PARAMPARĀ ou la notion de transmission dans l’enseignement du yoga



Extraits du mémoire de formation d'Eglantine Wong (Formatrice Dominique Adda)
 
Ecrire un mémoire de fin de formation m’a amenée tout d’abord à réfléchir au mot « mémoire » :
– au féminin, représente un merveilleux outil de rangement. Dans le Yoga-sûtra (sûtra I-6 et I-11), la mémoire est la cinquième activité du mental et dans ses commentaires Frans Moors écrit qu’elle permet d’emmagasiner des informations intellectuelles, sensorielles et émotionnelles, et de se les remémorer au présent.
– au pluriel, il peut prendre la forme d’une œuvre littéraire pour retracer une vie (le mot est alors masculin), ou encore évoquer des caractéristiques de la mémoire (mémoires vives, lointaines…).
– au masculin singulier, le mémoire devient un exigeant et incontournable exercice de rédaction de fin d’études.
Le thème du mémoire, traduit souvent ce qui a marqué notre parcours de formation, ce qui reste imprégné en nous malgré les oublis.
Le thème de la transmission s’est imposé à moi dès le début de ma formation, avec une évidence très forte. L’intitulé retenu sera :
 
PARAMPARĀ  ou la notion de transmission dans l’enseignement du yoga
 
 Paramparā vient de l’adverbe « param param », qui signifie « l’un après l’autre », ce qui me renvoie à l’idée de progression, de petit à petit. Pattabhi Jois l’utilisait pour désigner « le principe de transmission des savoirs dans sa forme la plus précieuse ». On le traduit par : « succession, obédience, école dans le sens de lignée magistrale de maître à élève ». Par extension, c’est la connaissance qui passe successivement d’un formateur/professeur à un élève, dans une relation d’échange et de respect mutuel.
Comment retranscrire tout le sens de cette notion dans les cours de yoga que nous dispensons après l’obtention de notre diplôme ? Que transmettre ? à qui transmettre ? et comment transmettre ? Ces questions m’ont servi de fil conducteur dans la rédaction de mon mémoire.
 
On dit qu’il existe autant de façons d’enseigner le yoga que de professeurs de yoga! Cependant quel axe directeur suivre pour ne pas trahir la pensée d’origine indienne qui fait que le yoga a traversé les siècles sans prendre une ride ?  Ayant eu l’opportunité d’enseigner dès ma deuxième année de formation, j’ai essayé d’aborder les arcanes de la transmission en les superposant au schéma des 5 oiseaux de la Taittirīya Upaniṣad, les maya (Au-delà du corps, TKV Desikachar avec Peter Hersnack).
Les oiseaux en vol se déplacent souvent en formation groupée avec à leur tête un congénère guide, image transposable facilement au formateur de yoga et ses élèves. Ce jeu de parallélisme m’a permis de préciser ma vision de l’enseignement du yoga et la manière dont je souhaite le transmettre.
 
Le fonctionnement de la transmission vu à travers les oiseaux
Il serait sans doute intéressant de mettre le dessin des oiseaux pour illustrer le texte
 
1.  Anandamaya : le corps de nourriture.
Il traduit profondément le premier niveau d’intervention de l’action de transmettre. En effet, la tête souvent formalise le ou les objectifs que l’on se fixe. Les ailes sont là pour stabiliser la posture, et aussi pour avancer. La queue est le gouvernail, et le corps représente l’espace, où se réalise la connexion entre les différentes parties.
Ce corps physique est la couche immédiatement visible et accessible tant par l’élève que par l’enseignant, lors du premier cours de yoga.



 
2. Prāṇamaya : le corps d’énergie vibre quasiment en simultanée avec annamaya.
Prāṇa (tête) : le flot énergétique qui nous entoure et circule en nous, est inspiré et transporté grâce à vyāna (aile DR) chargé de la circulation. Apāna (aile G) procédera (ou pas) à l’évacuation de toutes sortes de pollutions accumulées.
Si la posture, au yoga comme dans la vie, se rattache à pṛthivi (la queue), le point terre, ākāśa, une amplitude intérieure nouvelle peut se dégager pour permettre de grandir. Cet oiseau nous parle de souffle, indicateur incontournable pour l’élève dans son apprentissage et le professeur dans son guidage. Il symbolise aussi les impressions ressenties et délivrées au cours de leur relation.
 


3. Manomaya, le corps de pensée schématise d’une part notre architecture mentale et son fonctionnement et d’autre part nous rappelle sans cesse l’éventail des outils mis à notre disposition pour recevoir et transmettre. L’acquisition des connaissances de base passe par la tête avec les textes, mais ces éruditions sans la possibilité de voir, de toucher, de percevoir directement (pratyaksa sur l’aile G), et sans l’inférence de notre ressenti profond (anumāna sur l’aile DR), resteraient une simple accumulation de données. Plus encore, les transmissions orales (āgama) dont nous avons été destinataires et notre aptitude à reconsidérer les acquis (la queue) nous fournissent des moyens supplémentaires d’enrichir et d’approfondir ces textes.
La complétude de cette structure fait de manomaya l’élément central de l’acte de transmission, c’est en quelque sorte notre ordre de mission !
Mais avoir un ordre de mission, même en bonne et due forme ne suffit pas. Le parcours est semé d’embûches, d’où la nécessité de se tourner régulièrement vers vijñānamaya.


 


4. Vijñānamaya,  pour voir autrement qu’avec les yeux.
Une attitude guidée par śraddhā (la tête), cette faculté de croire en soi, d’avoir confiance, permet d’accéder à la vérité. Cette vérité, il faut d’abord  la connaître, à travers ṛtam (aile DR) en sachant voir l’élève au-delà des artifices de l’apparence, par exemple ; puis par le biais de satyam (aile G) être apte à réfléchir sur la pertinence à taire ou à dire cette vérité, en choisissant les bonnes paroles et le bon moment. Pour nous soutenir, mahat svadharma (la queue) qu’on peut assimiler à une certaine conscience professionnelle, nous engage à cultiver l’esprit Yoga, le contexte idéal où la déformation de la réalité des choses ne s’opère plus. 
Pour moi, ce quatrième oiseau est un véritable rétroviseur garde-fou: un coup d’œil en cas de perturbation suffit à recentrer notre attention sur l’essentiel.
Enfin pour sublimer ces capacités humaines fabuleuses, naturelles et acquises, il existe au fond de nous une étincelle magique, une sorte d’empreinte émotionnelle de la joie, au sens de félicité essence.
 

 
5. Ānandamaya
Que nous soyons élève ou enseignant, sachant qu’un enseignant garde son statut d’élève à vie, apprendre est un voyage.
Maurice Barrès définissait ainsi le mot « voyage » – « Un voyage, c’est 3 voyages, 3 étapes de la pensée » –, ce qui me paraît résumer la symbolique de ce 5e oiseau.
C’est d’abord ce que nous imaginons, désirons avant le départ, c’est la joie du futur, priyam (la tête). Puis c’est, sur place, le bonheur de voir et de vivre les moments présents, moda (l’aile DR). Enfin, après le retour, ce sont les moments que nous retiendrons pour notre livre d’images, pramoda, la joie du souvenir (aile G). Ces émotions additionnelles sont générées par ānanda, la source de joie infinie (le corps de l’oiseau), qui nous imprègne dès notre premier souffle ; elles agissent comme des ondes qui se propagent aux autres maya pour les faire vibrer harmonieusement. Elles sont portées par Brahman (la queue), ce souffle vital nourricier supérieur, qui représente notre inscription au monde. 
 
La transmission est traduite de manière authentique à travers les maya et ces enveloppes en renferment précieusement toutes les subtilités.
 
Paramparā  implique une relation spéciale élève/enseignant, dans laquelle le langage utilisé est composé essentiellement de mots issus directement du cœur et non de la pensée intellectuelle (YS, III-34, IV-3 et 4). Ce lien du hridaye, est la clé d’une transmission pérenne et sereine.
L’enseignement reçu d’une lignée reconnue constitue notre point terre stable sur lequel s’appuyer pour rester libre dans sa créativité naturelle, ouverte sur la modernité et la diversité des élèves.
 
Diplômée seulement depuis décembre 2017, je remercie ma formatrice Dominique Adda pour son enseignement, qui n’est que le début de mon chemin.
 
 
Biographie
Originaire de l'île de la Réunion, Eglantine a jeté l'ancre en Touraine depuis 2012.
Elle enseigne depuis 2015 au sein d'une association à Saint Avertin.
Ses projets :
1) à partir de septembre 2018 : travailler avec une association qui s'occupe de personnes ayant été touchées par le cancer : " ETRE avec le corps"
2) mettre en place des cours au sein d'une prison pour femmes. Projet : " la liberté autrement"

 


Du business, du sens ET des valeurs !

Auteur: 
GRANGE Agnès




Extraits du mémoire de formation d’Agnès Grange (formatrice Marina Margherita)

Le Yoga s’est largement diffusé ces dernières années en Occident dans l’entreprise, soit par la volonté de grands dirigeants adeptes eux-mêmes de cette discipline, soit, par des prises de conscience collectives qui ont invité la sphère du monde du travail à porter une attention accrue à la santé physique et psychique.
Les chiffres sont éloquents : en 2002, au niveau européen, le coût du stress d’origine professionnel était évalué à environ 20 milliards d’euros (Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail) et en 2007, en France, le coût social du stress (dépenses de soins, dépenses liées à l’absentéisme, aux cessations d’activité et aux décès prématurés) a été estimé en 2007 entre 2 et 3 milliards d’euros (étude INRS et Arts et Métiers ParisTech).
L’idée de prévention du stress au travail fait son chemin, poussée par des dispositions légales de plus en plus soucieuses de protéger l’individu dans l’entreprise.
Elle repose sur l’identification et la connaissance des facteurs de stress, puis la mise en œuvre d’actions ciblées afin de les supprimer ou faire diminuer.
La connaissance juste et des moyens : c’est la démarche même du yoga (pramanani et sadhana).
Les différentes catégories de stress produites en entreprise s’accompagnent toutes de risques de développement de souffrances psychiques, de conduites addictives et de somatisations plus ou moins sévères.
 
Le travail est ainsi devenu progressivement source d’anxiété, de souffrance, alors que, comble de l’ironie, on ne nous a jamais autant parlé de motivation, d’épanouissement et de développement personnel.
La peur de perdre son emploi ramène quelque part à la peur de mourir (abhiniveśah), l’extrême course à la performance à une sur-représentation de l’ego asmita), mais aussi à la confusion entre ce que l’homme est et ce qu’il a comme représentation de lui professionnellement (avidya), donc, aux kleśa.
Les sources d’afflictions fonctionnent à plein régime et on se consume au travail.
L’entreprise est ainsi devenue – probablement à son insu – un terrain formidable d’exploration du Yoga.
 
L’homme et l’entreprise : quelles problématiques ?
 
L’homme et l’entreprise évoluent en forte interdépendance, sous des formes de cohabitation plus ou moins harmonieuses.
Leurs intérêts sont à la fois divergents et communs, mais s’inscrivent aussi comme une représentation de notre société.
Au-delà des aspects financiers purs et durs, quatre grandes problématiques se révèlent assez fortement dans toute organisation.
 
Les problématiques de temps, de rythme : forte accélération du numérique et du digital, diffusion des informations en temps réel, course à l’innovation, nouveaux processus et organisations de travail, augmentation des cadences de travail…
L’ensemble de ces caractéristiques favorise ainsi la dynamique de la réaction en « temps réel » plutôt que la réflexion et la prise de recul, le changement plutôt que la stabilité et l’endurance.
 
Les problématiques de liens, de relations : c’est à la fois « travailler pour » (une entreprise, une direction) et « travailler avec » (des collègues, un directeur/une directrice). Chacun fait partie d’une chaîne de réalisation, est en lien collatéral, hiérarchique, fonctionnel, avec d’autres individus. Et apparaissent de nouveaux formats fonctionnels : offshoring ou nearshoring des équipes, télétravail, conférence calls, visioconférences, mails… mais aussi coworking, entreprise libérée...
Dans tous les cas, les liens, les relations, sont omniprésents et sont révélateurs tout autant de potentiels que de limites, d’harmonie que d’asymétries, de forces que de faiblesses…
 
Les problématiques de performances et de réalisations : recherche de la croissance, de la performance et du succès comme  mode de réalisation, mesure permanente, optimisation par les chiffres, transformation professionnelle, concurrence interne et « guerres de chefs »... en oubliant souvent trop que travailler en entreprise, donc en équipe, c’est avant tout accomplir ensemble des actions avec succès.
 
La problématique du bien-être : actions de préventions de santé publique, responsabilisation pénale de l’entreprise par rapport à la santé physique et psychique de ses salariés. Apparition de programmes comme le fameux « Search In Yourself » porté par Chade-Meng Tan chez Google ou les salles de méditation chez Ebay…
 
Créer un espace dans l’entreprise et laisser opérer l’Aśtanga yoga et le kriya yoga
Le yoga compte 2 à 3 millions de pratiquants en France aujourd’hui, environ 20 millions aux États-Unis. Les raisons de cet engouement sont multiples (recherche « effrénée » des hommes en quête de valeur, d’authenticité, attention accrue à la santé et au bien-être), mais correspondent aussi à une large évolution de la culture yoguique en elle-même : le yoga a voyagé, s’est démocratisé et est allé à la rencontre du monde occidental depuis le début du xxe siècle.
 
Pratiquer le yoga est une démarche individuelle, personnelle. Transposée dans l’entreprise, nous passons à une dimension qui, si elle reste une volonté individuelle, s’inscrit dans un environnement collectif qui peut modifier son approche.
 
Si le yoga est reconnu unanimement comme bénéfique pour l’homme, peut-il être un participant actif au bon fonctionnement de l’entreprise et sur quoi peut-il concrètement agir au travers des valeurs qu’il porte ?
En d’autres termes, des hommes meilleurs individuellement feront-ils une entreprise meilleure ?
Instrumentalise-t-on le yoga en le faisant pénétrer dans l’entreprise ou ouvre-t-on de nouvelles perspectives à l’entreprise en l’imprégnant de la culture yoguique ?
Un large éventail de possibilités s’offre à nous si on créé un espace spécifique où pourront infuser certaines grandes valeurs portées par le Yoga.
 
Yoga et Union : la quête de l’harmonie

Yama (attitudes relationnelles) – Niyama (disciplines individuelles) – Asana (pratique physique) - Dhyana (méditation) – Gunaparvani (mouvements des gunas en recherche d’équilibre)

Se pencher sur l’étymologie du mot yoga, c’est immédiatement voir émerger les notions « d’unir, d’atteler ».
Qu’il soit but ou moyen, le yoga est un état d’harmonie pour lequel tout un florilège de pratiques et techniques est proposé.
L’Aśtanga-yoga, au travers du premier membre, les yama, se propose d’agir sur la qualité des relations de l’homme aux autres hommes, au monde qui l’entoure.
Le second membre, les niyama, concerne quant à lui les disciplines relationnelles de l’homme avec lui-même.
Le but de ces principes relationnels avec l’environnement et avec soi-même n’est autre que d’entrer en contact avec authenticité et profondeur, et de pratiquer ces liens dans l’harmonie, sans aliénation.
Dans le cas qui nous intéresse ici, nous pouvons avancer que le yoga peut permettre à un lien de qualité – parce que respectueux et non toxique – de s’établir entre l’homme et l’entreprise et entre les hommes d’une même entreprise.
Et les bénéfices seront aussi importants pour le salarié que pour l’entreprise en tant que telle : diffusion de démarches intégrant l’éthique et l’humain au cœur des relations de travail, engagement au respect d’un standard de management respectant la vie privée de chaque collaborateur (horaires, charge de travail…) et visant la diffusion d’une culture du « mieux travailler ensemble », égalité hommes/femmes
Si nous nous projetons sur la pratique du yoga proposée au sein de l’entreprise, nous pouvons dès lors détecter plusieurs axes de travail qui peuvent produire des effets en phase avec les problématiques soulevées précédemment :
 
  • travail sur les 5 facettes des yama : diminution, voire disparition de la violence relationnelle (pression toxique), promotion de l’éthique comportementale, etc. et ce faisant, favorisation d’une ambiance de travail harmonieuse.
  • travail sur certains niyama : promotion de vertus telles que l’honnêteté, la modération, mais aussi le contentement en tant que remède aux frustrations et promotion de comportement professionnels respectueux et équitables par exemple.
  • travail sur la posture de l’individu dans l’entreprise : un parallèle peut être aisément établi entre les asanas et la posture professionnelle (flexion et flexibilité, dynamique et statique, extension et ouverture, assise, appropriation de points de vue nouveaux, acceptation du changement…).
  • travail sur les opposés par la posture et la respiration : ce qui pourrait par exemple être très intéressant ici, c’est l’action combinée entre ce qui peut apparaître comme des opposés au sein de l’entreprise (pôles opérationnels, couches managériales) mais aussi, la prise de conscience du rôle de chacun dans le but de servir un objectif commun (ex : un métier au service d’un autre dans la réalisation de certaines tâches et inversement).
  • travail sur la méditation comme source intérieure d’apaisement et prise de recul, non fixation sur les événements  et émotions…
  • travail de rééquilibrage du jeu des gunas lié à l’activité professionnelle : une tendance excessive rajasique, caractéristique du monde de l’entreprise, peut par exemple générer un état tamasique problématique. On pourra alors se proposer de procéder à un travail de prise de conscience de la situation, calmer le jeu des gunas et orienter le pratiquant vers sattva au travers d’une séance centrée sur les appuis et le souffle.
 
 
Yoga et Réalisation : le temps de l’action

Asana (pratique physique) – Dharana (concentration) - Pranayama (discipline respiratoire) - Gunaparvani (mouvements des gunas en recherche d’équilibre)

Entre autres définitions traditionnellement associées au yoga, il y a celle qui parle de « réaliser ce qui ne l’a pas été ».
Elle induit l’idée du cheminement, des étapes, de l’évolution, des changements par lesquels tout pratiquant va passer dans sa quête.
C’est un chemin qui finalement est très révélateur de ce que la vie est tout simplement pour chaque être humain.
On peut clairement parler de pression temporelle dans la perspective de la loi du marché (ou de la concurrence) dans laquelle baigne l’entreprise : on parle de gestion à « flux tendus », de « just in time ». On vise la perfection du « zéro délai », « zéro défaut » dans une gestion dans l’urgence omniprésente.
 
Sans toutefois chercher à enseigner à des pratiquants en entreprise les Yoga-Sutra de Patañjali, nous pouvons transmettre, par la pratique, des éléments clés qui sont parfaitement applicables à la vie professionnelle, à savoir :
 
  • l’effort juste : par une attention portée au concept de sthira sukham dans la réalisation des postures, c’est offrir la possibilité à l’élève de l’appliquer à son environnement (doser son effort en visant par exemple la performance mais sans dispersion d’énergie inutile ou inadéquate). Cette notion accompagnera la personne dans les différentes étapes la menant à dépasser certaines de ses limites tout en préservant sa santé physique et psychique.
  • l’action juste : grâce au développement de la capacité de prise de recul, avoir une meilleure analyse de la situation et apprendre à poser des actions en fonction de ce que les circonstances requièrent et en ne les soumettant pas à un intérêt personnel direct et immédiat ou à du réactionnel pur et dur.
  • l’accroissement des capacités de concentration, celles-ci permettant de faire face aux situations avec un esprit totalement consacré à la réalisation à effectuer.
  • la transmission des concepts du Viniyoga : prendre conscience de son point de départ, accepter d’avancer par étapes, adapter plutôt que forcer à tout prix, apprendre à changer de rythmes, de points de vue, s’accorder le temps de la compensation et des phases de repos, dans une séance, comme dans sa vie.
 
Yoga et Adaptation : être dans le flot du changement

Dharana (concentration) – Asana (pratique physique) – Pranayama (discipline respiratoire) - Dhyana (méditation) - Gunaparvani (mouvements des gunas en recherche d’équilibre)

Le monde du travail nécessite de plus en plus des capacités d’adaptation multiples (technologiques, opérationnelles, fonctionnelles, sectorielles, culturelles, générationnelles, etc.) et implique donc des aptitudes accrues chez l’homme pour aborder le changement sans qu’il ne soit vécu comme une rupture brutale.
Les remises en question nombreuses et rapides, parfois contradictoires, qui y sont associées génèrent la plupart du temps des états de stress et de souffrance importants au sein desquels on peut tout à fait se perdre.
On n’a de cesse de lire ou d’entendre les mots magiques de « lâcher prise, prise de recul » avec de fausses recettes pour y parvenir.
S‘il n’est en aucun cas un outil magique, le yoga développe en revanche les facultés d’adaptation de l’homme, typiquement par le travail postural, respiratoire… et la prise de conscience.
 
Nous pouvons dès lors imaginer tous les effets en « cascade » qui émergeront d’une pratique régulière basée sur des prises de postures dynamiques ou statiques et dans les différents axes du corps, mais répondant toujours à un ordre donné, reliées à des respirations singulières tout au long de la séance ainsi que dans l’assise finale.
Pratiquer le yoga, c’est soumettre, en toute bienveillance, son corps et son esprit à des exercices développant sa plasticité. C’est aussi soustraire l’individu de cette logique implacable imposant des arbitrages déshumanisés (ex : coûts et délais versus qualité) ou des changements à tout prix, en lui donnant la possibilité de se reconnecter avec lui-même et se distinguer de situations extérieures problématiques.
 
Apprendre à prendre du recul tout en étant dans un environnement extrêmement mouvant – et sans avoir le sentiment de ne pas être assez rapide ou de perdre son temps en ne réagissant pas dans l’immédiateté – c’est se donner les moyens d’aborder le changement sereinement ou, tout du moins, du mieux possible.
Ces capacités d’adaptabilité concernent aussi l’adaptation parfois conséquente qu’il peut y avoir dans le passage entre la sphère privée et la sphère professionnelle.
Il peut effectivement y avoir difficulté et réelles ruptures à plusieurs endroits :
 
  • Du fait d’horaires de travail chargés et/ou de pression très forte au travail, la vie privée en est envahie.
  • Du fait de problèmes familiaux, quels qu’ils soient, pollution des heures au travail par ces soucis personnels.
  • Difficultés à combiner une vie de « jeune parent » avec la vie professionnelle (la course pour aller chercher son enfant à la crèche, la culpabilité à ne pas être assez avec son enfant ou trop souvent absent au travail « à cause de lui », la difficulté à retrouver sa place après un congé maternité, etc.).
 
L’approche Viniyoga s’inscrit parfaitement dans le concept d’adaptation. Tout comme une pratique va être construite en fonction des caractéristiques d’une personne, le yoga peut ainsi se décliner selon ce concept en fonction des spécificités de chaque entreprise et de ses besoins du moment.
 
Yoga et Santé

Dharana (concentration) – Asana (pratique physique) – Pranayama (discipline respiratoire) - Dhyana (méditation)

Si le yoga est aujourd’hui, assez unanimement, promu au rang des disciplines extrêmement bénéfiques pour la santé physique et psychique de l’homme, c’est que des liens scientifiques peuvent être établis entre sa pratique régulière et la qualité constatée de la concentration, l’évacuation de la fatigue physique et nerveuse, la créativité, etc.
 
Pour preuve, la tendance ces dernières années à des collaborations de plus en plus nombreuses entre la médecine occidentale et le yoga (déjà existantes avec les médecines orientales depuis des siècles) pour, par exemple, favoriser la guérison de cancers ou encore préparer les femmes enceintes à l’accouchement.
 
Le monde du sport de haut niveau n’a lui non plus pas hésité à faire appel au yoga pour démultiplier les capacités psychiques de ses athlètes (par exemple, dans le rugby, pour potentialiser la concentration des buteurs ou encore stimuler la visualisation de la victoire de l’équipe).
 
Le yoga peut à la fois être un instrument préventif et un outil d’optimisation, de développement sur des axes divers tels que la relaxation, la concentration, la tonification, le renfort musculaire, la souplesse, etc.
 
Nous pouvons citer ses grands domaines d’application :
 
  • Fonctionnement du cerveau : le cerveau a besoin d’une quantité importante d’oxygène pour fonctionner. A lui tout seul, il consomme 20% de l’oxygène présent dans le corps. En procédant au travail respiratoire pratiqué dans le yoga, on améliore sa capacité pulmonaire et donc l’oxygénation du cerveau. Les capacités intellectuelles sont accrues (mémoire, concentration, créativité), la gestion des émotions est facilitée, etc. On pensera ici donc au pranayama bien entendu, mais aussi aux postures inversées.
  • Troubles nerveux (anxiété, insomnies, dépressions nerveuses, etc.). La caractéristique commune à toutes les postures est l’attention portée à la colonne vertébrale dans leur réalisation. Celle-ci est notamment le siège de notre système nerveux. Par le travail d’étirement et de mobilité de cette zone du corps, on porte donc une action ciblée de rééquilibrage de notre système nerveux.
Par la détente et la relaxation apportées par certaines pratiques, on peut par ailleurs modifier sa perception psychique et évacuer, au moins partiellement, ses émotions négatives ou encore favoriser l’endormissement au travers de pratiques spécifiques du soir.
On voit sans peine ici les réponses qui peuvent être apportées dans la prévention des dépressions nerveuses, des burn out, du mauvais stress au travail et donc, de l’absentéisme à terme.
 
  • Troubles mécaniques du dos et des articulations. Le mal de dos, c’est le mal du siècle. Qu’il s’agisse de pathologies liées à l’âge (arthrose) ou à de mauvaises positions (scolioses, cyphoses, lordoses, lombalgies, sciatiques), ou parfois à des maladies psychosomatiques, le yoga peut parfaitement opérer un travail efficace et pérenne pour ces cas, soit en soulageant les douleurs en mettant le corps dans une position adéquate, soit en musclant en profondeur les zones concernées, ce qui leur apportera une protection et un renforcement idéaux.
  • Entretien du bon fonctionnement corporel et psychologique de manière générale. Pratiquer le yoga, c’est mobiliser son corps en douceur ou avec intensité, mais toujours sans lui faire violence ; c’est aussi le faire respirer dans sa globalité et en profondeur et donc l’oxygéner, le détendre. C’est aussi agir sur son psychisme, de manière totalement naturelle et trouver des ressources inestimables sans recours à aucun artifice : on apaise l’âme, mais on stimule aussi le développement des capacités d’endurance, de résistance, de créativité… autant de qualités fortement prisées au sein de l’entreprise
 
Il est évident que si le yoga n’est pas le « remède à tout pour tout le monde », il possède néanmoins des attributs manifestes pouvant agir en profondeur sur la santé psychique et physique des salariés, en amont des dégradations potentielles tout comme dans les cas déjà avérés.
 
 
Le déploiement de cours de yoga au sein de l’entreprise est ainsi une véritable innovation sociale qui se met aisément en lien avec les problématiques du monde du travail.
Il offre avant tout la création d’un espace de bien-être permettant de sortir des approches organisationnelles et managériales traditionnelles.
Le yoga peut diffuser des valeurs intrinsèques qui prendront tout leur sens en infusant dans le temps. C’est en même temps un vecteur de réconciliation du social et de l’économique.

Du côté des salariés, c’est une mise à disposition, sur leur lieu de travail, de possibilités de développement personnel sur les plans physiques et psychiques, répondant à de nombreuses difficultés rencontrées dans leur quotidien.
La bonne adaptabilité, les étapes, le progrès, la confiance, la sérénité, l’expérimentation… sont à portée de main.
Pour tout cela, le yoga en entreprise peut être l’opportunité de se donner un temps pour une vraie et saine respiration, un rééquilibrage.

Le yoga est donc bien, en tant que science pluridisciplinaire, une possibilité de réponse, adaptée et très complète, aux maux de la vie professionnelle en entreprise.

Le concept de sthira sukham asanam apporte du sens et de la force à la relation de travail de l’homme et l’entreprise.
A travers les siècles, à travers les continents, le yoga nous prouve encore sa modernité et ses possibilités infinies pour nous rendre meilleurs à partir de n’importe où.
 
 
 
 
 
Agnès Grange 

Elève de Marina Margherita depuis 2001, j’ai très rapidement intégré le yoga dans ma vie, au travers de pratiques assidues et de mes premiers cours individuels pris pendant et après ma grossesse.

Travaillant en entreprise depuis toujours, le yoga m’est également apparu comme un support et un équilibrage essentiels dans ma vie professionnelle. Et cela ne s'est pas démenti au fil des années que ce soit lors de la prise de fonctions managériales, d'épreuves que j’ai eu à traverser parfois, mais aussi de succès.

Diplômée en 2016 après avoir suivi la formation de Marina Margherita à l’IFY, je reçois des élèves en cours individuel à Paris.

 

SATYAM, la véracité : un des « miroirs » du yoga

Satyam est une attention toute particulière que le yoga nous encourage à porter dans nos relations

Le jour où j'ai arrêté de faire semblant

Mais que ce regard nous questionne ! De nombreuses questions qui ne trouveront leur réponse que dans une démarche  longue et sincère.

L’enjeu du yoga

Le yoga nous offre par l’intermédiaire d’un de ses textes majeurs, le Yoga-sûtra, la possibilité d’être libre. Cette liberté, kaivalya, est l’aboutissement d’une longue démarche, prenant en compte le fonctionnement de notre mental.

 

Les moyens offerts par le yoga sont nombreux, postures, techniques respiratoires, méditation… mais tous ont à voir avec la manière dont notre mental s’y relie.

Celui-ci peut vivre deux états : la dispersion ou la focalisation. Le premier de ces états nous permet de goûter les merveilles de la vie sous toutes ses formes, mais il nous décentre, nous fait nous éloigner de ce que nous sommes profondément. Le deuxième état, la focalisation, en prenant un support, si possible plaisant à notre mental, nous permettra de vivre une relation étroite avec ce support et va nous révéler à nous-mêmes. C’est la méditation.

La relation et la place de satyam

Tous les supports offerts à notre mental afin de lui permettre d’éviter de se disperser, sont en rapport avec les relations que nous avons : avec les autres, avec nous-mêmes, notre corps, notre souffle, nos sens, notre psychisme. Qu’on la refuse ou non, la relation est au cœur de notre vie ! Se relier, n’est-ce pas là le sens du mot « yoga » ? Sans relation nous n’existons pas. La vie nous pousse à bouger, à expérimenter, et l’expérience est relation.

Mais quelle est la qualité de ces liens ? Sommes-nous conscients des projections que nous y faisons ? Du bagage que nous y apportons ?

C’est pour répondre à ces questions que l’aśtanga yoga, nous propose huit piliers, huit supports qui nous sont tendus afin d’y regarder notre tendance à prendre pour relation ce qui n’est que confusion, amalgame (samyoga).

En samyoga, nous mélangeons tout, l’autre et nous-mêmes. Des miroirs vont nous permettre de prendre du recul, d’éviter la fusion, et par là même de redonner à chacun sa juste place (viyoga). Par exemple, ai-je conscience que ce cadeau que j’offre à une amie est ce qui me plaît à moi. Ne suis-je pas en train d’assimiler mes propres  goûts aux siens ?

Ouvrant  l’aśtanga yoga,  les yama sont les premiers « miroirs » que nous devons regarder avec attention, ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils nous permettent de comprendre comment nous entrons en relation. Yama, un pilier comprenant cinq miroirs nous permettant de vivre en bonne entente avec nos semblables… et nous-mêmes  !

Examinons les deux premiers miroirs :

 – Arrive en tête ahimsa. Rappelons qu’ahimsa est  la non- violence, que l’on peut traduire, en se référant à l’étymologie, par le désir de ne pas tuer. Respecter ahimsa, c’est être  prêt à accueillir l’autre tel qu’il est, à lui laisser la place à laquelle il peut prétendre. Le terme « tuer » peut paraître fort, mais n’est-ce pas tuer une partie de l’être que de refuser sa place à quelqu’un, et encore plus si la violence, verbale, gestuelle, et les non-dits sont au rendez-vous ?

– Vient ensuite satyam, le deuxième miroir qui va nous permettre de mieux comprendre comment nous sommes dans la relation.

Satyam, définitions

Satyam est traduit par « le vrai, le véridique ». La racine en est AS, être, exister, habiter. C’est la réalité, la vérité, la véracité… telles que nous les transmettons. Nous regarder dans le miroir satyam, c’est voir si  nous sommes sincères, authentiques, ou si nous pouvons l’être.  C’est se demander où nous habitons lorsque nous ne le sommes pas.

Miroir à plusieurs facettes  !

En effet, sont en jeu ce que nous transmettons, l’autre et nous-mêmes. D’où vient cette réalité que nous partageons ? Ce que nous donnons à l’autre le respecte-t-il, ne le blesse-t-il pas ? Et nous, pouvons-nous être là tels que nous sommes, ou bien sommes-nous travestis de nos masques favoris ? Pouvoir prendre en compte ces différentes facettes c’est assurer un support solide pour une relation digne de ce nom. Sans cette prise de conscience, un jour ou l’autre, nos relations nous mènent à la souffrance. Nous ne savons plus où nous habitons.

Le contraire de satyam est asatyam, la fausseté, la tromperie. A-sat est traduit par mauvais, injuste, faux, méchant, mensonge, mal, inexistant, irréel. C’est ce qui n’est pas.

Satyam, c’est ne pas tricher. Ne pas leurrer les autres, ni soi-même. Et dans cette vérité que nous exprimons, que ce soit par la parole, le geste, ou notre attitude, nous ne devons pas faire de mal à l’autre, et même plus ! TKV Desikachar disait que «si nous apprenons quelque chose, nous devons pouvoir le dire en rendant l’autre heureux et en l’étant nous mêmes ». Quel savoir-faire !

Satyam, une invitation à la simplicité

Lors de la relation, de nombreuses questions peuvent être  posées : ce à quoi nous sommes connectés sur le moment, les émotions qui nous agitent. Mais aussi cela sur quoi nous portons notre attention, nous nous focalisons : l’autre, ce que nous savons de lui, ce que nous imaginons de lui, notre savoir-faire, notre manque de confiance… La relation se construit ainsi peu à peu dans le va-et-vient de l’un à l’autre de ces points.

Afin de pouvoir prendre appui sur ce va-et-vient subtil, se laisser porter par ce qui l’anime, il nous faut être libre, pouvoir « se libérer du connu » comme nous y encourage Krishnamurti dans un de ses ouvrages. Dégager l’espace pour que la relation vive ! Nous n’acceptons pas facilement de laisser de côté nos préjugés, nos jugements, notre savoir, nos habitudes. Nous est-il possible d’imaginer un seul instant que celui qui est en face ne nous juge pas  ?

C’est là qu’intervient satyam. Nous pouvons être là tels que nous sommes sans chercher à jouer un rôle, sans nous travestir. Il est certainement instructif que nous nous posions la question de savoir quel bénéfice nous tirons à ne pas nous autoriser à être ce que nous sommes. Qu’évitons-nous ?

S’autoriser à « être ce que nous sommes » peut prêter à confusion. C’est ainsi que nous entendons parfois, si nous ne le disons pas nous aussi, « je suis comme ça, c’est mon tempérament ; il faut me prendre comme je suis ! ».

C’est oublier notre parcours, que nous sommes des bhava (de la racine BHU, être), engagés dans une recherche qui doit nous mener à l’autonomie, svatantra, une des définitions du yoga, à vivre ce qu’il nous appartient de vivre, svadharma,  de manière authentique.

Un long chemin jalonné par les lumières et les interrogations que nous pose le yoga et particulièrement le texte du Yoga-sûtra.

Nous y apprenons à repérer les traits de notre personnalité pas toujours maîtrisés, les kleśa, qui nous amènent à être en réaction, et qui nous éloignent du moment présent. Il en résulte une souffrance dont nous prendrons conscience à un moment ou à un autre.

Nous avons la possibilité de les reconnaître, d’agir sur eux, et d’éviter « qu’ils ne fassent des vagues ». Ne pas les ignorer, être à même de comprendre que bien qu’un tant soit peu maîtrisés, ils nous accompagneront dans nos relations, cela fait partie de l’authenticité.

Satyam, tendre la main à l’autre avec la joie qui en résulte :

Si nous nous engageons dans la relation tels que nous sommes, nous permettons à l’autre d’en faire autant. Certaines personnes ne sont pas prêtes à être vues ; cela peut prendre du temps, et si la résistance est trop grande à « jouer vrai », le plus souvent elles quittent la relation, physiquement, par des pirouettes… les moyens de se dégager sont nombreux  !

La notion d’engagement me semble essentielle et indissociable de satyam. Dans une relation, nous agissons, nous répondons, même par le silence ! Sommes- nous prêts à nous y investir en restant authentiques ? Cet  engagement est à renouveler sans cesse ; les moments sont fréquents où nous aurions bien envie de biaiser. Cet engagement, c’est le atha  par lequel commence le Yoga-sûtra : « Êtes-vous prêts à vivre ce que vous êtes, à prendre appui sur la vie pour découvrir ce que vous êtes ? Avez-vous confiance dans ce mystère qu’est la vie qui vous porte ? »

Oui, il en faut de la confiance, pour se laisser porter, se sentir vivre, par cet impalpable, cet inconnu qu’est la relation  ! Prendre appui sur cela, comme nous le ferions avec un objet lors d’une démarche méditative, c’est s’ouvrir à la vie, et c’est la vie qui ouvre ce que nous lui offrons. Offrons-lui notre authenticité, c’est notre être tout entier qui s’ouvre, qui se réjouit d’un espace neuf et immensément grand.

Oui, une grande Joie en résulte, qui rend heureux ; une joie qui n’engrange rien mais qui peut être engrangée ! S’en souvenir alimentera la confiance… celle de vivre dans l’authenticité.

Satyam et le non-désir

Peut-on désirer être authentique ? L’idée est séduisante, mais sur quoi se base-t-elle, sur ce que nous en savons, sur ce que nous venons de lire ? Qu’allons-nous faire pour cela ? Probablement projeter nos préconçus, notre désir, dans la relation, et occuper par là même l’espace qui pourrait révéler notre véracité. Il nous faut éliminer un masque, des masques. Le choix est difficile, et la question de l’essentiel va vite se poser. Les questions sont nombreuses, mais ne pas se les poser c’est s’exposer au risque que le mental et sa cohorte de désirs, bien faire, être plus que l’autre, ne reprennent les rênes. Il n’est alors plus question d’authenticité.

Satyam ne demande rien de tout cela. Etre là, simplement être là. Simplement ? La simplicité, elle non plus, ne peut être un choix. Elle se vit, elle s’offre à nous. Quand ? Lorsque ego et mental se taisent, lorsqu’ils acceptent de laisser la place à ce qui ne peut ni se nommer ni se quantifier.  

Nous voici devant une définition que nous connaissons, celle du yoga. Yoga, un pont indispensable entre satyam, la vérité que nous exprimons et tam, la vérité suprême. Un texte, la Taittiriya Upanishad, nous offre une belle image de cela sous la forme d’un oiseau.

Satyam et son partenaire, ṛtam, mis en relation par Yoga

La Taittiriya Upanishad présente l’être humain sous forme de métaphore : celui-ci est représenté comme tissé de cinq corps en interactions incessantes les uns avec les autres. Chacun de ces corps est figuré sous la forme d’un oiseau.

Comme tout oiseau, nous y trouvons une tête, un corps, une aile droite, une aile gauche et une queue. C’est l’équilibre entre ces différentes parties qui permet à l’oiseau de voler sachant que la tête donne la direction, la queue propulse, et que le corps résulte de la relation entre les deux ailes qui stabilisent et permettent de voler.

Satyam représente l’aile gauche de vijñânamaya, l’oiseau-corps de notre personnalité. Regardons cet oiseau de plus près :




Image tirée de Au-delà du corps,  de TKV Desikachar aux Éditions Présence d’Esprit.
 

Nous y voyons que l’aile gauche, satyam, est en relation avec l’aile droite, tam, par l’intermédiaire du corps, yoga.

Ṛtam est l’ordre, le juste, la vérité cosmique, l’ordre divin, la vérité vivante qui émane directement de Dieu et agit à travers lui.

En simplifiant, ṛtam, c’est voir la vérité, la perception, et  satyam, c’est savoir dire la vérité, la transmission.

Ce terme, tam est le premier qui vient dans le Yoga-sûtra. C’est vers elle que nous tendons.

Le texte nous dit qu’elle est le fruit de la méditation, que ce fruit est la plus haute des connaissances, celle de la vérité absolue. Et de plus, lorsque nous connaissons cet état, l’influence sur les autres est pure, et ne laisse pas de trace négative.

Savoir dire la vérité, satyam est vraiment le résultat d’une relation de « cœur à cœur ».

Nous comprenons grâce à ce bel oiseau que ṛtam et satyam sont indissociables et que leur relation est réalisée par le yoga ; nous les approchons par le yoga ! Moyen et but magnifiques dont le premier conseil nous est donné dans les aphorismes 12 et 13 du premier chapitre pour lesquels je me permets de donner une interprétation très libre :
« Laissez vos masques de côté, restez-là, ouverts dans la conscience de la “vérité du moment ”, acceptez d’être portés par cela qui vous dépasse et que vous ne pouvez contrôler, et revenez-y sans cesse. »
C’est en réalisant cela que la tête de l’oiseau est de plus en plus sûre de sa direction et que celui-ci prend son envol propulsé par une queue qui se nomme « intelligence-amour » !

Satyam en quelques mots

Sincérité, authenticité, ne pas tricher
Simplicité
Engagement
Etre conscient de ses kleśa
Confiance
Se laisser porter par la relation
Svatantra, svadharma
tam et satyam sont indissociables
tam, c’est voir la vérité ; la perception
 satyam, c’est savoir dire la vérité ; la transmission

Asti !  (vient de As, même racine que satyam : Qu’il en soit ainsi !)

Les aphorismes du Yoga-sûtra implicitement cités :

I : 1, 2, 3, 12, 13, 14, 17, 20, 48 – II : 3, 10, 11, 29,  30, 31, 35, 36  – III : 5, 9, 38  – IV : 6

Par Dominique Adda, formatrice IFY





Satya : vérité et authenticité

« L'idée de mentir me mettait très mal à l'aise »

SATYA, véracité, authenticité, une qualité positive dans le Yoga-sûtra

Lorsque j'étais enfant – je crois, à dire vrai, que cette époque de ma vie a duré longtemps –, l'idée de mentir me mettait très mal à l'aise.

Etait-ce d'ordre purement éthique ? L'incorporation des attitudes éducatives de mes parents à propos du mensonge était clairement en jeu, mais pas seulement : je pensais qu'aucune "grande personne" n'était dupe des mensonges des enfants et que de toute façon mon nez allait s'allonger.

 

En effet, il faut un certain temps (plus ou moins long), pour découvrir (et ce n'est d'ailleurs pas possible chez tous) que nous sommes suffisamment opaques à l'Autre pour qu'il soit possible de lui mentir (et opaques à nous-mêmes pour qu'il nous soit possible de nous mentir).

Dans beaucoup de traditions religieuses ou spirituelles, de textes dits de sagesse, cette possibilité du mensonge a été encadrée par des injonctions à une attitude inverse. Ainsi Patanjali énonce-t-il le concept de satya – véracité, authenticité – dans le deuxième chapitre du Yoga-sūtra, au sein des yama, premier des huit "membres", c'est-à-dire des huit domaines dans lesquels s'affûte peu à peu une capacité de discernement, ces yama concernant, justement, la relation aux autres.

Souhaitant réfléchir un peu plus avant et/ou différemment à l'occasion de cette demande qui m'a été faite d'écrire sur satya, je ferai dans le texte qui suit la proposition suivante : se représenter satya au sens de "véracité", "dire la vérité" par rapport à "dire un mensonge", est un précepte pertinent mais somme toute un peu simpliste.

Il est nécessaire de regarder aussi ce concept dans son sens d'"authenticité", de manière à la fois plus nuancée et plus essentielle. Nous aurons donc à considérer à cet égard deux niveaux différents et complémentaires : l'un est de l'ordre de la morale ; l'autre, au-delà des règles et préceptes, vise l'essentiel.

Je présenterai rapidement les usages de ce mot dans les textes indiens. Puis je proposerai une réflexion sur sa place dans le Yoga-sūtra. Au fil du texte, quelques références à ce même concept dans des cultures non indiennes apporteront un éclairage complémentaire.

SATYA dans les textes indiens

Ce mot est présent dans nombre de textes de l'hindouisme (sans parler du jaïnisme et du bouddhisme). Tout d'abord, ce peut être un nom propre (en particulier dans les Purāṇa) attribué, lorsqu'il est masculin, à une vingtaine de personnages ; et lorsqu'il est féminin (satyā), à neuf au moins.

En voici les principales traductions lorsqu'il s'agit d'un nom commun, qui peut être masculin, féminin ou neutre : satya [sat-ya] a. m. n. f. satyā vrai, véridique — n. réalité; vérité, véracité | promesse, serment | phil. la sincérité, une des vertus (yama) du yoga | cf. satyaloka — f. satyā sincérité, véracité — v.] pr. (satyāpayati) dire vrai (Gérard Huet, Héritage du Sanskrit).

satya est donc le mot sanskrit qui désigne la vérité. Il se rapporte aussi à une vertu dans les religions indiennes, dans lesquelles il est prescrit d'être vrai en pensée, en parole et en action. Ce mot est proche de sattva, également dérivé de sat, et signifiant "essence, nature essentielle", et qui est également le guṇa dont la fonction est d'éclairer.

satya est un terme central dans les Veda, mis en équivalence avec ṛta (ce qui est correctement mis en relation, l'ordre, la règle, l'équilibre), qui en résulte. L'essentiel est satya, vérité sans laquelle l'univers et la réalité s'effondrent.

Au sens de "vérité", on le trouve dans le Dharmaśāstra (traités juridiques édictant des lois et des conduites à suivre), le Mahābhārata, le Nāṭyaśāstra... Et il est également présent dans de nombreuses Upaniṣad, nous en verrons deux exemples à la fin de ce texte.

SATYA, véracité, authenticité, une qualité positive dans le Yoga-sûtra

Dans le "yoga à huit membres" de Patanjali, les cinq yama (YS II-30) – repères concernant la relation à l'autre – sont souvent présentés comme dépendants du premier d'entre eux, ahiṃsā, la non-violence.

Voici comment s'agence la succession des yama :
a-hiṃsā, ne pas nuire
satya, véracité, authenticité – en particulier en parole, disent les commentateurs classiques du Yoga-sūtra. Et, en effet, on dit bien "dire la vérité", "dire un mensonge" : le fait de mentir passe par la parole, par une énonciation. Même lorsqu'il s'agit d'un mensonge par omission : dans un tel cas l'énonciation est délibérément évitée mais elle reste la référence. [i] Voici plus précisément ce que dit, dans la traduction de Michel Angot (Le Yoga-sūtra de Patañjali suivi du Yoga-Bhāṣya de Vyāsa, Les Belles Lettres), Vyāsa, le grand commentateur du début de notre ère : « Le satya consiste en une parole et une pensée en conformité avec ce qui est. La parole et l'esprit correspondent à ce qu'on a vu, inféré ou entendu. [...] Une parole doit être au service de tous les êtres, non pour la ruine des êtres. Et quand bien même on pourrait la dire vraie, si ultimement elle nuit aux créatures, ça ne serait pas le vrai mais rien d'autre que le mauvais. »
a-steya, ne pas voler, ne pas s'approprier ce qui ne nous appartient pas
brahmacarya, se consacrer à l'essentiel
a-parigraha, ne pas accumuler.

Dans un registre moral, visant l'encadrement des pulsions "néfastes", il est logique que les mots "en a", exprimant un réfrènement, viennent en premier. Ainsi, les commentateurs du Yoga-sūtra invitent à considérer la relation entre véracité et non-violence (a-hiṃsā), en proposant que cette dernière soit avant tout respectée, dans des situations où "dire une vérité" à l'autre peut lui faire du mal.

Mais remarquons déjà que mentir peut aussi, dans certains cas, permettre de se protéger de la violence de l'autre, de celui qui veut imposer, s'imposer, exercer un forçage vis-à-vis duquel, parfois, la solution la plus accessible est de se dissimuler. A ce niveau, "mentir c'est avoir le pouvoir de contrôler son Autre, c'est pouvoir décider à l'avance d'une vérité plus acceptable par l'Autre, c'est refuser, abdiquer devant une vérité par lui inassumable, c'est élaborer, construire, reconstruire l'histoire" (N. Brémaud, ibid.).

Si les concepts de vérité et de mensonge (directs ou par omission) tendent à s'opposer, ils sont relatifs (Lacan parlait de "vérité menteuse") : étant donné le peu de choses que nous savons sur nous-mêmes, et encore moins sur l'autre, comment penser pouvoir "lui dire ses quatre vérités", que nous ne connaissons pas ?

S'orienter vers l'essentiel

Je proposerai donc aujourd'hui d'orienter le projecteur un peu différemment : comment regarderons-nous les choses si nous éclairons ce groupe de prescriptions à partir des deux d'entre elles pour lesquelles Patanjali choisit des mots qui ne sont pas précédés d'un préfixe privatif ? A savoir satya et brahmacarya, les deuxième et quatrième ?

Si nous les laissons "briller" ainsi, leurs teneurs essentielles – c'est le cas de le dire – deviennent évidentes : satya concerne sat, l'essence, l'existence ; brahmacarya concerne le brahman, fondement indifférencié de tout ce qui existe. Alors on peut lire les repères dans la relation à l'autre comme étant sous-tendus par cette relation à l'essentiel, et non pas seulement comme des garde-fous par rapport à la sauvagerie dont l'espèce humaine est capable.

Choisissons donc pour satya la traduction "authenticité", en relation à ce qui, en chacun de nous est "vrai", au plus près d'un réel, de la manière la plus singulière, en opposition à la possibilité de fausseté, de porte-à-faux. Ne pas être (trop) en porte-à-faux, "à côté de ses pompes", hors de soi, fascinés par les qualités, attributs, possessions d'autrui.

Ainsi satya se relie-t-il à asteya, car "voler" c'est aussi voler les idées de l'autre, les faire siennes sans reconnaître leur origine (le plagiat est, dans le domaine de la parole et de l'écrit, un exemple de vol) – s'approprier ce qui n'est pas à soi est de l'ordre de la fausseté, alors que les richesses auxquelles nous pouvons aspirer sont avant tout celles qui peuvent se développer en nous-mêmes et constituent notre authentique singularité ; elle se relie aussi à aparigraha, car la tentation addictive de s'entourer d'objets de jouissance, le temps qu'en prend la gestion, sont des obstacles majeurs par rapport à la possibilité de laisser se dévoiler cette singularité essentielle.

Quant à brahmacarya, il s'agit de la position de celui qui, ne kidnappant pas l'autre comme objet de sa jouissance, cherche dans toutes ses relations une dimension d'au-delà (la sublimation n'est-elle pas de cet ordre ?).

Il ne s'agit pas de penser que nous pourrons, un jour, voir et agir en étant totalement conscients de ces enjeux – quelque chose, toujours, nous échappera –, mais une orientation vers cette quête est possible, et c'est certainement pourquoi Desikachar présentait yama et niyama non pas comme des préceptes moraux mais comme des repères par rapport aux qualités et effets de nos actions. Le résultat d'un "ferme établissement" dans satya est justement, selon Patanjali, une meilleure correspondance entre l'action et ses effets.

Avec satya, dans le yoga, l'essentiel est donc : d'être honnête avec soi-même (en dernière analyse, nous-mêmes sommes toujours les mieux placés pour reconnaître les situations et moments où nous sommes plus authentiques et ceux où la part de fausseté est substantielle) ; de faire ses choix[ii] selon son goût[iii] (oui, le choix est affaire de goût personnel), ce qui implique d'avoir dégagé ce qui nous fait vivre, nos désirs les plus profonds, et de ne "pas céder" sur ces désirs-là. Ceci peut impliquer, entre autres, d'accepter de pouvoir se trouver en dehors de visions consensuelles, "politiquement correctes", comme on dit.

Une image, une citation

L'image : dans la Taittirīya Upaniṣad, le corps de l'homme – constitué de cinq trames tissées ensemble – est représenté comme le corps d'un oiseau, qui peut voler, aller loin dans airs. Au niveau de la quatrième trame, celle par laquelle tout être humain connaît le monde à sa manière singulière, les ailes de l'oiseau, qui l'équilibrent et donnent l'énergie de son avancée, sont ṛta – la vérité du côté de ce qui crée de l'ordre – et satya – la vérité du côté de l'authenticité.

La citation : les mots satya et brahman occupent, associés, la cinquième section de la grande Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad : verset I : « Cet univers n'était au commencement que de l'eau. Cette eau a produit Satya. Satya, c'est le Brahman. Le Brahman a produit Prajāpati, et Prajāpati les dieux. Ces dieux méditent sur satya. Ce nom "satya" est constitué de trois syllabes : "Sa", "Tī" et "Ya". Les première et troisième syllabes sont la vérité. Au milieu, il y a le mensonge. Le mensonge est entouré de part et d'autre par la vérité. C'est pourquoi celle-ci prédomine. Celui qui sait cela n'est jamais blessé par le mensonge. »

Laurence Maman, formatrice IFY

[i] Brémaud, Nicolas. "Mensonge et psychose : approche psychanalytique", L'information psychiatrique, vol. volume 88, n°. 9, 2012, pp. 743-749 : Le mensonge fait appel à la présence et à la reconnaissance de l'Autre. Le mensonge est inhérent à l'humain, tout comme la folie (les animaux ne mentent ni ne deviennent fous). Il est inhérent à l'humain parce que celui-ci, contrairement à l'animal, est inscrit dans le monde du signifiant, dans le langage : "Le langage de l'homme – disait Lacan en 1946 dans ses Propos sur la causalité psychique – cet instrument de son mensonge, est traversé de part en part par le problème de sa vérité." Le mensonge est inscrit dans la structure de l'être parlant, il est une marque, une trace de la structure de langage qui cause le sujet. La vérité, comme le mensonge, sont des effets de langage, et à ce titre, l'inconscient vient s'y nouer nécessairement : "la vérité est inséparable des effets de langage".

[ii] Emile Littré : Le mot germanique qui a produit notre "choisir" signifie "voir, apercevoir, discerner". Aussi est-ce l'unique acception que "choisir" a dans l'ancien français. "Choisir" au sens d'"élire" ne commence à paraître qu'au XIVème siècle.

[iii] Le choix est, toujours selon Littré, "la préférence accordée à une personne ou à une chose".





Il n'y a pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Il y a des mots sanskrits d'autant plus forts et riches de sens qu'ils sont brefs, d'autant plus complexes et difficiles à saisir qu'ils sont faciles à prononcer

Satya : pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Satya en est un. Etymologiquement, il dérive de sat, participe présent du verbe "être", qui signifie "qui est, qui existe". Le mot satya, en tant qu'adjectif, se traduit par "réel, vrai, authentique, sincère, fidèle, loyal".

En tant que nom neutre, il signifie "réalité, vérité, véracité, authenticité, sincérité, loyauté".

Ce qui frappe, c'est qu'en sanskrit il n'y a qu'un seul mot pour désigner la réalité et la vérité – alors que le latin en possède déjà deux, realitas et veritas.

Dans le dictionnaire Larousse, la réalité est définie comme "le caractère de ce qui est réel, de ce qui existe en fait, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé, fictif" et la vérité comme « l'adéquation entre la réalité et l'homme qui la pense". En parallèle, le dictionnaire sanskrit dit de satya : "sate hitam satyam" "ce qui conduit vers SAT, l'Etre, le réel est satya".

Qu'est-ce que le réel ? L'adéquation dont parle le Larousse est-elle possible ? Est-elle souhaitable ? Comment y arriver ?

L'homme croit voir le monde

Pour le Yoga-sûtra, la réalité est constituée de deux principes : "ce qui voit" et "ce qui est vu". On pourrait penser que l'être humain est le voyant et le champ de vision, la réalité autour de lui. Cela n'est que partiellement vrai.

Le champ de vision de l'homme est sa réalité intérieure, cet ensemble de pensées, d'émotions et de sentiments qui sont formés en lui par le contact avec le monde qui l'entoure. Il croit voir le monde ; de fait, comme dans le mythe de la caverne de Platon, il en voit le reflet dans son esprit, il le pense, il le re-connaît se fondant sur ses expériences passées, il ne le voit pas tel qu'il est dans le présent.

Se forgeant son identité sur sa vision subjective du monde, l'être humain s'y attache et rentre dans une illusion que le Yoga-sûtra appelle avidya. Il confond la réalité avec la vision qu'il en a, et, s'identifiant avec sa vérité subjective de pensées, d'émotions et de sentiments, il se coupe de sa réalité profonde de voyant qui lui permettrait d'en prendre conscience.

Avidya est source de souffrance. Mais souvent, c'est la souffrance – physique, morale, relationnelle – qui déclenche un désir de changement et nous met sur le chemin de la vérité.

Développer une vision claire

Plusieurs directions nous sont proposées dans le Yoga-sûtra pour éviter la souffrance à venir. Même si au départ nous ne le savons pas, leur but commun est de nous faire découvrir son lien avec avidya pour développer une vision claire de nous-mêmes et de la réalité.

Les domaines d'enquête proposés par Patanjali font partie de l'ashtanga yoga (le yoga aux huit membres), représenté comme une roue à huit rayons. Le moyeu est notre réalité profonde non changeante, le voyant. Les rayons représentent les différents aspects de notre champ de vision changeant.

Ils sont :
la relation avec l'environnement et avec nous-mêmes (yama et niyama),
le domaine corporel (asana),
respiratoire/énergétique (pranayama),
sensoriel (pratyahara),
mental (samyama).

Ce dernier comporte trois rayons qui représentent les terrains d'exploration du mental :
- la concentration (dharana),
- la méditation (dhyana)
- et l'intégration sans pensées (samadhi).

Ces domaines d'expérience ont pour objet d'éclairer les différents aspects de notre réalité changeante pour les distinguer de notre réalité profonde qui les illumine. Les rayons fonctionnant ensemble, les prises de conscience qui se produisent dans un domaine profiteront aux autres et nous permettront de remonter jusqu'au moyeu.

Satya, comme vérité, véracité, sincérité, authenticité, fait partie des attitudes relationnelles (yama) à côté de la non-violence, du non-vol, de la modération et de la non-convoitise.

S'agit-il de préceptes, de règles morales, de principes à appliquer ? Si nous les considérons ainsi, nous restons dans la couche superficielle de notre être et risquons de tomber dans le jugement et dans la culpabilité. Il s'agit plutôt de points de repères qui nous aident à remettre en question nos points de vue et nos habitudes et, ce faisant, ils nous éclairent sur nous-mêmes dans la relation avec l'autre.

Ainsi Patanjali ne dit pas comment réaliser les yama. Il les définit par leurs aboutissements en utilisant pour tous un terme à très forte résonnance : pratisthayam, qui veut dire "enracinement".

L'aphorisme II-36 dit que quand satya est bien enraciné, il y a concordance entre les actions et leurs fruits. Cette définition lapidaire de satya nous fait comprendre que pour poser une action juste nous devons être clairs à la fois sur la situation et sur nos motivations. Elle ouvre un chemin d'enquête qui peut être mis en relation avec les trois aspects du yoga de l'action (kriya yoga) : tapas, svadhyaya, et ishvara pranidhana.

Accepter le risque de vivre dans le changement

La première étape du chemin vers la vérité exige un effort et une discipline purificatrice et déconditionnante (tapas). C'est le rôle de la pratique posturale et respiratoire qui élimine les impuretés au niveau du corps et des organes des sens. Un corps en bonne santé et des sens aiguisés nous permettent de mieux percevoir la réalité et d'établir une relation harmonieuse avec l'environnement.

Le principal obstacle à satya, c'est que, pour défendre notre identité, nous nous enfermions dans une vision subjective et figée de nous-mêmes qui nous coupe du mouvement de la vie. Une respiration bloquée peut révéler une angoisse de vivre dans la réalité changeante. La pratique régulière nous permet de prendre conscience des changements constants de notre état physique et mental. Renouer le lien avec le souffle et libérer le mouvement du diaphragme peut aider à se libérer des défenses et à accepter le risque de vivre dans le changement.

A un deuxième niveau de satya, par l'enquête sur les intentions de nos actes, nous avançons dans le chemin de la connaissance de notre nature profonde (svadhyaya). A chaque fois que les résultats de nos actions ne correspondent pas à nos attentes, nous pouvons remettre en question la sincérité de nos intentions. Il ne s'agit ni de s'attendrir sur soi-même ni de se fustiger, mais de prendre la responsabilité de nos actions et d'avancer.

Dans la relation avec l'autre, nous sommes constamment confrontés à une vision différente de la réalité qui secoue nos certitudes. Nous avons le choix de nous fermer ou de nous ouvrir à l'autre, en assumant pleinement notre subjectivité et en respectant la sienne.

A ce stade, la méditation au sens large permet le travail de purification de la mémoire (Yoga-sûtra I-43) qui nous aide à reconnaître nos projections sur la réalité et à accepter qu'elle soit différente de la vision que nous en avions. Nous réalisons que le respect du vrai va bien au-delà de la sincérité dans les propos, dans les intentions et dans les actions.

Il n'y a pas de vérité possible sans adhésion à la réalité

Ceux qui arrivent à la troisième étape de satya sont au service de la vérité (ishvara pranidhana). La pensée ne fait plus obstacle au contact direct entre le voyant et le champ de vision et ils adhèrent au Réel. Dans les mots de Desikachar : ces êtres "disent la vérité car ils connaissent la réalité".

Fidèles à leurs engagements dans le monde, avec une vision claire de chaque situation, ils n'agissent plus dans un intérêt personnel, mais pour répondre à ce qui leur est demandé.

« C'est par l'attachement à l'acte que les ignorants agissent, ô Bhâratide : le sage doit agir tout pareillement, ne visant que l'intégrité de l'Univers. »
(Bhagavad Gîtâ III-25)

A ce stade, satya, la vérité personnelle, coïncide avec rta (Yoga-sûtra I-48), la règle morale qui est en accord avec la vérité universelle.

Dans les mots de Krishna qui concluent le chapitre XVIII de la Bhagavad Gîtâ : « Ainsi t'ai-je révélé cette science plus mystérieuse que le mystère. Médite-la dans ton cœur sans rien omettre, ensuite fais ce que tu veux. »

Par Marina Margherita, formatrice IFY





Le jour où j’ai arrêté de faire semblant…

Pour moi, être vraie c'est être sincère envers moi-même et envers les autres. Être en lien avec ce qui est précieux en moi.

Le jour où j'ai arrêté de faire semblant

Un cheminement vers plus d'authenticité dans ma démarche, mes actions, mes paroles, mes silences aussi.

Patanjali dans le chapitre deux du Yoga-sûtra place satya – la vérité – en deuxième position juste après ahimsa – la non-violence – dans les disciplines relationnelles. La racine du mot sat-ya est sat : Être, le réel/ce qui existe ; satya serait donc se rapprocher de ce qui Est. Aller vers ce qui est vrai, authentique. Satya : vrai, véridique. (Dictionnaire de Gérard Huet)

 

Une histoire de couleur

Je cherche à m'établir de plus en plus dans la vérité, à la mettre en pratique dans ma vie quotidienne. Un des aspects les plus visibles sur moi a été une histoire de "couleur". Lorsque j'exerçais mon métier de réalisatrice radio, j'allais chaque mois chez le coiffeur pour faire une couleur afin de cacher mes cheveux blancs. Jusqu'au jour où, après un certain nombre d'années et une maturation intérieure, j'ai arrêté la couleur. Je n'avais plus envie de mentir sur mon apparence, plus envie de tricher, de paraître plus jeune. J'ai accepté d'être telle que je suis. Être vraie, sans artifice, dans la simplicité.

C'est anecdotique, mais ça a été la marque d'un grand changement. À ce moment-là, je me suis engagée professionnellement sur la voie du yoga ; l'enseignement est devenu mon activité à part entière et j'ai quitté mon ancien métier. J'ai souhaité être vraie, authentique dans ma vie professionnelle, être à la place qui me semblait juste. Établir une cohérence entre ce que je pense et ce que je fais. Vérité de l'action. Être en accord avec moi-même, en lien avec les autres. Voici ce que cite Patanjali comme fruit de satya : « Il y a conformité absolue entre l'action et son résultat lorsque la vérité est impeccablement installée. » (trad. de Frans Moors)

Cette "révolution" a été longue, est passée par une pratique assidue sur le tapis de yoga, jour après jour, en observant la mutation lente et sûre qui se produisait en moi. Ce tapas de la pratique, cette discipline au quotidien s'inscrit dans cette quête de vérité. "Remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier." Le corps exprime sur le tapis sa vérité du moment. Mais le travail du corps n'aurait pas suffit, cette révolution n'a été possible que grâce à la psychanalyse. "Sur les charbons ardents" du divan, grâce à l'écoute attentive de l'analyste, j'ai donné corps à cet être plus authentique que je suis maintenant. Si j'enseigne le yoga aujourd'hui, je le dois à l'expérience de la pratique, à une longue analyse et à mes professeurs qui m'ont encouragée, stimulée, épaulée et continuent de le faire.

Le travail de la voix et du souffle me conduit aussi sur ce chemin de vérité. Le chant védique d'une part, étude et connaissance de soi par les textes sacrés de l'Inde ancienne et le travail vocal au conservatoire d'autre part. Les deux activités se complètent et me soutiennent, me parlent du souffle, me rapprochent de l'Être.

« Il n'y a pas de Voix sans Souffle. Il peut y avoir du Souffle sans Voix. C'est dans le Souffle que se trouvent l'Authenticité, le Charisme et la Présence. »(Serge Wilfart)

La revendication de la vérité

Le mot satya m'évoque aussi la démarche de Gandhi. Gandhi plaçait la quête de Vérité plus haut que tout, satya et ahimsa étaient pour lui les deux faces d'une même pièce. D'une exigence extrême, il a mis en pratique ces deux vertus dans sa vie au quotidien, en a fait son cheval de bataille, il a entraîné dans son sillage des millions de personnes pour amener son pays à l'Indépendance. Le mouvement de désobéissance civile était fondé sur Satya graha, la revendication de la vérité.

Dans Lettres à l'ashram, Gandhi écrit : « Qu'est ce que la Vérité ? C'est une question difficile. Je l'ai résolue pour moi-même en disant que c'est ce que nous dit la voix intérieure. » Plus loin il va jusqu'à dire que « La Vérité est Dieu. Je suis arrivé à la conclusion que la définition – la Vérité est Dieu – est celle qui me satisfait complètement. Pour trouver la Vérité en tant que Dieu, la voie inévitable est l'Amour, c'est-à-dire la Non-Violence. Or puisque je crois que finalement le but et les moyens sont des termes interchangeables, je n'hésite pas à dire que Dieu est Amour. »

Pour conclure, je citerais cette phrase poétique de Gandhi qui réunit deux opposés : « La vérité est dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher. »

Par Hélène Daude, professeur certifiée IFY





De satya à âsana ou de la Vérité à la Posture

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît

Satya n'est que recherche... Pour l'auteur, ce second yama est l'un des "cinq impossibles", qu'il faut pourtant chercher à atteindre. Et le travail postural nous en fournit le moyen.

Satya est le second des principes que l'on doit observer à l'égard d'autrui, principes ou yama que définit Patanjali dans le Yoga-Sûtra (YS).

Et ces yama forment le premier des huit membres – anga – de son Yoga. Premier par sa place dans l'exposé, mais ce n'est pas pour autant le premier échelon d'une échelle à gravir.

Un membre, un principe : chacun voit bien que si l'on considère le corps humain, tout membre a son utilité d'une part, et aucun ne fonctionne indépendamment du tout ; comme le corps, le Yoga suppose l'interrelation. Il ne faut pas confondre l'ordre de l'exposé et l'ordre des choses, l'exposition de la pensée et le réel.

Si l'on traduit satya par "Vérité", voilà que réapparaissent ce que j'ai coutume, dans mon for intérieur, d'appeler non les cinq yama mais les cinq impossibles : Non-Violence, Vérité, Honnêteté, Abstinence sexuelle, Non-Vol et Non-Possession (YS II-30, puis 35 à 41). Certes ce caractère d'impossibilité a certaines vertus : la solidarité des cinq yama, l'aspect irréalisable de chacun d'eux considéré comme un absolu (marqué dans la traduction par la majuscule), dessine un espace de tension pour l'esprit qui ne peut que nous ouvrir à une réelle réflexion sur ce qui constitue notre humanité, ainsi définie. Mais comme nous sommes immergés dans une société traversée par toutes les formes de violence, de mensonge, de corruption, de sexe et de sacralisation de la Propriété, nous ne pouvons être que découragés par ce principe, pourtant fondamental, du Yoga.

Et si l'on se réfère à l'interprétation du mot satya qui transparaît çà et là dans le premier chapitre des Lettres à l'ashram que Gandhi a écrit dans les années 1930, dès l'abord, l'effroi des petits pratiquants du Yoga que nous sommes n'est pas moindre. Ne dit-il pas (traduction Jean Herbert, 1937) : « La Vérité doit constituer le centre de toute notre activité. [...] La Vérité doit se manifester dans nos pensées, dans nos paroles et dans nos actions. »

Ou bien (dix ans plus tôt, dans Young India en décembre 1921) : « La vérité abstraite est sans valeur, si elle n'est pas incarnée par des hommes qui la représentent en prouvant qu'ils sont prêts à mourir pour elle. » Lequel d'entre nous est prêt à satisfaire à une telle exigence ?

Mais, même chez Gandhi, allons voir de plus près. Il écrit peu après : « Qu'est-ce que la Vérité ? C'est une question difficile. Je l'ai résolue pour moi-même en disant que c'est ce que nous dit la voix intérieure. Mais alors, me demanderez-vous, comment se fait-il que différentes personnes conçoivent des vérités différentes et contradictoires ? Puisque l'esprit humain travaille par des moyens innombrables et qu'il n'évolue pas de la même manière pour chacun de nous, il s'ensuit que ce qui peut être vérité pour l'un, peut être erreur pour l'autre. Ceux qui ont fait des expériences sont tous arrivés à la conclusion qu'elles nécessitent certaines conditions. [...] Chacun devrait donc, avant de parler de sa voix intérieure, se rendre compte de ses propres imperfections. »

Et de réitérer ensuite la nécessité pour tout chercheur de vérité de prendre aussi comme vœux les quatre autres yama.

Satya, dans ma façon de pratiquer le Yoga, ne peut donc plus se traduire ni se concevoir comme Idéal inatteignable de Vérité, mais comme un chemin vers davantage de véracité, de sincérité. Mais que suppose le parler vrai, l'agir sincère ?

Revenons au sanscrit, et à Gandhi : en fait le terme sanscrit qui désigne la Vérité a pour sens littéral "ce qui existe", sat. Me voilà mieux : par mon vœu de véracité, je m'engage à sans cesse coller davantage à ce qui existe, à la réalité ; à ne pas la déformer en plaquant dessus le filtre des habitudes mentales, des préjugés, des conditionnements, bref des samskâra (YS, II-15) qui provoquent mon ignorance (avidyâ YS, II-4/5) et cristallisent un ego (asmitâ) que le Yoga de Patanjali m'invite à sublimer. Je m'engage à mieux m'ajuster au réel, à mieux m'harmoniser avec lui.

Et ce chemin, pour moi qui aborde le Yoga par la pratique de postures et de la respiration, je l'emprunte dès le premier instant d'une séance. Ce soir, dans le cours, on me propose de prendre vrikshâsana, la posture de l'arbre. Je monte les bras par les côtés, en élevant les talons du sol. Ça tremble, les bras oscillent, la respiration est désorganisée : voilà le constat, sat.

Je devrais seulement partir de là pour ajuster le corps, l'esprit et la respiration, sans violence, en douceur, me centrer sur ce que je fais en essayant de maîtriser ces idées parasites qui sans cesse m'assaillent (soucis du boulot, distractions diverses). Au lieu de cela, je compare (ah ! lui/elle, à côté, ils réussissent !), je me juge (ce que je suis nul !), je juge la posture (ce n'est pas une posture pour moi !) ou la longueur de sa tenue, je me justifie (ce n'est pas ma faute... c'est celle de... de quoi, au fait ?).

Et si je "réussis" à "tenir" l'équilibre, suis-je pour autant aussi immobile intérieurement que j'en ai l'air, et n'éprouvai-je rien qui soit de l'ordre de la fierté, de l'orgueil, renforçant cet asmitâ que je m'efforce d'amenuiser ? Donc, le travail de véracité doit pour moi commencer par là : la posture n'est que le champ d'expérience dans lequel je me découvre et peux, si je suis attentif à ce qui se passe ici et maintenant, devenir peu à peu plus sincère : au sens étymologique, plus pur, plus naturel, plus simple.

La voie de satya est une voie de dépouillement et d'accueil de ce qui apparaît : sat. Je n'ai pas dit d'acceptation, ni, encore moins, de soumission : tout est changement (YS, II-15), et je dois sans cesse, avec persévérance et détachement, me trouver dans cet incessant changement, trouver un autre "moi" qui m'échappe sans cesse. Dans les plus petites expériences de la posture, dans les plus anecdotiques vicissitudes de ma vie.

Satya n'est que recherche. Et je voudrais terminer ces quelques lignes par la citation somme toute encourageante que m'a proposée mon épouse qui ne pratique pas le Yoga, alors que nous parlions de satya : « Abraham partit ne sachant où il allait, et c'est parce qu'il ne savait pas où il allait qu'il savait qu'il était dans la vérité », Grégoire de Nysse (IVème siècle).

François MARMECHE





Entretien avec Maryline Citerne, professeure certifiée

Et si satya c'était en premier lieu ne plus se mentir à soi-même, et appliquer dans sa pratique les principes de non-violence...

Portrait de Maryline Citerne, professeur de Yoga en Ile-de-France

Quel a été ton cheminement en Yoga ?

— « Une collègue également professeur de Yoga m'encourage à faire un essai. L'effet fut, très positif, immédiat... Puis viennent les rencontres avec Laurence Maman, Martin Neal, Michel Alibert. En 2003, je m'engage dans une formation de professeurs avec Laurence Maman. Le désir de transmettre est présent dès ce moment. Fortement encouragée par une de mes formatrices, je me lance. »

Qu'est ce que satya dans l'enseignement du Yoga ?

— « Le Petit Larousse définit le mot "enseignement" par : faire une action, transmettre des connaissances. "Transmettre" est un mot important, on y trouve déjà une notion de responsabilité et d'authenticité (satya). Le préfixe "trans" indique une idée de changement, le fait d'aller d'ici à là... Le mot "mission" signifie – toujours selon le Petit Larousse – confier une charge à quelqu'un. La mission est un but, un objectif que l'on s'efforce d'atteindre. »

Transmettre l'enseignement du Yoga, c'est trouver les bons mots, les bons gestes, les regards et aussi les sourires, qui permettent à l'élève de changer peu à peu, de traverser certaines étapes pour se découvrir et aller à la rencontre du Soi. C'est conjuguer au plus juste l'authenticité de l'enseignement que j'ai reçu et une transmission fidèle à ce que je suis. Ainsi je pense que dans cette relation se crée un espace de liberté pour que chacun explore ses capacités et ses possibles afin d'évoluer dans sa pratique et dans sa vie. Satya, que l'on traduit généralement par véracité, être vrai, authentique, c'est aller à la rencontre de soi-même, accepter d'ôter le voile d'asmitâ kleśa.

Dans la pratique posturale du Yoga, comment peux-tu illustrer satya ?

— « Avec des mouvements simples, dans une flexion debout par exemple, accepte-t-on de plier les genoux ou se ment-on en voulant croire que l'on n'en a pas besoin, au risque même de se nuire (donc de ne pas respecter ahimsa, la non-violence, non-nuisance) ? Si l'on agit ainsi envers soi-même, comment agit-on avec l'autre ? La pratique corporelle du Yoga est un dialogue avec son corps. Et pour écouter au mieux ce corps, je propose parfois des postures en binômes, où justement cet "autre" va permettre d'ajuster la position du corps, car on n'est pas seulement porté par la posture mais aussi par cette relation. »

Telle que tu l'as dit, la pédagogie fait le lien entre satya et ahimsâ...

— « Notre enseignement nous offre un outil précieux, le bhavana qui permet de concilier véracité et non-agression. Il nous permet de disposer d'une multitude d'approches ! »

A ton avis, est-ce que satya se manifeste dans la vie en société pour le pratiquant de Yoga ?

— « Dans ma précédente activité professionnelle, j'étais en décalage entre le Yoga et ce milieu. Un ravin s'est creusé causant un mal être grandissant. J'ai dû faire un choix, sous-tendu par des raisons éthiques : mon désaccord avec les pratiques relationnelles et humaines. »

A titre personnel, comment se concrétise satya sur ton tapis ?

— « Avec un pranayama, la respiration carrée : se poser la question du respect de l'égalité des quatre temps. Ce pranayama est pour moi un miroir ; le reflet de moi-même, de ce que je suis, de mon chemin parcouru, de mon chemin à parcourir. »

Propos recueillis par Chantal Bourgea, professeur IFY

Rechercher un professeur de Yoga





Rencontres nationales de l’IFY : « Prendre soin de l’être »

Un compte-rendu de journées riches : celles des Rencontres nationales 2017 de l'IFY

Un compte-rendu de journées riches : celles des Rencontres nationales 2017 de l'IFY

Le compte-rendu de journées aussi riches que celles des Rencontres nationales de l'IFY est forcément partiel : il n'est qu'un pâle reflet des discussions et des pratiques dans un groupe donné – il y en avait neuf, regroupant de 10 à 20 personnes – et à travers la vision d'une participante !

Chacune des trois journées étaient consacrées à un aspect de l'être : le corps, le souffle et l'esprit.

Les formateurs avaient toute liberté pour traiter ces thèmes.

Ce qui est très vite ressorti de nos échanges, c'est que cette division en trois thèmes, si elle semblait assez évidente pour le corps, était beaucoup plus difficile à établir en ce qui concernait le souffle et l'esprit.

Et que la définition du mot "esprit" posait d'emblée un problème. Car, que met-on derrière ce mot qui, en français, offre une pluralité de sens ? C'est là que la limite de la traduction des mots sanscrits nous est apparu et qu'il faut bien, selon l'expression de Martin Neal, parler parfois "patois" !

Sacré corps

La première journée de notre groupe qui s'appelait "Sacré-Cœur" a été consacrée au... "sacré corps", selon l'expression d'Elisabeth Rémy qui animait le premier moment d'échange et l'atelier avec Jean-Yves Deffobis.

Dans leurs premières interventions, ils ont mis en perspective notre thème avec la position de l'enseignant de Yoga, en tant qu'il est amené à "prendre soin de l'autre". Jean-Yves Deffobis a précisé qu'avant de donner des soins aux autres, ce qui peut être une des motivations du professeur de Yoga, il faut d'abord connaître ses propres difficultés intérieures.

En tant qu'enseignant, il faut, selon lui, "créer les conditions favorables pour que l'autre advienne. Respecter, écouter les mots, les silences, observer les signes, apprendre à reconnaître et trouver les outils et les transmettre pour que la nature s'exprime, c'est prendre soin de l'être".

Et il sera utile de bien différencier les positions différentes d'enseignant, accompagnant et thérapeute.

Dans "prendre soin", il y "prendre", un verbe d'action, et cela nous rappelle que, dans le Yoga, on est acteur ce qui est extrêmement important, car on ne peut pas faire pour l'autre : on peut soutenir, mais on peut pas agir, pratiquer, réfléchir pour l'autre ; cette action se traduit dans le "soin" qu'on peut apporter.

Soigner, se soigner – et non guérir –, est à notre portée, grâce au formidable panel d'outils dont dispose le Yoga (asana, pranayama, mantra, méditation), outils qui permettent de faire résonner les différents corps, du plus grossier au plus subtil.

Si on s'oublie, on prend des risques et on en fait courir aux autres

Pour aborder le corps, objet de cette première journée, nos deux formateurs sont partis de la métaphore des cinq corps telle qu'elle est décrite dans la Taittîrya Upanishad.

Elisabeth Rémy s'est intéressée à la notion d'annam, la nourriture.

La première des cinq couches de l'être, annamayam (le "corps de nourriture"), est la couche externe, la plus accessible : "Et on sait que le corps a été pour la plupart d'entre nous la première entrée quand on a débuté en Yoga et que ce corps, pour peu qu'on l'écoute, nous parle."

Jouant avec les mots, les deux formateurs rapprochent "soignant" de "soi niant" pour une mise en garde : à vouloir s'occuper des autres, on risque de s'oublier soi-même. Et si on s'oublie, on prend des risques et on en fait courir aux autres.

Pour Jean-Yves Deffobis, le plus difficile des Yogas est peut-être celui de la nourriture.

L'état d'esprit dans lequel on est quand on mange est peut-être plus important que ce qu'on mange vraiment. Dans les textes védiques il est dit qu'être un hôte nourrit ; le bonheur de préparer la nourriture nourrit, comme peut nous nourrir un paysage, une musique, le chant, que nous pratiquerons à plusieurs reprises durant ces journées.

Trois questions permettent de savoir si la nourriture a été bénéfique : suis-je stable (sthâyitva, stabilité), pas malade (ârogia, bonne santé) et est-ce que je me sens léger (lâghava, légèreté) ?

Le sacrifice du souffle

La seconde journée est consacrée au souffle.

Malek Daoud rappelle que, dans la tradition indienne, il y a un mouvement énergétique quintuple – les cinq souffles ou vayu (prana, apana, samana, vyana, uddhana) – et que le seul but de la pratique d'asana est de pouvoir atteindre les vayu et peut-être de les modifier.

Dans notre organisme, les changements sont permanents et seule l'observation va permettre d'orienter le changement (parinama) (YS, III-15). Par ce travail sur les vayu, nous entrons en contact avec la deuxième couche de l'être : pranamayam.

Nous faisons l'expérience au cours d'un atelier de la transformation qui peut s'opérer grâce à des indications liées aux phases respiratoires : le même enchaînement simple est pratiqué sans consigne particulière, puis avec des consignes telles que : l'inspiration permet l'expansion ; à l'inspiration, absorption de la lumière, à l'expiration, cette lumière se répand ; à l'inspiration, je reçois un cadeau, à l'expiration j'offre ce cadeau à mon être intérieur...

Le travail à trois – un pratiquant et deux observateurs – permet de constater les changements induits par ces consignes sur le corps en mouvement.

François Lorin intervient ensuite sur le même sujet. Nous abordons la question de la manière de respirer qu'a introduite Krishnamacharya : il s'appuyait sur le verset IV-28 de la Bhagavad Gîtâ :

– « Certains sacrifient le souffle qu'ils expirent dans le souffle qu'ils inspirent ; ils bloquent l'un ou l'autre et se concentrent sur le contrôle du souffle »

Et justifiait ainsi la descente du souffle inspiré de prana vers apana et celle du souffle expiré d'apana vers prana.

Le mot "sacrifice" vient du latin sacrum facere – "faire une cérémonie sacrée" : l'idée de sacrifice dans la Bhagavad Gîtâ est une idée ancienne, reliée aux cycles de la nature.

Etant fils et filles de la prakriti, nous ne pouvons pas nous affranchir des cycles naturels. Mais le temps objectif de la nature est à l'opposé du temps subjectif de la psyché : c'est la fréquentation du souffle (le pranayama) qui permet de se libérer du temps psychique et de retrouver la conscience de cette cyclicité.

Nous pratiquons ensuite deux postures simples que nous choisissons avec pour but l'allongement du souffle, en particulier la phase expiratoire, pratiquées en dynamique six fois. Puis une posture symétrique tenue en statique avec rétention à vide ou a plein.

Nous avons ensuite deux possibilités de pranayama : soit nadi shodanam, soit pratiloma ujjayi, en introduisant des rétentions à vide ou à plein et en écoutant le son subtil produit par le freinage de l'air.

Puis en savasana, nous nous interrogeons intérieurement – quels ont été les renoncements forcés dans notre vie ; quels ont été les accomplissements... –, puis nous laissons s'effacer ce questionnement en déplaçant l'attention vers la terre et vers le ciel et terminons en assise.

Certains pratiquants ont senti de la résistance à l'exercice : ce facteur de protection empêche d'aller où on ne doit pas aller et la résistance est une expérience au même titre que le lâcher-prise.

Ces deux situations sont des miroirs qui permettent de réaliser que "je ne suis pas l'expérience, mais que je suis l'espace dans lequel l'expérience a lieu". Les exercices de Yoga ne sont que des artifices, des situations expérimentales, pour passer de l'état d'acteur à celui de spectateur, puis de voir que les deux ne font qu'un ou que l'on est ni l'un ni l'autre...

Et François Lorin termine : « On n'a pas d'autre choix que de constater impuissant le déroulement de sa vie. »

Esprit, es-tu là ?

Nous commençons avec un chant à deux voix, composé dans les années cinquante par Giuseppe de Marzi, Signore delle Cime.

Martin Neal nous explique pourquoi il a choisi d'introduire cet atelier sur l'esprit par un chant. En se référant à Desikachar, qui disait qu'il faut quelque chose pour le corps, quelque chose pour le mental et quelque chose pour l'esprit, il précise qu'il y a pour le corps les asana ; pour le mental, le pranayama et la méditation ; pour l'esprit, le chant.

Et Desikachar suggérait d'aller chercher dans sa propre culture des nourritures pour l'esprit et pour la méditation.

Mais cet "esprit" qui est à l'ordre du jour, est un mot qui en français possède de nombreux sens. Cette polysémie fait que nous ne sommes pas toujours sûr de parler de la même chose !

L'anglais offre davantage de précision, puisqu'il différencie mind (mental) et spirit (entité qui n'est pas matière). Michel Alibert explique que ce mot – qui vient du latin spiritus, le "souffle" (pneuma en grec) – a une telle indétermination en français que, pour lui, nous devons utiliser le "patois", c'est-à-dire les termes sanscrits.

Et après un débat sur ce que chacun mettait derrière ce mot et si l'on devait plutôt chercher du côté du purusha – le souffle du purusha qui anime la prakriti –, de sattva (buddhi pour Patanjali), ou même d'asmita – une proposition de Michel Alibert qui nous a étonnés –, nous sommes tombés d'accord que, dans le mot "esprit", il y a quelque chose, une impulsion, qui vient d'ailleurs.

Dans la vie, on peut expérimenter qu'il y a parfois des choses fortes qui viennent de cet ailleurs et en être bousculé : ce genre de situation est une petite indication qu'il y a une instance en nous qui a la puissance de nous suggérer des actions.

Même si l'action semble difficile, il faut se lancer : il y a des situations qui ne se produisent pas deux fois...

« Quand on est heureux, je crois qu'on est sur la bonne voie », conclut Michel Alibert, et Martin Neal ajoute : « Dont worry be happy ! »

Sylvie Prioul





T.K.V. Desikachar, une histoire de transmission

«Il y a déjà urgence à transmettre la tradition solide et vivante de Desikachar»

Urgence à transmettre la tradition solide et vivante de Desikachar

« Avant même que T.K.V. Desikachar ne quitte ce monde, mais alors qu'il était déjà très malade et ne pouvait plus enseigner depuis quelques années, l'idée de témoigner de ce qu'avait été le fait de le rencontrer, de travailler avec lui, m'est apparue essentielle.

J'en ai fait part à Béatrice Viard. Ceux qui ont côtoyé de près et pendant longtemps ce professeur représentatif d'une tradition solide et vivante, cet homme si marquant, sont eux-mêmes en train de vieillir, voire de disparaître, et il y a déjà urgence. »

« Il ne s'est pas agi dans ce livre d'en parler sur le ton d'un éloge dithyrambique, et pourtant les différents témoignages convergent pour donner la mesure de cet être rare qui, en dépit des résistances rencontrées autour de lui, a œuvré à éveiller chez ses élèves des vocations de passeurs entre Inde et Occident. »

Le projet de livre

J'ai reçu cette proposition de Laurence Maman au tout début du mois de mars 2016 et je l'ai accueilli avec enthousiasme. Peter Hersnack, alors hospitalisé, a été le premier à qui j'ai proposé de participer.

Il était mon ami, je savais l'attachement et la fidélité extrêmes qu'il avait pour Desikachar. Celui-ci l'avait formé au Yoga à Madras dans les années 1970-1975.
Leur relation de profonde amitié est restée vivante pendant quarante-six ans et les conditions du retrait progressif de T.K.V. Desikachar dans les dernières années l'affectaient profondément.

Peter m'a soutenue dans ce projet, dans lequel j'espérais aussi qu'il trouverait un support pour traverser l'épreuve qui était la sienne. Les choses en ont été autrement.

Peter est parti pour un autre monde trois semaines plus tard, le 25 mars, et les textes signés de lui qui figurent dans le livre, nous ont été confiés par Colette Hersnack.

Je me suis adressée ensuite à ses premiers élèves français et belges, qui se rendaient régulièrement près de lui à Madras, certains depuis 1965, et, guidée par Laurence Maman, à d'autres élèves, auprès desquels elle a bien voulu m'introduire.

Desikachar s'est éteint quatre mois plus tard, au petit matin du 8 août 2016 à Chennai. J'avais déjà interviewé Claude Maréchal et reçu un écrit de Sriram – deux de ses élèves de la première heure. J'ai reçu aussi toutes sortes de documents d'archives, qui sont réunis dans un cahier central d'une cinquantaine de pages.

Le livre est sorti en juin 2017, pour les Rencontres nationales de l'IFY. Il réunit 22 témoignages, dont un de la fille de Desikachar, Mekhala.
Bien sûr, la liste n'est pas exhaustive : j'ai contacté ceux que je connaissais et ceux vers qui Laurence Maman m'a introduite. Tous n'ont pas non plus répondu positivement à mon appel.

Quand T.K.V. Desikachar était encore vivant, la conscience de la source était vive

L'urgence ne m'apparaît que maintenant que le livre est fini. Pour ceux qui ont été ses élèves, pour ceux qui ont été les élèves de ses élèves, du temps où T.K.V. Desikachar était encore vivant, la conscience de la source était vive : Desikachar avait fondé le Krishnamacharya Yoga Mandiram – K.Y.M.

Il y enseignait et recevait des patients avec toute une équipe soudée autour de lui, dont sa femme, Menaka, dans l'ombre du grand yogi vieillissant, auprès duquel il a vécu jusqu'à la mort de celui-ci.
Nombreux sont ceux qui ont eu l'occasion de rencontrer Desikachar lors de ses voyages en Europe et des séminaires ou conférences qu'il animait ou de se rendre en Inde, au K.Y.M pour y étudier.

Maintenant, une époque est révolue. Krishnamacharya est décédé en 1989, T.K.V. Desikachar en 2016. Entre-temps, deux des élèves du grand maître étaient partis : B.K.S. Iyengar le 20 août 2014 et Pattabhi Jois le 18 mai 2009.

Le beau documentaire de Jan Schmidt-Garre, Le Souffle des dieux, relate un Yoga d'un temps révolu, un Yoga d'il y a cent ans, enseigné à des jeunes Indiens destinés aux plus hautes carrières militaires et politiques. T.K.V. Desikachar n'y figure pas car il était déjà souffrant et son fils a préféré qu'il en soit ainsi.

Or, après son installation à Madras, à la fin des années 1940, l'enseignement de Krishnamacharya n'a cessé d'évoluer en résonnance avec les changements de la société elle-même et de ceux qui s'adressaient à lui.

Un enseignement de Yoga novateur

Il a enseigné aux femmes et aux Occidentaux, ce qui était totalement novateur par rapport au monde ancien.

Il a enseigné aux Indiens d'un monde en pleine transformation, introduit la respiration dans les postures, sans doute sous l'effet d'un changement de la capacité respiratoire qui accompagnait un changement de mode de vie et mis l'accent sur l'enseignement individuel qu'il plaçait au-dessus de tout autre, montrant bien à quel point le Yoga doit être toujours une réponse à une question particulière, chaque personne étant différente.

Desikachar a vécu près de son père toute cette deuxième partie de sa vie et, à partir du milieu des années 1960, a transmis à nombre d'Occidentaux ce Yoga adapté à son époque.

Ceux qui se sont rassemblés en 1982 pour promouvoir cet enseignement ont fondé une Fédération qu'ils ont appelée : Fédération française de Yoga Viniyoga, mot qui désignait cette exigence d'adaptabilité du Yoga à la situation présente. Ceci est le grand défi de Yoga, car le présent est par définition ce qui change tout le temps.

Krishnamacharya est mort depuis vingt-huit ans, Desikachar depuis près d'un an. Peter Hersnack qui a inspiré tant d'élèves par sa recherche si créative et si fidèle à la fois est parti lui aussi.
Ce livre ouvre la voie à cette fine et périlleuse recherche qui consiste à rester fidèle à une source.

Soyons attentif. Une source ce n'est pas une citerne. C'est vif, ça bouge, ça se renouvelle sans cesse, et pourtant l'eau y a toujours le goût inimitable de la terre et des roches qui l'enfantent.

Par Béatrice Viard

T.K.V. Desikachar, une histoire de transmission, Les Cahiers de Présence d'Esprit

Peut être commandé sur le site : envoi gratuit à partir de 8 ex.,
ou par courrier à : Les cahiers de Présence d'Esprit, 28 cours Maurice Trintignant, 84290 Sainte-Cécile-les-Vignes

Une version en langue anglaise sera bientôt téléchargeable sur le site des Cahiers