Il n'y a pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Il y a des mots sanskrits d'autant plus forts et riches de sens qu'ils sont brefs, d'autant plus complexes et difficiles à saisir qu'ils sont faciles à prononcer

Satya : pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Satya en est un. Etymologiquement, il dérive de sat, participe présent du verbe "être", qui signifie "qui est, qui existe". Le mot satya, en tant qu'adjectif, se traduit par "réel, vrai, authentique, sincère, fidèle, loyal".

En tant que nom neutre, il signifie "réalité, vérité, véracité, authenticité, sincérité, loyauté".

Ce qui frappe, c'est qu'en sanskrit il n'y a qu'un seul mot pour désigner la réalité et la vérité – alors que le latin en possède déjà deux, realitas et veritas.

Dans le dictionnaire Larousse, la réalité est définie comme "le caractère de ce qui est réel, de ce qui existe en fait, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé, fictif" et la vérité comme « l'adéquation entre la réalité et l'homme qui la pense". En parallèle, le dictionnaire sanskrit dit de satya : "sate hitam satyam" "ce qui conduit vers SAT, l'Etre, le réel est satya".

Qu'est-ce que le réel ? L'adéquation dont parle le Larousse est-elle possible ? Est-elle souhaitable ? Comment y arriver ?

L'homme croit voir le monde

Pour le Yoga-sûtra, la réalité est constituée de deux principes : "ce qui voit" et "ce qui est vu". On pourrait penser que l'être humain est le voyant et le champ de vision, la réalité autour de lui. Cela n'est que partiellement vrai.

Le champ de vision de l'homme est sa réalité intérieure, cet ensemble de pensées, d'émotions et de sentiments qui sont formés en lui par le contact avec le monde qui l'entoure. Il croit voir le monde ; de fait, comme dans le mythe de la caverne de Platon, il en voit le reflet dans son esprit, il le pense, il le re-connaît se fondant sur ses expériences passées, il ne le voit pas tel qu'il est dans le présent.

Se forgeant son identité sur sa vision subjective du monde, l'être humain s'y attache et rentre dans une illusion que le Yoga-sûtra appelle avidya. Il confond la réalité avec la vision qu'il en a, et, s'identifiant avec sa vérité subjective de pensées, d'émotions et de sentiments, il se coupe de sa réalité profonde de voyant qui lui permettrait d'en prendre conscience.

Avidya est source de souffrance. Mais souvent, c'est la souffrance – physique, morale, relationnelle – qui déclenche un désir de changement et nous met sur le chemin de la vérité.

Développer une vision claire

Plusieurs directions nous sont proposées dans le Yoga-sûtra pour éviter la souffrance à venir. Même si au départ nous ne le savons pas, leur but commun est de nous faire découvrir son lien avec avidya pour développer une vision claire de nous-mêmes et de la réalité.

Les domaines d'enquête proposés par Patanjali font partie de l'ashtanga yoga (le yoga aux huit membres), représenté comme une roue à huit rayons. Le moyeu est notre réalité profonde non changeante, le voyant. Les rayons représentent les différents aspects de notre champ de vision changeant.

Ils sont :
la relation avec l'environnement et avec nous-mêmes (yama et niyama),
le domaine corporel (asana),
respiratoire/énergétique (pranayama),
sensoriel (pratyahara),
mental (samyama).

Ce dernier comporte trois rayons qui représentent les terrains d'exploration du mental :
- la concentration (dharana),
- la méditation (dhyana)
- et l'intégration sans pensées (samadhi).

Ces domaines d'expérience ont pour objet d'éclairer les différents aspects de notre réalité changeante pour les distinguer de notre réalité profonde qui les illumine. Les rayons fonctionnant ensemble, les prises de conscience qui se produisent dans un domaine profiteront aux autres et nous permettront de remonter jusqu'au moyeu.

Satya, comme vérité, véracité, sincérité, authenticité, fait partie des attitudes relationnelles (yama) à côté de la non-violence, du non-vol, de la modération et de la non-convoitise.

S'agit-il de préceptes, de règles morales, de principes à appliquer ? Si nous les considérons ainsi, nous restons dans la couche superficielle de notre être et risquons de tomber dans le jugement et dans la culpabilité. Il s'agit plutôt de points de repères qui nous aident à remettre en question nos points de vue et nos habitudes et, ce faisant, ils nous éclairent sur nous-mêmes dans la relation avec l'autre.

Ainsi Patanjali ne dit pas comment réaliser les yama. Il les définit par leurs aboutissements en utilisant pour tous un terme à très forte résonnance : pratisthayam, qui veut dire "enracinement".

L'aphorisme II-36 dit que quand satya est bien enraciné, il y a concordance entre les actions et leurs fruits. Cette définition lapidaire de satya nous fait comprendre que pour poser une action juste nous devons être clairs à la fois sur la situation et sur nos motivations. Elle ouvre un chemin d'enquête qui peut être mis en relation avec les trois aspects du yoga de l'action (kriya yoga) : tapas, svadhyaya, et ishvara pranidhana.

Accepter le risque de vivre dans le changement

La première étape du chemin vers la vérité exige un effort et une discipline purificatrice et déconditionnante (tapas). C'est le rôle de la pratique posturale et respiratoire qui élimine les impuretés au niveau du corps et des organes des sens. Un corps en bonne santé et des sens aiguisés nous permettent de mieux percevoir la réalité et d'établir une relation harmonieuse avec l'environnement.

Le principal obstacle à satya, c'est que, pour défendre notre identité, nous nous enfermions dans une vision subjective et figée de nous-mêmes qui nous coupe du mouvement de la vie. Une respiration bloquée peut révéler une angoisse de vivre dans la réalité changeante. La pratique régulière nous permet de prendre conscience des changements constants de notre état physique et mental. Renouer le lien avec le souffle et libérer le mouvement du diaphragme peut aider à se libérer des défenses et à accepter le risque de vivre dans le changement.

A un deuxième niveau de satya, par l'enquête sur les intentions de nos actes, nous avançons dans le chemin de la connaissance de notre nature profonde (svadhyaya). A chaque fois que les résultats de nos actions ne correspondent pas à nos attentes, nous pouvons remettre en question la sincérité de nos intentions. Il ne s'agit ni de s'attendrir sur soi-même ni de se fustiger, mais de prendre la responsabilité de nos actions et d'avancer.

Dans la relation avec l'autre, nous sommes constamment confrontés à une vision différente de la réalité qui secoue nos certitudes. Nous avons le choix de nous fermer ou de nous ouvrir à l'autre, en assumant pleinement notre subjectivité et en respectant la sienne.

A ce stade, la méditation au sens large permet le travail de purification de la mémoire (Yoga-sûtra I-43) qui nous aide à reconnaître nos projections sur la réalité et à accepter qu'elle soit différente de la vision que nous en avions. Nous réalisons que le respect du vrai va bien au-delà de la sincérité dans les propos, dans les intentions et dans les actions.

Il n'y a pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Ceux qui arrivent à la troisième étape de satya sont au service de la vérité (ishvara pranidhana). La pensée ne fait plus obstacle au contact direct entre le voyant et le champ de vision et ils adhèrent au Réel. Dans les mots de Desikachar : ces êtres "disent la vérité car ils connaissent la réalité".

Fidèles à leurs engagements dans le monde, avec une vision claire de chaque situation, ils n'agissent plus dans un intérêt personnel, mais pour répondre à ce qui leur est demandé.

« C'est par l'attachement à l'acte que les ignorants agissent, ô Bhâratide : le sage doit agir tout pareillement, ne visant que l'intégrité de l'Univers. »
(Bhagavad Gîtâ III-25)

A ce stade, satya, la vérité personnelle, coïncide avec rta (Yoga-sûtra I-48), la règle morale qui est en accord avec la vérité universelle.

Dans les mots de Krishna qui concluent le chapitre XVIII de la Bhagavad Gîtâ : « Ainsi t'ai-je révélé cette science plus mystérieuse que le mystère. Médite-la dans ton cœur sans rien omettre, ensuite fais ce que tu veux. »

Par Marina Margherita, formatrice IFY





Le jour où j’ai arrêté de faire semblant…

Pour moi, être vraie c'est être sincère envers moi-même et envers les autres. Être en lien avec ce qui est précieux en moi.

Le jour où j'ai arrêté de faire semblant

Un cheminement vers plus d'authenticité dans ma démarche, mes actions, mes paroles, mes silences aussi.

Patanjali dans le chapitre deux du Yoga-sûtra place satya – la vérité – en deuxième position juste après ahimsa – la non-violence – dans les disciplines relationnelles. La racine du mot sat-ya est sat : Être, le réel/ce qui existe ; satya serait donc se rapprocher de ce qui Est. Aller vers ce qui est vrai, authentique. Satya : vrai, véridique. (Dictionnaire de Gérard Huet)

 

Une histoire de couleur

Je cherche à m'établir de plus en plus dans la vérité, à la mettre en pratique dans ma vie quotidienne. Un des aspects les plus visibles sur moi a été une histoire de "couleur". Lorsque j'exerçais mon métier de réalisatrice radio, j'allais chaque mois chez le coiffeur pour faire une couleur afin de cacher mes cheveux blancs. Jusqu'au jour où, après un certain nombre d'années et une maturation intérieure, j'ai arrêté la couleur. Je n'avais plus envie de mentir sur mon apparence, plus envie de tricher, de paraître plus jeune. J'ai accepté d'être telle que je suis. Être vraie, sans artifice, dans la simplicité.

C'est anecdotique, mais ça a été la marque d'un grand changement. À ce moment-là, je me suis engagée professionnellement sur la voie du yoga ; l'enseignement est devenu mon activité à part entière et j'ai quitté mon ancien métier. J'ai souhaité être vraie, authentique dans ma vie professionnelle, être à la place qui me semblait juste. Établir une cohérence entre ce que je pense et ce que je fais. Vérité de l'action. Être en accord avec moi-même, en lien avec les autres. Voici ce que cite Patanjali comme fruit de satya : « Il y a conformité absolue entre l'action et son résultat lorsque la vérité est impeccablement installée. » (trad. de Frans Moors)

Cette "révolution" a été longue, est passée par une pratique assidue sur le tapis de yoga, jour après jour, en observant la mutation lente et sûre qui se produisait en moi. Ce tapas de la pratique, cette discipline au quotidien s'inscrit dans cette quête de vérité. "Remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier." Le corps exprime sur le tapis sa vérité du moment. Mais le travail du corps n'aurait pas suffit, cette révolution n'a été possible que grâce à la psychanalyse. "Sur les charbons ardents" du divan, grâce à l'écoute attentive de l'analyste, j'ai donné corps à cet être plus authentique que je suis maintenant. Si j'enseigne le yoga aujourd'hui, je le dois à l'expérience de la pratique, à une longue analyse et à mes professeurs qui m'ont encouragée, stimulée, épaulée et continuent de le faire.

Le travail de la voix et du souffle me conduit aussi sur ce chemin de vérité. Le chant védique d'une part, étude et connaissance de soi par les textes sacrés de l'Inde ancienne et le travail vocal au conservatoire d'autre part. Les deux activités se complètent et me soutiennent, me parlent du souffle, me rapprochent de l'Être.

« Il n'y a pas de Voix sans Souffle. Il peut y avoir du Souffle sans Voix. C'est dans le Souffle que se trouvent l'Authenticité, le Charisme et la Présence. »(Serge Wilfart)

La revendication de la vérité

Le mot satya m'évoque aussi la démarche de Gandhi. Gandhi plaçait la quête de Vérité plus haut que tout, satya et ahimsa étaient pour lui les deux faces d'une même pièce. D'une exigence extrême, il a mis en pratique ces deux vertus dans sa vie au quotidien, en a fait son cheval de bataille, il a entraîné dans son sillage des millions de personnes pour amener son pays à l'Indépendance. Le mouvement de désobéissance civile était fondé sur Satya graha, la revendication de la vérité.

Dans Lettres à l'ashram, Gandhi écrit : « Qu'est ce que la Vérité ? C'est une question difficile. Je l'ai résolue pour moi-même en disant que c'est ce que nous dit la voix intérieure. » Plus loin il va jusqu'à dire que « La Vérité est Dieu. Je suis arrivé à la conclusion que la définition – la Vérité est Dieu – est celle qui me satisfait complètement. Pour trouver la Vérité en tant que Dieu, la voie inévitable est l'Amour, c'est-à-dire la Non-Violence. Or puisque je crois que finalement le but et les moyens sont des termes interchangeables, je n'hésite pas à dire que Dieu est Amour. »

Pour conclure, je citerais cette phrase poétique de Gandhi qui réunit deux opposés : « La vérité est dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher. »

Par Hélène Daude, professeur certifiée IFY





De satya à âsana ou de la Vérité à la Posture

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît

Satya n'est que recherche... Pour l'auteur, ce second yama est l'un des "cinq impossibles", qu'il faut pourtant chercher à atteindre. Et le travail postural nous en fournit le moyen.

Satya est le second des principes que l'on doit observer à l'égard d'autrui, principes ou yama que définit Patanjali dans le Yoga-Sûtra (YS).

Et ces yama forment le premier des huit membres – anga – de son Yoga. Premier par sa place dans l'exposé, mais ce n'est pas pour autant le premier échelon d'une échelle à gravir.

Un membre, un principe : chacun voit bien que si l'on considère le corps humain, tout membre a son utilité d'une part, et aucun ne fonctionne indépendamment du tout ; comme le corps, le Yoga suppose l'interrelation. Il ne faut pas confondre l'ordre de l'exposé et l'ordre des choses, l'exposition de la pensée et le réel.

Si l'on traduit satya par "Vérité", voilà que réapparaissent ce que j'ai coutume, dans mon for intérieur, d'appeler non les cinq yama mais les cinq impossibles : Non-Violence, Vérité, Honnêteté, Abstinence sexuelle, Non-Vol et Non-Possession (YS II-30, puis 35 à 41). Certes ce caractère d'impossibilité a certaines vertus : la solidarité des cinq yama, l'aspect irréalisable de chacun d'eux considéré comme un absolu (marqué dans la traduction par la majuscule), dessine un espace de tension pour l'esprit qui ne peut que nous ouvrir à une réelle réflexion sur ce qui constitue notre humanité, ainsi définie. Mais comme nous sommes immergés dans une société traversée par toutes les formes de violence, de mensonge, de corruption, de sexe et de sacralisation de la Propriété, nous ne pouvons être que découragés par ce principe, pourtant fondamental, du Yoga.

Et si l'on se réfère à l'interprétation du mot satya qui transparaît çà et là dans le premier chapitre des Lettres à l'ashram que Gandhi a écrit dans les années 1930, dès l'abord, l'effroi des petits pratiquants du Yoga que nous sommes n'est pas moindre. Ne dit-il pas (traduction Jean Herbert, 1937) : « La Vérité doit constituer le centre de toute notre activité. [...] La Vérité doit se manifester dans nos pensées, dans nos paroles et dans nos actions. »

Ou bien (dix ans plus tôt, dans Young India en décembre 1921) : « La vérité abstraite est sans valeur, si elle n'est pas incarnée par des hommes qui la représentent en prouvant qu'ils sont prêts à mourir pour elle. » Lequel d'entre nous est prêt à satisfaire à une telle exigence ?

Mais, même chez Gandhi, allons voir de plus près. Il écrit peu après : « Qu'est-ce que la Vérité ? C'est une question difficile. Je l'ai résolue pour moi-même en disant que c'est ce que nous dit la voix intérieure. Mais alors, me demanderez-vous, comment se fait-il que différentes personnes conçoivent des vérités différentes et contradictoires ? Puisque l'esprit humain travaille par des moyens innombrables et qu'il n'évolue pas de la même manière pour chacun de nous, il s'ensuit que ce qui peut être vérité pour l'un, peut être erreur pour l'autre. Ceux qui ont fait des expériences sont tous arrivés à la conclusion qu'elles nécessitent certaines conditions. [...] Chacun devrait donc, avant de parler de sa voix intérieure, se rendre compte de ses propres imperfections. »

Et de réitérer ensuite la nécessité pour tout chercheur de vérité de prendre aussi comme vœux les quatre autres yama.

Satya, dans ma façon de pratiquer le Yoga, ne peut donc plus se traduire ni se concevoir comme Idéal inatteignable de Vérité, mais comme un chemin vers davantage de véracité, de sincérité. Mais que suppose le parler vrai, l'agir sincère ?

Revenons au sanscrit, et à Gandhi : en fait le terme sanscrit qui désigne la Vérité a pour sens littéral "ce qui existe", sat. Me voilà mieux : par mon vœu de véracité, je m'engage à sans cesse coller davantage à ce qui existe, à la réalité ; à ne pas la déformer en plaquant dessus le filtre des habitudes mentales, des préjugés, des conditionnements, bref des samskâra (YS, II-15) qui provoquent mon ignorance (avidyâ YS, II-4/5) et cristallisent un ego (asmitâ) que le Yoga de Patanjali m'invite à sublimer. Je m'engage à mieux m'ajuster au réel, à mieux m'harmoniser avec lui.

Et ce chemin, pour moi qui aborde le Yoga par la pratique de postures et de la respiration, je l'emprunte dès le premier instant d'une séance. Ce soir, dans le cours, on me propose de prendre vrikshâsana, la posture de l'arbre. Je monte les bras par les côtés, en élevant les talons du sol. Ça tremble, les bras oscillent, la respiration est désorganisée : voilà le constat, sat.

Je devrais seulement partir de là pour ajuster le corps, l'esprit et la respiration, sans violence, en douceur, me centrer sur ce que je fais en essayant de maîtriser ces idées parasites qui sans cesse m'assaillent (soucis du boulot, distractions diverses). Au lieu de cela, je compare (ah ! lui/elle, à côté, ils réussissent !), je me juge (ce que je suis nul !), je juge la posture (ce n'est pas une posture pour moi !) ou la longueur de sa tenue, je me justifie (ce n'est pas ma faute... c'est celle de... de quoi, au fait ?).

Et si je "réussis" à "tenir" l'équilibre, suis-je pour autant aussi immobile intérieurement que j'en ai l'air, et n'éprouvai-je rien qui soit de l'ordre de la fierté, de l'orgueil, renforçant cet asmitâ que je m'efforce d'amenuiser ? Donc, le travail de véracité doit pour moi commencer par là : la posture n'est que le champ d'expérience dans lequel je me découvre et peux, si je suis attentif à ce qui se passe ici et maintenant, devenir peu à peu plus sincère : au sens étymologique, plus pur, plus naturel, plus simple.

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît : sat. Je n'ai pas dit d'acceptation, ni, encore moins, de soumission : tout est changement (YS, II-15), et je dois sans cesse, avec persévérance et détachement, me trouver dans cet incessant changement, trouver un autre "moi" qui m'échappe sans cesse. Dans les plus petites expériences de la posture, dans les plus anecdotiques vicissitudes de ma vie.

Satya n'est que recherche. Et je voudrais terminer ces quelques lignes par la citation somme toute encourageante que m'a proposée mon épouse qui ne pratique pas le Yoga, alors que nous parlions de satya : « Abraham partit ne sachant où il allait, et c'est parce qu'il ne savait pas où il allait qu'il savait qu'il était dans la vérité », Grégoire de Nysse (IVème siècle).

François MARMECHE





Entretien avec Maryline Citerne, professeure certifiée

Et si satya c'était en premier lieu ne plus se mentir à soi-même, et appliquer dans sa pratique les principes de non-violence...

Portrait de Maryline Citerne, professeur de Yoga en Ile-de-France

Quel a été ton cheminement en Yoga ?

— « Une collègue également professeur de Yoga m'encourage à faire un essai. L'effet fut, très positif, immédiat... Puis viennent les rencontres avec Laurence Maman, Martin Neal, Michel Alibert. En 2003, je m'engage dans une formation de professeurs avec Laurence Maman. Le désir de transmettre est présent dès ce moment. Fortement encouragée par une de mes formatrices, je me lance. »

Qu'est ce que satya dans l'enseignement du Yoga ?

— « Le Petit Larousse définit le mot "enseignement" par : faire une action, transmettre des connaissances. "Transmettre" est un mot important, on y trouve déjà une notion de responsabilité et d'authenticité (satya). Le préfixe "trans" indique une idée de changement, le fait d'aller d'ici à là... Le mot "mission" signifie – toujours selon le Petit Larousse – confier une charge à quelqu'un. La mission est un but, un objectif que l'on s'efforce d'atteindre. »

Transmettre l'enseignement du Yoga, c'est trouver les bons mots, les bons gestes, les regards et aussi les sourires, qui permettent à l'élève de changer peu à peu, de traverser certaines étapes pour se découvrir et aller à la rencontre du Soi. C'est conjuguer au plus juste l'authenticité de l'enseignement que j'ai reçu et une transmission fidèle à ce que je suis. Ainsi je pense que dans cette relation se crée un espace de liberté pour que chacun explore ses capacités et ses possibles afin d'évoluer dans sa pratique et dans sa vie. Satya, que l'on traduit généralement par véracité, être vrai, authentique, c'est aller à la rencontre de soi-même, accepter d'ôter le voile d'asmitâ kleśa.

Dans la pratique posturale du Yoga, comment peux-tu illustrer satya ?

— « Avec des mouvements simples, dans une flexion debout par exemple, accepte-t-on de plier les genoux ou se ment-on en voulant croire que l'on n'en a pas besoin, au risque même de se nuire (donc de ne pas respecter ahimsa, la non-violence, non-nuisance) ? Si l'on agit ainsi envers soi-même, comment agit-on avec l'autre ? La pratique corporelle du Yoga est un dialogue avec son corps. Et pour écouter au mieux ce corps, je propose parfois des postures en binômes, où justement cet "autre" va permettre d'ajuster la position du corps, car on n'est pas seulement porté par la posture mais aussi par cette relation. »

Telle que tu l'as dit, la pédagogie fait le lien entre satya et ahimsâ...

— « Notre enseignement nous offre un outil précieux, le bhavana qui permet de concilier véracité et non-agression. Il nous permet de disposer d'une multitude d'approches ! »

A ton avis, est-ce que satya se manifeste dans la vie en société pour le pratiquant de Yoga ?

— « Dans ma précédente activité professionnelle, j'étais en décalage entre le Yoga et ce milieu. Un ravin s'est creusé causant un mal être grandissant. J'ai dû faire un choix, sous-tendu par des raisons éthiques : mon désaccord avec les pratiques relationnelles et humaines. »

A titre personnel, comment se concrétise satya sur ton tapis ?

— « Avec un pranayama, la respiration carrée : se poser la question du respect de l'égalité des quatre temps. Ce pranayama est pour moi un miroir ; le reflet de moi-même, de ce que je suis, de mon chemin parcouru, de mon chemin à parcourir. »

Propos recueillis par Chantal Bourgea, professeur IFY

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Rencontres nationales de l’IFY : « Prendre soin de l’être »

Un compte-rendu de journées riches : celles des Rencontres nationales 2017 de l'IFY

Un compte-rendu de journées riches : celles des Rencontres nationales 2017 de l'IFY

Le compte-rendu de journées aussi riches que celles des Rencontres nationales de l'IFY est forcément partiel : il n'est qu'un pâle reflet des discussions et des pratiques dans un groupe donné – il y en avait neuf, regroupant de 10 à 20 personnes – et à travers la vision d'une participante !

Chacune des trois journées étaient consacrées à un aspect de l'être : le corps, le souffle et l'esprit.

Les formateurs avaient toute liberté pour traiter ces thèmes.

Ce qui est très vite ressorti de nos échanges, c'est que cette division en trois thèmes, si elle semblait assez évidente pour le corps, était beaucoup plus difficile à établir en ce qui concernait le souffle et l'esprit.

Et que la définition du mot "esprit" posait d'emblée un problème. Car, que met-on derrière ce mot qui, en français, offre une pluralité de sens ? C'est là que la limite de la traduction des mots sanscrits nous est apparu et qu'il faut bien, selon l'expression de Martin Neal, parler parfois "patois" !

Sacré corps

La première journée de notre groupe qui s'appelait "Sacré-Cœur" a été consacrée au... "sacré corps", selon l'expression d'Elisabeth Rémy qui animait le premier moment d'échange et l'atelier avec Jean-Yves Deffobis.

Dans leurs premières interventions, ils ont mis en perspective notre thème avec la position de l'enseignant de Yoga, en tant qu'il est amené à "prendre soin de l'autre". Jean-Yves Deffobis a précisé qu'avant de donner des soins aux autres, ce qui peut être une des motivations du professeur de Yoga, il faut d'abord connaître ses propres difficultés intérieures.

En tant qu'enseignant, il faut, selon lui, "créer les conditions favorables pour que l'autre advienne. Respecter, écouter les mots, les silences, observer les signes, apprendre à reconnaître et trouver les outils et les transmettre pour que la nature s'exprime, c'est prendre soin de l'être".

Et il sera utile de bien différencier les positions différentes d'enseignant, accompagnant et thérapeute.

Dans "prendre soin", il y "prendre", un verbe d'action, et cela nous rappelle que, dans le Yoga, on est acteur ce qui est extrêmement important, car on ne peut pas faire pour l'autre : on peut soutenir, mais on peut pas agir, pratiquer, réfléchir pour l'autre ; cette action se traduit dans le "soin" qu'on peut apporter.

Soigner, se soigner – et non guérir –, est à notre portée, grâce au formidable panel d'outils dont dispose le Yoga (asana, pranayama, mantra, méditation), outils qui permettent de faire résonner les différents corps, du plus grossier au plus subtil.

Si on s'oublie, on prend des risques et on en fait courir aux autres

Pour aborder le corps, objet de cette première journée, nos deux formateurs sont partis de la métaphore des cinq corps telle qu'elle est décrite dans la Taittîrya Upanishad.

Elisabeth Rémy s'est intéressée à la notion d'annam, la nourriture.

La première des cinq couches de l'être, annamayam (le "corps de nourriture"), est la couche externe, la plus accessible : "Et on sait que le corps a été pour la plupart d'entre nous la première entrée quand on a débuté en Yoga et que ce corps, pour peu qu'on l'écoute, nous parle."

Jouant avec les mots, les deux formateurs rapprochent "soignant" de "soi niant" pour une mise en garde : à vouloir s'occuper des autres, on risque de s'oublier soi-même. Et si on s'oublie, on prend des risques et on en fait courir aux autres.

Pour Jean-Yves Deffobis, le plus difficile des Yogas est peut-être celui de la nourriture.

L'état d'esprit dans lequel on est quand on mange est peut-être plus important que ce qu'on mange vraiment. Dans les textes védiques il est dit qu'être un hôte nourrit ; le bonheur de préparer la nourriture nourrit, comme peut nous nourrir un paysage, une musique, le chant, que nous pratiquerons à plusieurs reprises durant ces journées.

Trois questions permettent de savoir si la nourriture a été bénéfique : suis-je stable (sthâyitva, stabilité), pas malade (ârogia, bonne santé) et est-ce que je me sens léger (lâghava, légèreté) ?

Le sacrifice du souffle

La seconde journée est consacrée au souffle.

Malek Daoud rappelle que, dans la tradition indienne, il y a un mouvement énergétique quintuple – les cinq souffles ou vayu (prana, apana, samana, vyana, uddhana) – et que le seul but de la pratique d'asana est de pouvoir atteindre les vayu et peut-être de les modifier.

Dans notre organisme, les changements sont permanents et seule l'observation va permettre d'orienter le changement (parinama) (YS, III-15). Par ce travail sur les vayu, nous entrons en contact avec la deuxième couche de l'être : pranamayam.

Nous faisons l'expérience au cours d'un atelier de la transformation qui peut s'opérer grâce à des indications liées aux phases respiratoires : le même enchaînement simple est pratiqué sans consigne particulière, puis avec des consignes telles que : l'inspiration permet l'expansion ; à l'inspiration, absorption de la lumière, à l'expiration, cette lumière se répand ; à l'inspiration, je reçois un cadeau, à l'expiration j'offre ce cadeau à mon être intérieur...

Le travail à trois – un pratiquant et deux observateurs – permet de constater les changements induits par ces consignes sur le corps en mouvement.

François Lorin intervient ensuite sur le même sujet. Nous abordons la question de la manière de respirer qu'a introduite Krishnamacharya : il s'appuyait sur le verset IV-28 de la Bhagavad Gîtâ :

– « Certains sacrifient le souffle qu'ils expirent dans le souffle qu'ils inspirent ; ils bloquent l'un ou l'autre et se concentrent sur le contrôle du souffle »

Et justifiait ainsi la descente du souffle inspiré de prana vers apana et celle du souffle expiré d'apana vers prana.

Le mot "sacrifice" vient du latin sacrum facere – "faire une cérémonie sacrée" : l'idée de sacrifice dans la Bhagavad Gîtâ est une idée ancienne, reliée aux cycles de la nature.

Etant fils et filles de la prakriti, nous ne pouvons pas nous affranchir des cycles naturels. Mais le temps objectif de la nature est à l'opposé du temps subjectif de la psyché : c'est la fréquentation du souffle (le pranayama) qui permet de se libérer du temps psychique et de retrouver la conscience de cette cyclicité.

Nous pratiquons ensuite deux postures simples que nous choisissons avec pour but l'allongement du souffle, en particulier la phase expiratoire, pratiquées en dynamique six fois. Puis une posture symétrique tenue en statique avec rétention à vide ou a plein.

Nous avons ensuite deux possibilités de pranayama : soit nadi shodanam, soit pratiloma ujjayi, en introduisant des rétentions à vide ou à plein et en écoutant le son subtil produit par le freinage de l'air.

Puis en savasana, nous nous interrogeons intérieurement – quels ont été les renoncements forcés dans notre vie ; quels ont été les accomplissements... –, puis nous laissons s'effacer ce questionnement en déplaçant l'attention vers la terre et vers le ciel et terminons en assise.

Certains pratiquants ont senti de la résistance à l'exercice : ce facteur de protection empêche d'aller où on ne doit pas aller et la résistance est une expérience au même titre que le lâcher-prise.

Ces deux situations sont des miroirs qui permettent de réaliser que "je ne suis pas l'expérience, mais que je suis l'espace dans lequel l'expérience a lieu". Les exercices de Yoga ne sont que des artifices, des situations expérimentales, pour passer de l'état d'acteur à celui de spectateur, puis de voir que les deux ne font qu'un ou que l'on est ni l'un ni l'autre...

Et François Lorin termine : « On n'a pas d'autre choix que de constater impuissant le déroulement de sa vie. »

Esprit, es-tu là ?

Nous commençons avec un chant à deux voix, composé dans les années cinquante par Giuseppe de Marzi, Signore delle Cime.

Martin Neal nous explique pourquoi il a choisi d'introduire cet atelier sur l'esprit par un chant. En se référant à Desikachar, qui disait qu'il faut quelque chose pour le corps, quelque chose pour le mental et quelque chose pour l'esprit, il précise qu'il y a pour le corps les asana ; pour le mental, le pranayama et la méditation ; pour l'esprit, le chant.

Et Desikachar suggérait d'aller chercher dans sa propre culture des nourritures pour l'esprit et pour la méditation.

Mais cet "esprit" qui est à l'ordre du jour, est un mot qui en français possède de nombreux sens. Cette polysémie fait que nous ne sommes pas toujours sûr de parler de la même chose !

L'anglais offre davantage de précision, puisqu'il différencie mind (mental) et spirit (entité qui n'est pas matière). Michel Alibert explique que ce mot – qui vient du latin spiritus, le "souffle" (pneuma en grec) – a une telle indétermination en français que, pour lui, nous devons utiliser le "patois", c'est-à-dire les termes sanscrits.

Et après un débat sur ce que chacun mettait derrière ce mot et si l'on devait plutôt chercher du côté du purusha – le souffle du purusha qui anime la prakriti –, de sattva (buddhi pour Patanjali), ou même d'asmita – une proposition de Michel Alibert qui nous a étonnés –, nous sommes tombés d'accord que, dans le mot "esprit", il y a quelque chose, une impulsion, qui vient d'ailleurs.

Dans la vie, on peut expérimenter qu'il y a parfois des choses fortes qui viennent de cet ailleurs et en être bousculé : ce genre de situation est une petite indication qu'il y a une instance en nous qui a la puissance de nous suggérer des actions.

Même si l'action semble difficile, il faut se lancer : il y a des situations qui ne se produisent pas deux fois...

« Quand on est heureux, je crois qu'on est sur la bonne voie », conclut Michel Alibert, et Martin Neal ajoute : « Dont worry be happy ! »

Sylvie Prioul





T.K.V. Desikachar, une histoire de transmission

«Il y a déjà urgence à transmettre la tradition solide et vivante de Desikachar»

Urgence à transmettre la tradition solide et vivante de Desikachar

« Avant même que T.K.V. Desikachar ne quitte ce monde, mais alors qu'il était déjà très malade et ne pouvait plus enseigner depuis quelques années, l'idée de témoigner de ce qu'avait été le fait de le rencontrer, de travailler avec lui, m'est apparue essentielle.

J'en ai fait part à Béatrice Viard. Ceux qui ont côtoyé de près et pendant longtemps ce professeur représentatif d'une tradition solide et vivante, cet homme si marquant, sont eux-mêmes en train de vieillir, voire de disparaître, et il y a déjà urgence. »

« Il ne s'est pas agi dans ce livre d'en parler sur le ton d'un éloge dithyrambique, et pourtant les différents témoignages convergent pour donner la mesure de cet être rare qui, en dépit des résistances rencontrées autour de lui, a œuvré à éveiller chez ses élèves des vocations de passeurs entre Inde et Occident. »

Le projet de livre

J'ai reçu cette proposition de Laurence Maman au tout début du mois de mars 2016 et je l'ai accueilli avec enthousiasme. Peter Hersnack, alors hospitalisé, a été le premier à qui j'ai proposé de participer.

Il était mon ami, je savais l'attachement et la fidélité extrêmes qu'il avait pour Desikachar. Celui-ci l'avait formé au Yoga à Madras dans les années 1970-1975.
Leur relation de profonde amitié est restée vivante pendant quarante-six ans et les conditions du retrait progressif de T.K.V. Desikachar dans les dernières années l'affectaient profondément.

Peter m'a soutenue dans ce projet, dans lequel j'espérais aussi qu'il trouverait un support pour traverser l'épreuve qui était la sienne. Les choses en ont été autrement.

Peter est parti pour un autre monde trois semaines plus tard, le 25 mars, et les textes signés de lui qui figurent dans le livre, nous ont été confiés par Colette Hersnack.

Je me suis adressée ensuite à ses premiers élèves français et belges, qui se rendaient régulièrement près de lui à Madras, certains depuis 1965, et, guidée par Laurence Maman, à d'autres élèves, auprès desquels elle a bien voulu m'introduire.

Desikachar s'est éteint quatre mois plus tard, au petit matin du 8 août 2016 à Chennai. J'avais déjà interviewé Claude Maréchal et reçu un écrit de Sriram – deux de ses élèves de la première heure. J'ai reçu aussi toutes sortes de documents d'archives, qui sont réunis dans un cahier central d'une cinquantaine de pages.

Le livre est sorti en juin 2017, pour les Rencontres nationales de l'IFY. Il réunit 22 témoignages, dont un de la fille de Desikachar, Mekhala.
Bien sûr, la liste n'est pas exhaustive : j'ai contacté ceux que je connaissais et ceux vers qui Laurence Maman m'a introduite. Tous n'ont pas non plus répondu positivement à mon appel.

Quand T.K.V. Desikachar était encore vivant, la conscience de la source était vive

L'urgence ne m'apparaît que maintenant que le livre est fini. Pour ceux qui ont été ses élèves, pour ceux qui ont été les élèves de ses élèves, du temps où T.K.V. Desikachar était encore vivant, la conscience de la source était vive : Desikachar avait fondé le Krishnamacharya Yoga Mandiram – K.Y.M.

Il y enseignait et recevait des patients avec toute une équipe soudée autour de lui, dont sa femme, Menaka, dans l'ombre du grand yogi vieillissant, auprès duquel il a vécu jusqu'à la mort de celui-ci.
Nombreux sont ceux qui ont eu l'occasion de rencontrer Desikachar lors de ses voyages en Europe et des séminaires ou conférences qu'il animait ou de se rendre en Inde, au K.Y.M pour y étudier.

Maintenant, une époque est révolue. Krishnamacharya est décédé en 1989, T.K.V. Desikachar en 2016. Entre-temps, deux des élèves du grand maître étaient partis : B.K.S. Iyengar le 20 août 2014 et Pattabhi Jois le 18 mai 2009.

Le beau documentaire de Jan Schmidt-Garre, Le Souffle des dieux, relate un Yoga d'un temps révolu, un Yoga d'il y a cent ans, enseigné à des jeunes Indiens destinés aux plus hautes carrières militaires et politiques. T.K.V. Desikachar n'y figure pas car il était déjà souffrant et son fils a préféré qu'il en soit ainsi.

Or, après son installation à Madras, à la fin des années 1940, l'enseignement de Krishnamacharya n'a cessé d'évoluer en résonnance avec les changements de la société elle-même et de ceux qui s'adressaient à lui.

Un enseignement de Yoga novateur

Il a enseigné aux femmes et aux Occidentaux, ce qui était totalement novateur par rapport au monde ancien.

Il a enseigné aux Indiens d'un monde en pleine transformation, introduit la respiration dans les postures, sans doute sous l'effet d'un changement de la capacité respiratoire qui accompagnait un changement de mode de vie et mis l'accent sur l'enseignement individuel qu'il plaçait au-dessus de tout autre, montrant bien à quel point le Yoga doit être toujours une réponse à une question particulière, chaque personne étant différente.

Desikachar a vécu près de son père toute cette deuxième partie de sa vie et, à partir du milieu des années 1960, a transmis à nombre d'Occidentaux ce Yoga adapté à son époque.

Ceux qui se sont rassemblés en 1982 pour promouvoir cet enseignement ont fondé une Fédération qu'ils ont appelée : Fédération française de Yoga Viniyoga, mot qui désignait cette exigence d'adaptabilité du Yoga à la situation présente. Ceci est le grand défi de Yoga, car le présent est par définition ce qui change tout le temps.

Krishnamacharya est mort depuis vingt-huit ans, Desikachar depuis près d'un an. Peter Hersnack qui a inspiré tant d'élèves par sa recherche si créative et si fidèle à la fois est parti lui aussi.
Ce livre ouvre la voie à cette fine et périlleuse recherche qui consiste à rester fidèle à une source.

Soyons attentif. Une source ce n'est pas une citerne. C'est vif, ça bouge, ça se renouvelle sans cesse, et pourtant l'eau y a toujours le goût inimitable de la terre et des roches qui l'enfantent.

Par Béatrice Viard

T.K.V. Desikachar, une histoire de transmission, Les Cahiers de Présence d'Esprit

Peut être commandé sur le site : envoi gratuit à partir de 8 ex.,
ou par courrier à : Les cahiers de Présence d'Esprit, 28 cours Maurice Trintignant, 84290 Sainte-Cécile-les-Vignes

Une version en langue anglaise sera bientôt téléchargeable sur le site des Cahiers





Concevoir, vivre sa grossesse, accoucher : les pouvoirs du yoga

La pratique du Yoga pendant la grossesse est entrée dans les mœurs

Concevoir, vivre sa grossesse, accoucher : les pouvoirs du Yoga

Elle répond à un besoin de bien-être et à un désir d'être actrice de sa grossesse.

En donnant la vie, la future mère a une responsabilité particulière.

La transmission de savoir de mère à fille a presque disparu en Occident, aussi le Yoga par la compréhension de ce qui se joue dans le corps et dans tout l'être est un outil précieux pour un vécu empreint de plus de profondeur, d'intensité et de confiance.

Il intervient en complément du suivi médical.

L'ayurveda – la médecine traditionnelle indienne – pourra aussi être utilisé pour l'alimentation, les soins du corps pendant la grossesse et en préparation de l'accouchement (élasticité des tissus)...

Citons ce qui est spécifique de cet état : la physiologie bien que normale, c'est-à-dire non pathologique, est à un niveau élevé et les changements du corps sont déterminés par les modifications du système hormonal, lui-même influencé par les facteurs émotionnels.

Le Yoga pourra aider à diminuer les maux de la grossesse : reflux gastrique, moindre retour veineux... et pourra accompagner la mère dans les suites de couches.

Une pratique de Yoga adaptée à chaque trimestre de grossesse

La priorité de toute pratique sera le bien-être et le développement optimal de l'enfant, en aucun cas le maintien d'une pratique physique intense. Elle devra tenir compte de l'élève (débutante ou non) et du trimestre de la grossesse, les besoins évoluant au fil des semaines.

Quel que soit le terme, la zone d'apana est le lieu de développement du futur bébé. Le Yoga ne doit interférer à ce niveau ni avec la croissance ni avec les changements de position des organes.

Aussi seront proscrites toutes techniques qui compriment cette zone et s'opposent à la croissance, comme les flexions et extensions intenses, ainsi que les contractions abdominales à l'expiration ; seront également limitées les postures asymétriques et les torsions.

Pendant le 1er trimestre, la croissance est très rapide, la physiologie est à un niveau élevé. La pratique du Yoga doit être très douce pour que l'énergie puisse être utilisée pour le bébé, la respiration et le chant seront à favoriser pour équilibrer l'activité physiologique intense.

Le travail de renforcement des lombaires doit commencer pour pouvoir supporter l'accroissement du poids et du volume.

1. Yoga au premier trimestre de grossesse

Dans ce premier trimestre, les postures les plus adaptées sont :

— les flexions douces avec redressement en pliant les genoux,
tadasana bras en ouverture sur les côtés,
— les extensions douces, mains en appui sur un mur ; cakravakasana.

2. Yoga au deuxième trimestre de grossesse

Durant le 2ème trimestre, la grossesse est installée, il s'agit de soutenir le fonctionnement du système hormonal et d'aligner les fonctions physiologiques.

Les postures adaptées sont :

mahamudra modifié, pour supprimer l'asymétrie au niveau du ventre, avec un rythme In = Ex.

L'allongement du souffle sera travaillé tant que le volume du ventre le permet, et toujours dans une zone de confort.
La région pelvienne doit être travaillée en ouverture (baddha konasana), et le haut du corps fortifié pour préparer les mères à porter leur bébé (hastinishadana : l'éléphant).

3. Yoga au troisème trimestre de grossesse

Pendant le 3ème trimestre, l'augmentation de la taille du ventre réduit la possibilité de mouvements, donc il s'agira de continuer et d'adapter le travail physique déjà mis en place.

Les peurs sont souvent plus nombreuses, il faut les prendre en compte, pour les apaiser. La méditation est une aide précieuse, elle doit être adaptée à l'élève.

Traditionnellement, la méditation devant une bougie placée derrière un voile est très utilisée, elle symbolise la présence cachée de l'enfant.

La future mère doit aussi être préparée à l'accouchement, spécialement à la poussée, la rétention poumons pleins sera travaillée. Les rythmes respiratoires sont abandonnés du fait du volume de l'abdomen qui gêne le fonctionnement du diaphragme.

Une aide à la conception de l'enfant

Le Yoga peut également accompagner les élèves qui ont des difficultés à concevoir, spécialement dans les cas nombreux où aucun problème particulier n'est détecté dans les analyses médicales. Le travail est spécifique, individuel.

Une grande confiance dans cette période douloureuse et un investissement de longue haleine doivent être engagés puisque le système hormonal nécessite un minimum de six mois à un an pour être modifié.

A minima, il s'agira de renforcer le système hormonal, dépendant de nombreux facteurs tant internes comme le système émotionnel, qu'externes comme l'alimentation, les produits de soin (hormones et perturbateurs endocriniens de notre environnement interagissent avec notre propre système).

J'ai eu la chance d'être guidée dans ce travail d'accompagnement d'un jeune couple par le Dr Natasyan Chandrasekaran et par Bernard Bouanchaud. Une charmante petite fille est née, suivie peu de temps après d'un petit garçon.

Anne Schneider,
professeur IFY

Pratique de Yoga femmes enceintes par Anne Schneider




La femme enceinte, une pratiquante de Yoga presque comme les autres

Si le Yoga est un chemin de transformation, la grossesse aussi...

La femme enceinte, une pratiquante de Yoga presque comme les autres

Ils devaient donc se rencontrer !

La pratique du Yoga durant cette période de remue-ménage – physique et psychique – que traverse la femme enceinte est une aide précieuse, qui ne se substitue en rien au suivi médical, mais remet la femme face à elle-même dans une relation apaisée avec son corps, ses sensations et l'enfant à naître.

De plus en plus de médecins encouragent d'ailleurs la pratique du Yoga à la fois avant mais aussi après l'accouchement

De nombreux professeurs de l'IFY proposent des cours pour femmes enceintes, et ce n'est pas un hasard car l'adaptation à la personne, qui est au cœur de l'enseignement de l'IFY, doit être le maître mot quand on s'adresse aux femmes enceintes.

Certains professeurs ont suivi des formations complémentaires, en particulier celle dispensée par Bernadette de Gasquet, une référence en la matière.

Dans cette optique d'adaptation, le cours individuel semble la meilleure solution, puisqu'il permet au professeur de proposer une pratique personnalisée. Que la femme découvre le Yoga à l'occasion de sa grossesse ou qu'elle soit une pratiquante de longue date.

Mais le cours individuel doit être accompagné d'une discipline personnelle : en effet, la femme devra pratiquer chez elle les séances élaborées avec le professeur. L'avantage de cette formule est de pouvoir pratiquer le temps qu'on veut (parfois la femme pourra ressentir le besoin d'une courte séance plusieurs fois par jour) et au moment de la journée qui convient le mieux.

Pourtant de nombreuses femmes se tournent plutôt vers le cours collectif

Cette formule, qui ne permet pas un suivi aussi fin de chaque femme, offre l'avantage de favoriser la rencontre : les femmes peuvent partager leurs expériences, parler de ce qu'elles ressentent non seulement avec le professeur mais aussi entre elles et la discussion après le cours est un moment très important et souvent très animé !

C'est souvent là qu'on entend parler du père, le grand absent des cours de Yoga... A ce propos, Bernadette de Gasquet propose dans son livre Bien-être et maternité des exercices à pratiquer à deux, en particulier des postures suspendues.

Dans le cours collectif, le professeur, qui se retrouve avec des femmes enceintes de quatre mois et d'autres à trois semaines du terme, doit pour sa part faire preuve d'une grande souplesse... dans la construction du cours !

De prodigieux changements au cours de la grossesse

On ne dira jamais assez que la grossesse n'est pas une maladie. Mais elle est accompagnée par des changements physiologiques et physiques drastiques dans le corps en raison des fortes poussées hormonales.

Ces changements ont des répercussions sur la respiration, la statique, le rythme cardiaque... et doivent être pris en compte dans le cours de Yoga. Sans viser à l'exhaustivité, voici quelques pistes de réflexion.

La statique générale

L'équilibre est modifié avec le déplacement du centre de gravité – ce déplacement est plus prononcé au troisième trimestre de la grossesse – et on constate une déstabilisation à la marche, ainsi que l'accentuation de la lordose lombaire (ce qui peut entraîner des douleurs lombosacrées) ainsi que celle de la cyphose dorsale.
Le bassin bascule vers l'arrière et les appuis augmentent sur l'avant-pied.

Le professeur doit donc être très vigilant sur la position du bassin dans les postures debout. Des postures qui placent le bassin en asymétrie, comme virabhadrasana, doivent être pratiquées avec un écart de pieds réduit.

La respiration

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l'accélération du rythme respiratoire de la femme enceinte. Elle s'explique tout d'abord par l'effet de la progestérone sur le système nerveux central et le bulbe rachidien, là où se fait la régulation de la respiration.

Ensuite, plus la grossesse avance, plus le bébé prend de la place et exerce une pression sur le diaphragme (à la fin de la grossesse, le bébé va descendre dans le bassin et la respiration sera plus aisée).

Il faut donc ménager des pauses dans la pratique pour réguler la respiration. Si la femme est très essoufflée, cela peut aussi être causé par de l'anémie. Tout essoufflement prolongé doit donc inciter à la plus grande prudence.

Les modifications cardio-vasculaires

Il y a globalement augmentation du travail cardiaque : on évitera donc la tenue de postures en statique pour privilégier le dynamique et le semi-statique (avec précaution).

La circulation sanguine est transformée par la compression de la veine cave inférieure, au fur et à mesure de l'avancée de la grossesse. La position sur le dos (decubitus dorsal) peut être mal vécue de ce fait : on privilégiera alors le decubibus latéral gauche qui permet une moindre compression de la veine cave par l'utérus.

Le relâchement ligamentaire

Certaines hormones (relaxine, œstrogènes et progestérone) augmentent le relâchement ligamentaire.

Les articulations du bassin, dont la symphyse pubienne, deviennent plus souples et ce pour faciliter le passage du bébé lors de l'accouchement. Cette hyperlaxité a donc une grande utilité, mais il faut cependant veiller à ne pas forcer sur ces ligaments lors de la pratique. Et cela surtout pour les pratiquantes assidues qui pourraient avoir envie de profiter de cette souplesse accrue pour "aller plus loin" que d'habitude.

Le cerveau

Une récente étude, publiée dans la revue scientifique Nature Neurosciences, vient de mettre en évidence que la grossesse a aussi un retentissement sur le cerveau.

Grâce aux techniques d'imagerie cérébrale, les chercheurs ont constaté une diminution de la matière grise dans les régions qui sont impliquées dans les interactions sociales comme la perception et l'interprétation des désirs, des émotions, des intentions et de l'humeur d'autrui ou de soi-même.

— « Il n'est pas question d'envoyer un message du type "être enceinte vous fait perdre du cerveau", avertit la chercheuse Elseline Hoekzema. Une perte du volume de matière grise peut aussi représenter un processus bénéfique de maturation ou de spécialisation. »

Ces modifications, qui perdurent deux ans après l'accouchement, interviendraient pour préparer la mère aux exigences de la prise en charge de l'enfant.

C'est à un être transformé, chamboulé, jusque dans son cerveau, que le professeur de Yoga est confronté. Un temps d'échange avant toute pratique doit permettre l'ajustement du cours (postures debout ou assises, pranayama, chant...) en fonction de l'avancement de la grossesse, de l'état général, et on utilisera sans modération coussins, sangles, supports, ballons, etc. pour assurer confort et détente.

Avec un seul but : donner confiance dans les capacités du corps et du psychisme à vivre l'aventure de la grossesse et de la naissance.

Sylvie Prioul, professeur IFY




INSTANT THE - Yoga & Grossesse

Quatre professeurs, quatre parcours différents avec pour point commun une formation en yoga pré et post-natal à l'Institut du Docteur Bernadette de Gasquet à Paris

Quatre professeurs avec une formation en yoga pré et post-natal à l'Institut du Docteur Bernadette de Gasquet à Paris

Je me suis formée récemment au Yoga pré et postnatal à l'Institut de Gasquet à Paris quand Lina Franco m'annonce que le prochain thème de la newsletter sera « Yoga et grossesse » !

Hasard du calendrier ?!

En tout cas le timing est parfait et j'ai dans l'idée de réunir trois professeurs de mon département, le 92, aux profils différents qui pourront partager leurs réflexions, conseils et lectures sur cette période particulière de la vie d'une femme.

C'est dans son joli appartement baigné de soleil que Marie a eu la gentillesse de nous recevoir Elodie, Sylvie et moi-même un jeudi après-midi.

Quatre professeurs, quatre parcours différents avec pour point commun une formation en Yoga pré et post-natal à l'Institut du Docteur Bernadette de Gasquet à Paris.

Une discussion passionnée s'est tenue pendant plus de deux heures, mais le temps est tout de même passé trop vite...
Au départ bien assises sur nos chaises et nos chaussures aux pieds, c'est sur le tapis du salon en chaussettes que nous nous sommes finalement retrouvées à mimer, comparer, comprendre et montrer aux autres les postures essentielles pour la femme enceinte !

Voici quelques extraits de notre rencontre.

Créer du lien avec les futures mamans

Sylvie :
— « Je commence toujours par un temps de parole au début du cours pour connaître les mamans et leurs petits bobos, je me présente à elles. Les mamans viennent chercher ce temps de parole qui est aussi important pour elles que les temps posturaux ».

Elodie, Marie :
— « Oui le temps de parole au début du cours est nécessaire. Il permet de savoir où elles en sont physiquement, émotionnellement, de leur apporter des réponses en postures ou grâce à la respiration pour soulager leurs maux ».

Déroulé de cours de Yoga pour femmes enceintes

Sylvie :
— « Ma base de cours est souvent identique car donnant des cours à l'Institut sur Paris, il y beaucoup de passage, je n'ai jamais les mêmes élèves. Je débute en assise avec un travail sur la respiration puis le ressenti avec le périnée contracté.

— Ensuite un travail qui part du haut du corps avec des mouvements de bras, étirements latéraux, puis un passage en quatre pattes (dos rond / dos creux) pour bien ressentir la respiration abdominale... ensuite allongé avec la posture du demi-pont, etc.

— Je trouve qu'il faut bien 5 séances pour comprendre le placement dans les postures. Le travail de Gasquet est axé sur la biomécanique du corps. Du bon placement de la posture dépend la bonne respiration. Je garde également toujours du temps pour une relaxation finale ».

Elodie, Marie :
— « On peut commencer en assise ou allongé, cela dépend de la forme des élèves et de leur terme. Les postures pieds au mur en viparitakarani mudra et celle allongée en supta baddha konasana détendent beaucoup et/ou permettent de relancer la circulation du sang.

— Nous puisons aussi des postures dans le Yoga traditionnel qui peuvent se mixer avec des postures de Gasquet. Pour varier les plaisirs ! ».

Le lien corps-esprit

Marie :
— « C'est bien souvent en pratiquant le Yoga à la maternité que les femmes commencent à prendre conscience de leur corps, de leurs tensions, de leurs douleurs et des moyens de les relâcher. Pour un premier bébé, le cours de Yoga prénatal permet aussi aux femmes qui ignorent souvent ce qu'est le périnée et de l'endroit où il se trouve de prendre conscience de cette zone. Il faut leur expliquer avec des mots simples et imagés ».

Marie et Elodie :
— « Nous avons remarqué que parfois l'équipe médicale peut avoir un discours qui décourage certaines femmes qui ont un projet de naissance précis, par exemple accoucher sans péridurale, et qui ne veulent pas d'une surmédicalisation.

— Notre rôle est aussi de les écouter, de les convaincre de leurs capacités à pouvoir le faire si elles en ont vraiment envie mais aussi de leur dire de rester ouvertes aux autres options qui pourraient se présenter le jour J (césarienne, forceps ou autre...) pour vivre le mieux possible leur accouchement et rester en phase avec leur corps ».

Le Yoga postnatal

Lors de cette rencontre, nous avons aussi rapidement évoqué la période de l'après grossesse qui laisse souvent la nouvelle maman un peu seule, désorientée avec un corps qu'elle ne reconnaît plus et un enfant à faire grandir dont elle ne connaît pas encore le mode d'emploi !

Le Yoga postnatal avec son bébé est aussi un moment qui leur permet de se retrouver et de continuer à tisser un lien à l'extérieur avec lui puisque certaines postures associent le bébé.

Enfin, des ateliers spécifiques "maman-bébé" se développent et connaissent un grand succès. Marie et Elodie propose des ateliers "massage et étirements maman-bébé" dans les maternités et comme Sylvie, elles se formeront bientôt aux ateliers "relation mère-enfant" dispensés à l'Institut de Gasquet.

Pour finir voici quelques lectures indispensables à notre petit groupe que je remercie encore de cet agréable après-midi de partage ;) Le contact est établi, nous aurons un grand plaisir à nous revoir.

Bibliographie :
« Bien-être et maternité », par le Docteur Bernadette de Gasquet, Ed. Albin Michel
« Le Yoga pendant la grossesse et après l'accouchement », par Françoise Barbira Freedman, Ed. Pearson Pratique
« Après l'accouchement : le guide complet de la période postnatale », par Sylvia Gaussen, Ed. J'ai Lu
« Il n'y a pas de parents parfaits », « Au cœur des émotions de l'enfant », par Isabelle Filliozat, Ed. Poche Marabout

Delphine Pingault, professeur IFY

Marie Garcier s'est formée au Yoga à Paris avec un professeur indien et a choisi de se spécialiser pendant sa deuxième grossesse en Yoga prénatal et postnatal selon la méthode du Docteur Bernadette de Gasquet. En 2014, elle fonde sa société "Yoga for You" et dispense des cours de Yoga dans plusieurs hôpitaux et maternités de l'ouest parisien.

Elodie Prou travaille avec Marie. Elle est enseignante de Hatha Yoga, pratiquante de divers types de Yoga dynamiques comme le Vinyasa et l'Ashtanga. Elle s'est également formée au Yoga prénatal et postnatal à l'Institut de Gasquet.

Sylvie Dijoux est diplômée de l'EFY, praticienne en Ayurveda, certifiée en Yoga Nidra, spécialisée en Yoga prénatal et postnatal à l'institut de Gasquet et elle est également formatrice à l'Institut.

Delphine Pingault est professeur à l'IFY et dispense des cours adultes et enfants. Elle s'est récemment spécialisée en Yoga prénatal et postnatal à l'Institut de Gasquet.

L'Instant Thé est un moment convivial donnant l'occasion à des professeurs d'un même département de se rencontrer et d'échanger sur la thématique du Yoga, des cours, des élèves... Il permet de tisser des liens entre professeurs dont les lieux de résidence et d'enseignement sont parfois éloignés les uns des autres. Autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux, de jeunes professeurs et d'autres plus expérimentés, donnant quelques heures de cours par semaine ou vivant du Yoga, peuvent librement échanger sur leur expérience, leurs questionnements (cours, ateliers, techniques, astuces, lieux) et découvrir des affinités qui pourraient déboucher sur des projets communs...

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Professeur de yoga pour femmes enceintes : « Un grand bonheur »

Si le Yoga n'a pas de recette miracle, il permet de mieux vivre la grossesse, préparer l'accouchement et se rétablir en douceur

Professeur de Yoga pour femmes enceintes : un grand bonheur

Mais le professeur de Yoga doit se rappeler que chaque femme est différente et chaque grossesse aussi.

Mon "parcours" pour devenir maman m'a permis de mieux comprendre et d'accompagner les femmes dans cette période si merveilleuse et si bouleversante qu'est celle de concevoir, donner et accompagner la vie.

Etre professeur de Yoga pour les femmes enceintes est un bonheur et un moment privilégié pour créer un lien durable avec l'élève.

Je l'accompagne parfois même avant son projet de naissance, pendant, après (avec bébé en atelier ou sans en post-natal) et parfois nous avons la chance de pouvoir nous retrouver pour d'autres grossesses.

Un lien de confiance, de tendresse se fait dans le respect de l'autre, de son vécu et de sa propre intimité. Chacune reste a sa place, mais est à l'écoute : j'écoute afin de pouvoir proposer une une pratique adaptée et mes élèves écoutent pour pratiquer en conscience et en confiance.

Un maître mot : ADAPTER les cours de Yoga aux femmes enceintes

Ainsi, en début de séance, je commence par la "bobologie" du moment afin de proposer une pratique juste et adéquate à chacune ; ce qui n'est pas toujours aisé en partant du principe que la grossesse n'est pas la même pour toutes et que leur date d'accouchement n'est pas le même !

Et lorsqu'une posture semble trop difficile vient la boîte à idées du Yoga en proposant d'autres exercices similaires pour pallier une difficulté particulière.

On peut ainsi utiliser couverture, cales, tabouret ou chaise pour de nombreux exercices qui à l'origine étaient prévus en position debout ou assise au sol. Pratiquement toutes les postures auxquelles nous recourons pendant la grossesse peuvent être modifiées et adaptées de façon à faciliter leur réalisation et augmenter le bénéfice pour les pratiquantes.

C'est donc une séance qui tient compte des modifications créées par la grossesse et s'inspire plus que jamais de l'esprit de ViniYoga : adapter !

La nécessaire acceptation des changements

Le corps, la respiration pendant la grossesse se trouvant modifiés, la pratique de mouvements et de postures appropriées permet aux élèves d'unifier corps, souffle et mental. Cette unification permet d'orienter l'attention et l'observation vers une meilleure compréhension d'elles-mêmes.

On pourrait dire que la grossesse est une période propice à la découverte de son corps et à l'acceptation des changements.

Cette pratique pourra l'aider à retrouver une certaine confiance dans cette période ou le mental joue des tours et où les émotions jouent à cache-cache ! Ce grand bouleversement est ainsi mieux compris et même mieux accepté pour certaines.

Cette observation et cette confiance permettent également de rentrer en communication plus facilement avec le bébé tout comme la pratique du son lors de certaines postures ou le pranayama.

L'aventure ne s'arrête pas à la naissance...

La fin de séance se fait tout en douceur : repos, visualisations, pranayama en fonction du moment de la séance (matin, midi, soir) et de la fatigue de chacune. Les respirations sont "autour" du bébé, conscientes, profondes, douces...

Inspirer en accueillant l'air et en créant un espace de joie puis expirer avec acceptation et confiance...

Un moment d'échange est aussi important en fin de pratique. Des questions, des observations, des conseils de professeur – parfois même de maman – s'improvisent.

Pour moi être professeur c'est créer du lien dans l'écoute, la bienveillance et le respect de l'autre en proposant une pratique adéquate pour chacune en fonction du moment où elle vient me trouver. C'est pour cela également que je propose à mes élèves de revenir après la naissance pour pratiquer avec leur bébé lors d'atelier Maman/Bébé afin de prolonger ce lien et ce partage.

L'aventure continue... Le Yoga évolue à chaque âge de la vie.

Mélaine Bonnet,
Professeur de Yoga à Reims et Paris
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Séance de Yoga pour femmes enceintes de 5 à 6 mois de grossesse