sont ouvertes, adaptées aux souhaits et possibilités de chacun.

L'objectif étant toujours d'aller vers une stabilité intérieure et ainsi de se faire l'allié du principe biologique d'homéostasie. Comme une conviction vitale, un désir qui demande un certain effort dans le temps et aussi une confiance, un abandon à la vie.

Choisir l'expiration comme objet d'observation

Si l'on désire réduire les sensations de mal-être ou pour les prévenir, Patanjali, sans exclure d'autres possibilités, propose un remède (sutra 34 du chapitre I) : porter une attention spéciale à l'expiration et à la suspension du souffle à vide (après l'expiration).

Une telle pratique demande à être guidée et à être mise en place régulièrement.

Parallèlement aux techniques respiratoires, le souffle, et particulièrement l'expiration, peut être choisi comme objet d'observation dans la vie quotidienne : il s'agira de suivre ses mouvements, son rythme, juste pour sentir le flux et reflux de la vie en action, sans rien faire.

Pouvoir rester avec de telles sensations, sans projet, sans contrôle, peut faire passer soucis et difficultés au second plan, de telle sorte qu'ils soient presque oubliés, dissous. De petites suspensions à vide (à aménager avec prudence) peuvent donner une sensation immédiate de pure relaxation.

Une expiration confortable et légère libère de l'espace, élimine ce qui fait obstacle à une bonne relation avec l'inspiration et donc avec le monde extérieur. Dans la durée, un étirement en douceur du souffle peut agir comme un baume de sérénité face aux accumulations des pensées obsessionnelles.

Faire le vide en soi, non pas pour le remplir à nouveau mais pour éprouver le profond plaisir d'être au monde.

Rendre hommage à notre nature biologique

Il y a au Japon depuis quelques années dans la mer intérieure de Seto un festival artistique dans quelques îles peu habitées mais réputées de cette mer. Un des projets consiste à donner aux artistes des demeures vides pour qu'elles soient transformées en œuvre d'art.

Rester proche de notre milieu intérieur, comme une mer intérieure (pensons à l'eau contenue abondamment dans le corps), c'est soutenir le processus homéostatique, processus de stabilité intérieure naturelle, automatique et d'une intelligence extraordinaire.

Eviter les obstacles intérieurs, ceux que l'on se forge artificiellement par des présupposés, des jugements hâtifs, des interprétations sur les objets du monde et qui rongent, c'est rendre hommage, se rendre à notre nature biologique et bien au-delà.

Est-il possible de faire de nos demeures intérieures des œuvres d'art, non pas pour les donner à voir mais pour y vivre paisiblement ? Un retour vers soi porté par l'énergie créatrice du souffle. Retour vers une clarté innée ?

Comme un souhait possible : stress sans détresse

Que l'enseignement du Yoga - et pas seulement les postures ! - fleurisse dans le monde du travail : dans les grandes, les moyennes et petites entreprises.

Pour qu'enfin l'on puisse chanter en chœur avec Alain Bashung : « Ma petite entreprise ne connaît pas la crise ».

Marie Colasson, professeur IFY




Le yoga, bien-être et plus si…

Le Yoga, bien-être et plus si...

Le Yoga, bien-être et plus si...

Le Yoga est une discipline à médiation corporelle, et dans tout travail, le corps est concerné.

Les métiers à dominante physique ont beaucoup diminué mais pas disparu complètement de notre région du monde.

Il reste des pénibilités importantes où le corps est soumis :
- à des efforts,
- des contraintes,
- des rythmes (dont les horaires décalés),
qui malmènent le bien-être corporel et perturbent l'équilibre.

L'oubli du corps

En Ile-de-France, les métiers du secteur tertiaire (des services) sont majoritaires.

A son poste de travail, la personne est bien là avec son corps : il ne peut pas être absent, mais il peut être oublié.
Au travail, le souci de production, qu'elle soit matérielle ou immatérielle, impose que le corps soit au service de cette production, le corps ne doit pas la gêner.
Il arrive alors souvent que le corps soit comme silencieux à force d'être discret.

A cela s'ajoute une forme de normativité dans les gestes, attitudes... C'est différent selon le secteur d'activité, l'entreprise, mais il y a des codes et il peut être délicat d'y déroger1.

Pour partie il s'agit de simple respect des règles du "vivre ensemble", mais c'est parfois plus insidieux.

Ces deux points engendrent beaucoup de tensions et une relation à son corps contrainte qui devient facilement une habitude. Cela va jusqu'à l'oubli conscient ou non des besoins essentiels : on ne se nourrit qu'au minimum et à des horaires qui obligent à puiser dans ses ressources, les temps de sommeil ont diminué globalement depuis quelques dizaines d'années.

Sans parler des besoins d'hydratation... qui déclenchent des besoins d'élimination... qui font "perdre du temps" et qu'on repousse le plus tardivement possible - ne riez pas, je vous assure que j'ai entendu et vu cela de nombreuses fois et cela finit pas avoir des conséquences néfastes sur la santé.

Se retrouver

Dans ce contexte, le temps de Yoga a d'autant plus comme fonction de retrouver une relation à son corps simple, naturelle, on pourrait dire une relation de proximité.

Peut-être retrouvera-t-on un corps libre, vivant, qui s'exprime, qui respire, et le désir de bienveillance vis-à-vis de soi.

Cela permettra parfois de prendre la mesure de la fatigue, du stress, espérons-le à temps, et aussi de retrouver un corps qui n'est pas qu'un outil de travail destiné qu'à produire, être efficace, rentable et "présentable" et au fil du temps, d'intégrer la sensation d'"être avec" et d'"être un avec".

Se retrouver, il s'agit de cela, est-ce possible si le cours a lieu sur le lieu de travail ? La composition du groupe et les relations entre collègues peuvent créer une dynamique de groupe ouverte et porteuse, c'est souvent le cas et l'occasion justement d'une relation différente.
On vient au cours de Yoga davantage en tant que personne que professionnel(le) et collègue.

La séance et ses modalités pédagogiques peuvent aider à ce lâcher-prise mais il faudra aussi repartir au travail sans trop de difficulté, sans se sentir "à côté de la plaque" !

Se respecter et respecter l'autre

Le travail ne se fait jamais seul quelle que soit l'activité et le statut, et le Yoga nous invite à des relations "ni hérisson ni paillasson" : se respecter ET respecter l'autre, TOUS les autres !

Pas simple dans le quotidien, où des tensions apparaissent souvent. Qu'il s'agisse de tensions entre collègues, ou avec la hiérarchie dans les deux sens (N+... et N-...), avec les clients, les fournisseurs, le personnel d'entretien et de maintenance informatique...

Pouvoir instaurer des relations respectueuses de soi comme d'autrui, apaisées, même lorsqu'il y a des difficultés de concurrence, de management, cela transforme la vie professionnelle. Le travail peut être une formidable opportunité de mettre en pratique l'éthique du Yoga et d'apprendre à concilier ce qui paraît contradictoire, opposé.

C'est souvent la dégradation des relations qui font basculer dans la souffrance au travail. C'est dur mais on peut "tenir" s'il y a du soutien, de l'entraide, de l'amitié, en bref de la bienveillance - il arrive que ce soit un client qui apporte cette attention -, sans cela le cumul des exigences professionnelles et la pauvreté, voire la dégradation, relationnelle peut vite faire basculer dans le burn-out2.

La solidarité est d'autant plus indispensable que le travail est ingrat mais les indépendants peuvent être très isolés professionnellement et les "cadres sup" souffrent d'une solitude d'autant plus grande qu'ils ne sont pas censés en souffrir et qu'ils sont réputés chanceux et parfois soupçonnés de façon explicite ou implicite de ne pas mériter leur place et les avantages qui vont avec.

Le Yoga, quelle spécificité ?

Préserver son équilibre n'est sûrement pas négligeable mais le Yoga n'est pas qu'une pratique de bien-être, qu'apporte-t-il de spécifique au monde du travail, dans l'entreprise ?
Change-t-il la relation à sa vie professionnelle ?

Qu'en disent les collègues qui ne pratiquent pas mais ont des collègues qui pratiquent ? Cela aide-t-il à trouver sa juste place dans le monde ?

Une enquête serait bien intéressante.

Il serait intéressant aussi par la même occasion de savoir "quel monde du travail" vient au Yoga ? Quels métiers, secteurs sont représentés dans nos cours de Yoga ? Quelles CSP (catégories socio-professionnelles) ? En cours collectifs (en entreprise, en salle, à domicile...), en cours individuels ?

Et quelle image donne le professeur de Yoga, lui-même un professionnel, question plus large qui me fait penser que nous pourrions aussi nous pencher sur le métier de professeur de Yoga, ses conditions de travail...


1 On peut penser aux femmes qui investissent un milieu jusqu'alors masculin et qui adoptent pour s'intégrer des attitudes, vocabulaire, tenue vestimentaire qui se rapprochent de celles de leurs collègues masculins.

2 Le burn-out - syndrome d'épuisement professionnel - demande un suivi médical et psychologique.

Chantal Bourgea
Consultante Bilans de compétences, coach, professeur de Yoga

Pratique de Yoga en entreprise 1

Pratique de Yoga en entreprise 2




Yoga et travail

Yoga et travail

Yoga et travail

Quand Lina Franco m'a contactée pour écrire un article, j'ai été d'abord bien déçue...

Je savais que le prochain thème était "Yoga et créativité" ! Chouette !

Et voilà que je découvre le sujet proposé "Yoga et travail" ! Quelle corvée !
J'ai commencé par répondre que je ne concevais pas le Yoga comme un travail !

Ne pensez pas que je souhaitais prendre la tangente... Bien que formatrice depuis plusieurs années maintenant, le Yoga n'est pas mon activité professionnelle, je continue à exercer mon métier initial.

Je pensais donc ne pas être la mieux placée pour aborder ce thème, mais « Justement ! » m'a-t-il été répondu !

Me voilà attelée à ces travaux d'Hercule ! Découvrons ensemble où ils m'ont conduite...

Yoga et Travail, deux mots porteurs de dichotomie

Première impression : ces deux mots semblaient porteurs de dichotomie ! D'autant que l'étymologie du mot "travail" s'imposait à moi : "tripalium" = ancien instrument de torture !

D'où les sens de "douleur, tourment, fatigue extrême". Bien loin du terme "Yoga" : unir, rassembler, joindre, contempler ! Force est de constater qu'aujourd'hui le monde du travail est souvent associé à un malaise : trop ou pas de travail, harcèlement, burn out...

Beaucoup de pratiquants cherchent alors un apaisement, un équilibre, une meilleure gestion du stress par le Yoga qui offre de nombreux outils efficaces et transférables au quotidien ; de leur côté, de plus en plus d'entreprises s'adressent à nous. Prise de conscience ? Stratégie... ?

Je me réjouis de l'investissement des professeurs qui interviennent pour proposer des projets, des programmes adaptés à une demande spécifique. Pour exemple,
♦ Odile intervient dans une antenne fabriquant des vaccins sur des créneaux de 10 minutes seulement auprès des employés chargés de vérifier la qualité des produits.
♦ Isabelle, quant à elle, infirmière scolaire, propose du Yoga aux enfants dans le cadre de l'éducation à la santé.
♦ Catherine ou Laurence, toutes deux kinésithérapeutes, accompagnent, dans leur secteur professionnel, leurs patients grâce au Yoga.

Les exemples sont nombreux... et encourageants !

Pour autant, ne réduisons pas le Yoga à une activité de bien-être !

Tapas : il est essentiel que le Yoga nous "travaille", qu'il nous permette d'accoucher à nous-même, qu'il soit force de transformation, action durable, érosion de nos conditionnements... comme la mer travaille la falaise (Yogasûtra IV, 11) !

Défions-nous des histoires à l'eau de rose... Svâdhyâya fait écho aux "travaux de recherche", voire "aux grands travaux !". Le périple peut nous conduire dans des contrées à explorer...

Autre enjeu de plus en plus prégnant : la professionnalisation du Yoga

Travaux publics ? Travail d'intérêt général ? Comment œuvrer à la reconnaissance du statut du professeur de Yoga ? Quel cadre officiel trouver pour protéger à la fois enseignants et élèves en conservant autonomie, créativité et qualité de transmission ?

Un des premiers sens de "travail", au-delà de la dimension professionnelle, est l'activité ayant pour but la production des biens et services.

En Yoga, les puruşârtha posent, comme un des quatre piliers de la vie, la nécessité de s'assurer bien-être et sécurité matérielle artha

Traditionnellement, le yogi pratiquait, méditait, enseignait beaucoup et vivait de peu, il s'acquittait ainsi d'une sorte de dette envers son professeur et le monde qui l'avait vu naître (ou renaître ?).
Vocation ? Sens du dharma ou du svadharma ?

Qu'en est-il aujourd'hui ? Multiplication des cours, de l'offre, des centres de pratique ou de formation ; inflation des prix ; publicité et foisonnement des objets "utiles" à la pratique questionnent...

Quelles valeurs souhaitons-nous défendre ? Comment trouver le juste équilibre entre déontologie et nécessité ?

Comme le mot Yoga, le mot travail désigne à la fois l'activité, l'ouvrage lui-même, mais aussi la manière de le réaliser. Patanjali nous invite tout à la fois à îsvarapranidhana : confiance et détachement et à nimitta compétences et intelligence.

Je vote (c'est de saison !) pour que le Yoga demeure un art de vivre et un travail d'orfèvre !

Elisabeth REMY, Formatrice IFY

Pratique Yoga Shavasana quelques respirations




Créativité et Yoga

Auteur: 
LE MASSON Philippe

Créativité et yoga

Quand Lina m’a proposé ce sujet je me suis demandé. Suis-je créatif ou pas dans ma façon de transmettre le yoga ? Je me dis de la tradition de Desikachar donc si je respecte la tradition et l’enseignement de mes professeurs, puis-je à mon tour faire preuve de créativité sans m’éloigner de ce que j’ai reçu ?
 
Créativité ou tradition ?
Il s’agit, de ne pas sacrifier le yoga sur l’hôtel de la créativité, mais en même temps de savoir proposer un enseignement vivant. Une fois encore nous sommes sur un fil. Le fameux entre deux du yoga ni trop ni trop peu. C’est rester traditionnel et libre en même temps. La créativité a sa limite là où s’arrête l’adaptabilité des postures. Je peux être créatif mais je ne dois pas ignorer les principes du yoga tant au niveau postural que dans la construction de séance.
Mais, s’enfermer dans les concepts et la tradition rendrait l’enseignement répétitif et ennuyeux. Renouveler ses séances demande constamment de l’inventivité. Respecter le rythme, les préparations et compensations et, l’objectif de chaque posture, permet de rester proche de la tradition mais laisse énormément de créativité. Innover ce n’est pas réinventer. Chaque posture a un concept, la séance un cadre et le yoga des textes. A nous de respecter tout cela, se croire meilleur que plus de 2000 ans de tradition est un écueil qui nous est très souvent démontré par la presse du yoga.
 
Garder un discours vivant !
Guider une séance ce n’est pas réciter une leçon apprise par cœur durant sa formation, mais c’est faire passer avec, et surtout, sans les mots, quelque chose de l’état de yoga. C’est dans ce discours, cette attitude de l’instant qu’est la plus grande part de liberté du professeur. Faire appel au yukti (ruse) pour induire sans dire. Le pratiquant est là pour ressentir, « apprendre quelque chose de lui-même» (Christiane Berthelet Lorelle psychologie magasine n°34). Le discours du professeur vient de son vécu du yoga et non d’une quelconque théorie, c’est en ce sens que ce parlé est vivant, incarné.
 
La relation créative !
Le yoga nous demande de réfléchir à notre attitude avec les autres mais il ne s’agit pas de faire du second chapitre des yoga-sutra un dogme. Nos relations doivent être bienveillantes et respectueuses. La singularité de nos élèves nous force à trouver la bonne attitude face à chacun. La posture relationnelle du professeur n’est pas dans l’imitation mais dans l’incarnation elle aussi.
 
Induire la présence à soit ne se trouve pas dans les livres, elle se vit sur le tapis. Transmettre cette présence s’apprend avec l’expérience et vient du désir de la partager.

 
Philippe Le Masson, professeur IFY

Créativité et Tradition dans l’Enseignement du Yoga

Auteur: 
PINGAULT Delphine

Laurent Nadolski et Philippe Le Masson, professeurs de l'IFY évoquent au travers de deux articles les liens entre le yoga, la créativité personnelle et le respect de la tradition.

 
Laurent Nadolski
Le chant védique est de nos jours encore peu connu. Si à l’époque du sage-voyant Vyāsa, il existait 1180 branches des Veda-s, aujourd’hui il n’en subsiste que 12 ou 13 dont certaines sont en voie d’extinction. L’UNESCO a déclaré le chant védique comme patrimoine universel de l’humanité le 12 novembre 2003, le reconnaissant comme héritage culturel unique. Dès le milieu de 20e siècle, le professeur T. Krishnamacharya, visionnaire et conscient que ce trésor ne devait pas être perdu, décida d’ouvrir son enseignement au-delà de la caste des brahmanes en Inde ainsi qu’aux Occidentaux.
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Philippe Le Masson
Quand Lina m’a proposé ce sujet je me suis demandé. Suis-je créatif ou pas dans ma façon de transmettre le yoga ? Je me dis de la tradition de Desikachar donc si je respecte la tradition et l’enseignement de mes professeurs, puis-je à mon tour faire preuve de créativité sans m’éloigner de ce que j’ai reçu ?
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"Le jeu de l'acteur et le yoga"


 « Ayez soin de vous renouveler  » (Hadewijch  d’Anvers)

C’est  l’histoire d’une promesse qui initie progressivement, pour peu que l’on autorise cette rencontre, une transformation de nos anciens comportements ou habitudes de pensée, ceux-là mêmes qui asphyxient  ou atrophient  notre créativité.

Cette promesse s’appelle  « yoga ».

Il m’est un art de vivre qui, dans  son application quotidienne, tend à enrichir et soutenir ma démarche artistique dans son évolution permanente, me rendant ainsi plus réceptive à cette part d’inattendu que recèle tout acte de création. Il permet de développer une intelligence intuitive capable de révéler sur scène une partition corporelle et vocale nouvelle,  appliquée à  porter la saveur poétique d’un texte.

 « De l’énergie tendue au relâchement du jeu… » (Nâtya-câstra de Bharata) 

L’acteur sur un plateau est là et il agit, et tout ce qui le constitue et le caractérise en tant qu’individu est l’instrument même dont il se sert pour agir. Au deuxième chapitre du Yoga-Sutra se dessinent les moyens de parvenir à notre propre chant :

« tapas-svâdhyâya-îshvara pranidhânâni kriyâ-yogah »
(Le yoga de l’action-purification est ascèse, étude de soi et abandon au suprême)

A l’image d’un triptyque, deux volets extérieurs (tapas et svâdhyâya)  se replient sur le panneau central pour atteindre au cœur de l’œuvre (îshvara pranidhânâ). Ces trois éléments fondent dans leur ensemble les qualités constitutives du kriya-yoga.   

On fait « tapas ».  Avec  ardeur, on crée le terrain favorable susceptible d’attiser le feu intérieur et pour laisser s’exprimer librement la vie en nous. Corps-creuset qu’on  purifie et entraîne. Ce  qui  fait l’acteur « vivant »  capable d’aborder le plateau d’un regard toujours neuf, c’est cette qualité d’énergie (virya) qu’il saura concentrer,  modeler et faire jaillir dans son jeu ; c’est, porté par une foi (shraddha) en son art qui l’anime, qu’il trouve dans l’espace du cœur  (hrdaye), le souffle vivant (Prâna) de l’écriture. « Sthira-sukham asanam », nous dit Patanjali quand il définit la posture. Cet  état (physique et psychique) où se conjugue cette double qualité de fermeté (sthira) et de confort (sukha) recouvrant  ainsi l’expression vers laquelle notre incarnation doit tendre.

 « Marche à vif jusqu’à l’homme » (Edmond Jabès)

Des lignes d’explorations viennent soutenir cet engagement  au « tapis »: svâdhyâya,  deuxième élément du yoga de l’action. C’est à travers l’étude, l’enseignement, l’interprétation et les discussions autour des textes sacrés et leur récitation chantée, grâce aussi aux différents outils du champ artistique et culturel auxquels on s’adonne, que se creuse le sillon de cette mise en relation avec notre créativité, qui nourrit et éclaire notre propre voie.
 
« Ne refuse pas la présence à ce que tu ne vois pas, sois présent à cette présence » (Valère Novarina)

 Dans le chant VI de la Bhagavad-gitâ, Krishna parle à Arjuna du renoncement comme le détachement dans les  actes.  Ainsi,  faire ce que l’on a à faire du mieux possible, parce qu’on se sent relié à quelque chose de plus grand  touche  à cette notion d’Ishvara pranidhânâ : «  l’abandon sans démission ».

Ouvrir son jeu à quelque chose de plus grand.

Agir tout en laissant agir, comprendre qui joue vraiment,  établir cette distanciation-là. 

Et porté par  le souffle  qu’on  accueille et cultive comme source d’expériences uniques, se laisser traverser et caresser  par lui.

Dans cette jubilation toujours renouvelée du dire ;  partager ensemble un voyage en création. 

Lara Bruhl enseignante de l’IFY, comédienne et metteuse en scène.





La créativité dans l’enseignement des Yoga-Sûtra


Portrait de François Marmèche, professeur de yoga dans le Val d’Oise

« François veux-tu nous rejoindre à la cafétéria du Petit Palais ? Je serai en compagnie de Chantal Bourgea  pour notre entretien, es-tu d’accord ? » D’accord tu l’es, pour l’entretien, pour le lieu, pour la présence de Chantal qui a envie de t’entendre raconter notre métier. Enthousiaste et créatif. Ce qui frappe chez toi François c’est  ta générosité : tu n’embrasses pas deux fois mais quatre fois, tu écoutes en ouvrant grand les yeux et tu ris facilement de tout ton cœur !
François, quelle joie de te connaitre un peu mieux, car enfin nous nous croisons depuis quelques dizaines d’années au cours de stages, séminaires, AG et ce portrait cela fait un moment que nous en parlons !

Enseignant de français, latin, grec, théâtre au lycée de Cergy, tu as été aussi formateur au sein de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres.
En parlant du théâtre (en option au bac depuis 1988) qui semble être une grande passion, tu évoques le rôle du silence et de l’espace. Pendant ces 30 ans d’enseignement  du théâtre au lycée, le yoga a sa place. Il est le sas, la porte d’entrée  de ces ateliers de 3 heures menés « en doublette » avec une collègue et un metteur en scène (formé chez Jacques Lecoq, d’où les ponts avec le yoga).

Tu donnes des cours de yoga depuis 1981 et pendant 16 ans tu as animé un groupe stable. Tes  engagements ont été aussi d’ordre politique et syndical. Pendant deux ans, tu as également enseigné le yoga à des BTS Force de Vente, comme aide à la vie professionnelle.

Chantal : François, ton histoire avec le yoga cela commence comment ? 
François : Et bien en me promenant sur les quais je suis tombé sur un marabout flash sur le yoga. Il y avait la salutation au soleil et 4 autres postures que j’ai pratiquées à la maison. J’avais 17 ans.
Ensuite j’ai pratiqué dans les cours de Raymond Lambert, président de la branche française de l’école Van Lysebeth. Cela a duré une quinzaine d’années ; cette pratique comportait beaucoup de postures tenues en statique et était influencée par le hatha yoga, le  yoga irano-égyptien d’Hanish, et le « yoga-dynamique- souffle » (yoga hindou combinant postures, sauts, pranayama et bandhas dans un enchaînement rapide de 45 minutes).
La pratique de  yoga de monsieur Lambert ne m’a plus convenu à un certain moment, elle était source d’une grande tension intérieure.
En 1988, un de mes amis me parle du yoga de Desikachar et Bernard Bouanchaud m’a accepté dans sa formation d’enseignant. 

Marie-Christine : Tu termines ta formation en 1992 avec quel sujet de mémoire ?
François : J’ai choisi de travailler sur le regard, « voir ». L’harmonie existe dans une instabilité permanente. Mon regard change mais l’observation reste.

Chantal : Qu’est ce que tu as découvert  en suivant la formation de professeur de yoga dans la lignée Desikachar ? 
François :
« L’alliance du geste et du souffle.
Le dynamique qui prépare au statique.
La pratique personnelle quotidienne.
Les textes.
La créativité.
La liberté dans la construction des séances.
Le plaisir de travailler avec plusieurs formateurs. J’ai toujours rêvé pour les professeurs de yoga d’un compagnonnage (ces « compagnons » qui font leur tour de France pour s’instruire auprès de plusieurs maîtres, avant de le devenir à leur tour) ; ces dernières années j’ai eu plaisir à travailler avec Laurence Maman, Béatrice Viard, Babette Rémy, Michel Nicolas ».

Marie-Christine : Depuis  2010 tu donnes des cours de yoga à Ermont deux soirs par semaine .Nous avons parlé souvent ensemble de ta manière créative de transmettre le yoga en particulier les  Yoga-Sûtra, peux-tu l’évoquer pour nous ? 
François : Dans ces deux grands groupes j’ai choisi de transmettre le Yoga-Sutra en début de séance.
Nous nous installons en cercle et les 10 premières minutes du cours sont consacrées à un sutra.
Je choisis un thème comme parinama (le changement), karma, eka tattva (une seule direction) et je cherche les sutras s’y rapportant. Je traduis le texte sanscrit du sutra et l’illustre systématiquement par quelques anecdotes concrètes. Ensuite  il y a des indications pour lier le sutra à la pratique des postures, à la séance. Pendant cette séance, lorsque cela me paraît juste, je rappelle tel ou tel aspect du sutra.
Nous pouvons explorer un thème pendant plusieurs semaines. Les yoga sutras édictent la manière dont on fait une séance. Tout est champ d’expérience (chapitre 4).

La séance de postures constitue le cadre d’une expérience mentale où la forme compte moins que la manière de la prendre.
Après la pratique des postures  et pour clore la séance je propose souvent du chant. Les échanges au sujet de la séance interviennent en début de la semaine suivante. Ainsi il se fait comme un tissage. L’être de relations que je suis ne peut faire autrement que de tisser des relations avec les autres. J’ai envie que cette vie de yoga que j’ai laisse des traces chez mes élèves à travers échanges et transmission.

Marie-Christine : J’aime bien quand tu dis que le yoga n’est pas une école de pensée mais une école de vie, quels sutras t’ont accompagné dans les moments difficiles ?
François : Ceux qui ont trait à la souffrance. Tout est souffrance, cela vient de l’ignorance, de l’ego, de l’attraction et du rejet.
Ceux qui parlent de la joie intérieure. Dans les moments de plus grand malheur, je suis optimiste et il y a un fond de joie…

Marie-Christine : Qu’est ce qui te donne envie de continuer d’enseigner le yoga ? Où se porte ta curiosité ?
François : Je souhaite que la curiosité que j’ai à faire chaque pas, continue. A chaque pas, sa découverte.
Etre attentif sans juger. Etre ouvert à ce qui se passe. Les choses se présentent, les accueillir. Ne pas juger avant de faire. Quelque chose se délie si l’on reste ouvert.

Voici d’autres mots que François a choisis concernant le yoga
Jamais corps tout seul ; toujours corps conscience.

Pas de progrès dans les formes : tout est changement mais un développement est possible de la discrimination, de la connaissance de soi, de l’intuition.

Le bien être n’est qu’un moyen habile pour donner confiance dans un chemin qui mène vers plus de liberté.

Chaque type de yoga a sa cohérence, veiller à cette cohérence interne et à cette richesse apportée par la différence ; ne pas condamner ; ne pas préjuger ; chacun son chemin, pourvu qu’il y ait chemin et cheminement possible !

Le yoga n’est pas une école de pensée, c’est une école de vie.

S’il n’est fait mention qu’une seule fois de la posture dans les Yoga-Sutra, c’est peut être parce que la seule posture qui compte est la posture intérieure.
 
Propos recueillis par Chantal Bourgea et Marie-Christine Tchernia, le 2 juin 2016



L’Instant Thé : Yoga et Mandalas

Auteur: 
HEGUY Nicole
Le 24 juin dernier, Nicole Héguy professeur de l'IFY avait réuni des participantes autour du thème « Yoga et mandala », elle nous relate cet instant-thé.
 
En début d’année, j’ai commencé à m’initier aux arcanes du mandala, à son labyrinthe.
Le terme « mandala » vient du sanskrit et signifie « cercle ». Il est utilisé comme moyen d’illustration depuis des millénaires. Comme allégorie de l’âme, le mandala est universel. Profondément ancré dans la culture indienne et le bouddhisme tibétain, on le retrouve dans tous les pays du monde.
 Lors de mon cheminement, j’ai compris que la réalisation de mandalas, qu’ils soient figuratifs ou géométriques, nécessite une approche particulière.
J’ai découvert que le mandala est constamment associé au monde de la forme et de la couleur. Cette présence à l’instant m’a conduit à une profonde concentration proche de nirodha.
 
J’ai très vite perçu les liens entre le yoga et les mandala. A la fois fascinée et intriguée ; j’ai décidé de partager mes expériences avec d’autres professeurs.J’ai organisé un Instant Thé le 24 juin à mon domicile, autour du thème : « yoga et mandala ». Alison, Patricia et Anne étaient présentes. Dorothée m’a transmis son témoignage.
 
Patricia :
«C’est un travail d’expansion réalisé toujours en silence qui passe par le visuel, la matière.
Retrait momentané du monde extérieur, dans le silence et la concentration pour renouer avec l’être en soi. Celui qui regarde en dehors rêve…Celui qui regarde en dedans s’éveille.Lorsque l’exécutant est un enfant, le travail vise à centrer. A l’inverse, les mandala visent l’expansion dans le cas d’une personne dépressive.L’exécutant est toujours libre, il aime se structurer lui-même. Toute une quête vers l’unité, la méditation, la paix intérieure… »
 
Dorothée : « Sur un atelier d’une demi-journée, j’axe la pratique du mandala dessiné et la pratique du yoga autour d’un bhavana donné.
L’accent est mis ici sur la spontanéité de l’image et du dessin dans un premier temps.
Puis la pratique vient ouvrir le champ de perception, apaiser le mental pour un retour sur un second temps de dessin et ainsi pouvoir observer comment les deux pratiques influent l’une sur l’autre. Il est également possible d’axer la pratique de yoga autour du même bhavana pour observer comment le corps intègre celui-ci après le temps de dessin »
 
Alison :
"Le sujet des mandala m’a interpellé au début parce que j’avais peut être une possibilité de faire des ateliers de yoga pour les adolescents  l’année prochaine. Les mandala peuvent être utilisés surtout pour les ados et les enfants.  L’idée de prendre le temps pour échanger entre professeurs sans les contraintes du temps me plait beaucoup. J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec d’autres professeurs et de pouvoir poser des questions et d’en avoir des réponses très pointues et intéressantes. J’ai compris au fils de l’après-midi la complexité des mandala et surtout leurs liens avec le yoga."

Anne :
« La pratique du mandala invite à retrouver notre axe et à se rapprocher de notre monde intérieur. Au centre du mandala réside le Soi, purusa en sanskrit. Mon premier instant thé. Une bonne occasion pour moi de rencontrer d'autres professeures de yoga. L'expérience des autres me donne des idées et m'ouvrent des espaces.Merci à toi, Nicole de nous avoir accueillies »
 
Les liens entre le yoga et les mandalas sont multiples.
 
Il permet, à celui qui l’exécute de dépouiller l’égo de son trop-plein, de traverser les apparences et à atteindre l’Etre absolu qui luit en son centre.
 
Prise en charge de soi, des autres et du monde ; le mandala vise à la conquête de la conscience suprême.
 
Nicole Héguy