Kapha, la force tranquille

Auteur: 
BOURGEA Chantal


Par Chantal Bourgea
Professeure IFY


Des trois constitutions décrites par l’ayurveda, kapha est souvent le mal-aimé. C’est bien dommage ! Car kapha est stable, solide, fiable, régulier, il a une grande réserve d’énergie et résiste bien au stress. De quoi rendre envieux un vata, me semble-t-il !

Kapha c’est l’énergie qui construit, répare, développe ; il domine pendant l’enfance et il en a les caractéristiques : rondeur, douceur, peau un peu laiteuse – qui se ride tardivement, grands yeux souvent clairs et comme « pleins d’eau », cheveux abondants, les ongles larges, qu’il aime très soignés – et les dents saines et solides… Si ses articulations et sa charpente sont plus larges que celles de vata et pitta, il n’est pas forcément « gros ». Il est vrai que s’il se déséquilibre et que ce dosha, déjà dominant dans la constitution de base augmente trop, il prendra du poids facilement. Ses éléments dominants sont l’eau et la terre.
Calme et lent, il n’aime pas le froid – qu’il supporte toutefois – ni être bousculé, il a tendance à dormir beaucoup et à s’économiser alors qu’il a besoin de stimulation physique et mentale.

Kapha aime faire bonne chère

Il a une excellente mémoire et lorsqu’il accepte une mission, il va jusqu’au bout de la tâche confiée. Kapha aime la compagnie – il n’est jamais aussi heureux qu’avec des amis – et la solitude lui est défavorable si elle est fréquente ; sur le plan émotionnel ce sera la tristesse qui viendra en premier. Toutes les activités de soin et d’attention à autrui lui vont bien : il est bienveillant.
Il siège principalement dans l’estomac et les poumons, en cas de déséquilibre, les premiers signes de désordre se manifesteront donc sur ces organes. Justement, il aime manger et rien ne lui est plus agréable qu’une bonne tablée dans une ambiance chaleureuse. Est-ce pour cela qu’à notre époque où manger devient parfois quasi suspect, on aimerait gommer kapha de sa constitution ? Mais une fois que kapha a ressenti les bienfaits de l’exercice et du changement, il saura en tenir compte et, lancé, il poursuivra son effort. Pour démarrer, être stimulé et encouragé – par un pitta par exemple – peut lui rendre service.

Une constitution qui n’est pas tendance

Les couleurs kapha sont les pastels et toutes les couleurs douces, pour se stimuler il a intérêt à ajouter à son vestiaire des touches toniques.
Sur son tapis de yoga, comme ailleurs, il sera dérangé par le changement, ce qui sort de l’habitude, changement dont il a besoin pour contrer sa tendance à la routine.
Kapha est un peu l’opposé de vata, ce qui est normal puisqu’ils n’ont aucun élément en commun et qu’ils sont les plus éloignés si l’on suit l’ordre de présentation :
– éther & air : vata
– feu & eau : pitta
– eau & terre : kapha.
Cela n’empêche pas certains d’entre nous d’avoir en dominante ces deux énergies qui œuvrent en complémentarité !
Kapha ayant un rythme assez lent et étant robuste, il ne se déséquilibre pas facilement. Cela lui épargne beaucoup de petits bobos. Mais en cas de trouble, il doit les prendre au sérieux. Les soucis de santé vont affecter prioritairement la partie supérieure du tronc, là où siège kapha et là où il s’enrobera en premier.
Kapha n’est pas tendance, on aime et privilégie les vata et les pitta qui sont rapides et s’adaptent plus aisément au changement, mais les kapha « tiennent la distance » et s’engagent.

Trouver son tuteur intérieur

Auteur: 
LE MASSON Philippe

Par Philippe Le Masson, formateur IFY


 
Nous avons le choix. Nous pouvons passer notre vie à côté de nos pompes ou bien prendre le chemin d’une assise en soi. Ces deux voies ont des avantages et nous présenterons leurs difficultés. Patañjali, au début du second chapitre du Yoga-sūtra, nous donne trois axes qu’il place sur le même plan tout en les classant.
 
Le premier de ces axes est la pratique, « l’ascèse purificatrice ». C’est la pratique posturale mais aussi faire de sa vie une ascèse. Il ne s’agit pas là d’aller vivre en ermite loin du monde et de ses turbulences. Mais plutôt d’une tentative intelligente d’être en yoga dans une vie active et ancrée dans son dharma.
Le deuxième axe que nous propose Patañjali est le « chemin vers soi ». C’est cette attention à soi qui donne accès à une connaissance profonde et intime, et une prise de conscience de ce qui est agissant en nous, malgré nous. Cela fait pleinement partie de la pratique du yoga. Et, selon moi, ne pas s’intéresser à sa profondeur est gage d’une certaine tranquillité, quoique toute relative…
 Le troisième axe qui nous est proposé est « ne rien faire des fruits récoltés sur le chemin du yoga ». Que ces fruits soient physiques, psychiques, énergétiques ou autres, ne rien en faire et même ne pas s’y intéresser au risque, entre autres, de nourrir l’ego. C’est aussi lâcher prise. Savoir que le contrôle est un leurre et que le vivant coule en nous sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit.
L’objectif de ces trois propositions de Patañjali est la structure intérieure. La construction d’un tuteur intérieur permettant à l’Être de grandir en nous. L’enfant a besoin de tuteurs extérieurs afin de grandir et au fur et à mesure qu’il croît, il s’appuie sur différents supports qui sont les parents, les enseignants, l’entourage… Plus tard, à l’âge adulte, il sera suffisamment fort pour pouvoir se détacher des tuteurs extérieurs et poursuivre sa vie, autonome et singulier. Mais parfois la vie fait que l’axe intérieur n’est pas suffisamment solide. L’adulte, dans ce cas-là, continue de s’appuyer sur des tuteurs extérieurs qui peuvent être les autres, la consommation excessive d’objets, de drogues, de relations…
 

Pratiquez ! pratiquez ! et vous verrez bien...

La pratique régulière, soutenue par une grande présence à soi et du lâcher prise, mène à une plus grande conscience de soi. L’ascèse purificatrice jour après jour nettoie ce qui encombre pour laisser apparaitre l’être. J’entends souvent dire que nous sommes praticiens du « bien-être » mais je pense que cette expression anodine peut induire une vision erronée. Cela sous-entend deux choses : d’une part, la pratique serait un cheminement tranquille et engourdissant. D’autre part, qu’il y aurait une certaine manière « d’être bien ». Michel Alibert rappelle régulièrement qu’il faut se « coltiner le tapis ». La pratique du yoga est un chemin ponctué de prises de conscience qui parfois, peuvent être délicates à faire émerger. Faire lumière sur soi peut, de temps à autre, être inconfortable. Et grandir à soi c’est avancer dans la vie avec une conscience de soi éclairée et surtout une grande confiance. La confiance comme tuteur intérieur.
Alors de quoi se défaire au travers de la pratique ? De ce qui empêche et, en premier, nos idéaux. C’est aussi nous dit Patañjali, calmer cette argutie permanente liée à notre agitation intérieure et source de souffrance, que sont les kleśa : l’ego excessif, la peur incontrôlable, la passion dévorante, le rejet aveugle. Le tout masqué par la méconnaissance, c’est-à-dire agissant malgré nous. 
Alors bien sûr, se dire « aujourd’hui je vais pratiquer pour nettoyer la peur ou pour diminuer la passion dévorante en moi » serait vain. Non, Patañjali nous dit pratiquez ! pratiquez ! et vous verrez bien. C’est ce qu’il nous dit quand il nous enjoint de ne rien faire de notre pratique, de ne pas l’instrumentaliser. Car le yoga est un chemin qui nous engage à aller voir, vidya, afin d’éliminer, jour après jour, avidya, la méconnaissance.
Tout ce qui nous encombre et nous entrave, comme les kleśa, sera pratique après pratique ramené à la conscience et pacifié. Le cheminement du yoga est allégement. C’est passer de l’insoutenable lourdeur existentielle à une soutenable légèreté d’être à la vie. Car ce qui rendra tout cela soutenable c’est la confiance, śraddhā, le tuteur intérieur. Tout ce qui agite nous sort de notre axe, tout ce qui calme nous ramène droit dans nos bottes.
Par le travail de la posture, du souffle et de la concentration, la présence que nous propose le yoga, nous nous ancrons physiquement, émotionnellement et psychiquement. Il ne s’agirait pas là d’idéaliser le yogi comme étant tellement stable qu’il deviendrait immuable et non soumis aux émois de l’être. Non, même les yogi les plus aguerris sont soumis à l’inconscient et au refoulement agissant. Mais ce qui fait la différence c’est que malgré ses émois, le yogi sera de plus en plus ancré en lui-même, soutenu par son tuteur intérieur avec de moins en moins souvent le recours aux supports extérieurs. L’autre devient alors compagnon et non plus béquille. Ce qui était insoutenable intérieurement, la dispersion, les kleśa, devient soutenu car apaisé. Le chemin du yoga est un chemin ou l’être se singularise et cette singularité devient soutenante et non plus subie.
Le chemin du yoga est un chemin de mise en lumière. Il est balisé par le kriya-yoga et les huit membres du yoga expliqués au second chapitre du texte de Patañjali. Alors pratiquons ! pratiquons !  Et nous verrons bien ce que cette mise en lumière nous apportera.
 

RECHERCHE PROFESSEUR SEPTEMBRE 2021 - GIF SUR YVETTE (91)

La section yoga du Club Chevry 2 (Gif-Sur-Yvette dans l’Essonne) est à la recherche d'un professeur de Hatha Yoga (H/F), à partir de septembre 2021, en raison du départ en retraite, d’un de ses professeurs.
contact: 
eriau.cecile@orange.fr 


Le Corps en yoga à la lumière de l'anatomie – Entretien

Auteur: 
JAILLARD Pascale

Entretien

Pascale Jaillard et Dorothée Hmro,

autrices de : Le Corps en yoga à la lumière de l'anatomie


Il y a plus de cinq ans déjà naissait ce projet de livre alliant la connaissance anatomique et la pratique du yoga. Un bîja d’élève « pourquoi n’écririez-vous pas un livre toutes les deux ? » et la graine fut semée… Suivi d’un « chiche ! » après quelques mois de recul.
Aujourd’hui, « Le Corps en yoga, à la lumière de l’anatomie » a vu le jour aux Éditions Vigot et avant de vous en faire découvrir un extrait, il nous semble intéressant de partager ce qui l’a sous-tendu et porté. Echange croisé…


Dorothée : Pascale, qu’évoque pour toi la connaissance anatomique et en quoi est-elle importante dans ta pratique du yoga ?

Pascale : La pratique du yoga fut pour moi une révélation de ce que le travail corporel – pas n’importe lequel – pouvait apporter, de comment la conscience du corps et la découverte de ses multiples possibilités pouvaient être le point de départ d’un rapport différent à soi-même, d’ailleurs bien au-delà du corps physique.

D : La pratique a donc précédé la connaissance ?  

P : Oui c’est cela, cette révélation m’a conduite à entreprendre des études de kinésithérapie et j’ai pu mettre au fur à mesure des mots, de la représentation, de la connaissance, de la compréhension sur l’organisation et le fonctionnement du corps humain, sur ses dysfonctionnements possibles aussi.

D : Est-ce que la connaissance n’a pas « étouffé » ta perception directe par la pratique ?  

P : Non pas du tout en fait ! Ça l’a enrichie, affinée, consolidée. J’ai vraiment expérimenté ce lien vivant, ce dialogue de l’une à l’autre au service d’une pratique plus consciente et respectueuse et d’une connaissance plus incarnée.

D : Pour ma part, lors de la formation de professeur de yoga, j’ai plutôt découvert l’absence de mes connaissances anatomiques ! Ou du moins les représentations erronées ou incongrues du corps humain que je pouvais avoir. Le fait que ces connaissances aient été portées par la pratique du yoga a rendu leur intégration vraiment vivante et enthousiasmante. C’est je crois cet enthousiasme à la découverte du corps que nous désirions aussi retrouver dans notre livre.

P : Oui absolument ! La pratique du yoga comme merveilleux outil pour se découvrir dans son corps de peau, chair, muscles, os, articulations, nerfs, organes…comme un voyage anatomique vécu de l’intérieur et éclairé par de la connaissance, mais une connaissance sensorielle. Toute la démarche qui sous-tend notre livre procède de ce projet, de ce désir.

D : Et en tant que professeures, prendre en compte les limitations du corps et ses particularités (les siennes tout comme celles des élèves) pour que la connaissance serve cet aspect essentiel.

P : Oui à travers ahimsa, ne pas nuire, le premier des cinq yama. Il ne s’agit pas d’une connaissance qui remplacerait l’écoute, l’observation, l’ouverture à l’autre dans sa singularité, ou qui nous amènerait vers des recettes toutes faites de pratiques à proposer. Mais un dialogue vivant entre connaissance et relation à l’autre pour qu’en tant que professeur nous accompagnions mieux chaque élève sur son chemin de yoga.
Notre livre s’inscrit aussi dans cette visée-là.

D : C’est cela, en reliant constamment la théorie à l’exemple incarné. J’ai la sensation que la compréhension de la mécanique du corps physique ouvre également aux autres aspects plus subtils de la pratique. L’humilité que cela induit face à la formidable technicité de notre embarcation, nous met à distance d’un désir de maitrise absolue, ouvre au silence et à l’observation respectueuse…

P et D : Maintenant laissons un extrait de notre livre parler pour nous.

Pour accéder aux pages du livre, cliquez sur les fichiers attachés :
Fichier attachéTaille
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Pratiquer au temps du Covid

Auteur: 
GABINSKI Paula


Par Paula Gabinski-Ratsimba,
professeure IFY


En septembre, mes enfants étant contacts Covid, j’ai dû faire le test PCR. Résultat positif ! Unique symptôme, une très grande fatigue. Quinze jours plus tard, avec ce qui ressemblait à une pharyngite, j’ai perdu le goût et l’odorat. Octobre, cours en présence réelle avec toutes les réglementations et déjà les vacances de la Toussaint contrariées par un second confinement ! Depuis le premier, ma pratique de yoga est bien installée. C’est un moment précieux, essentiel pour maintenir le cap en cette période singulière.