Saisir l'essence du yoga

Auteur: 
MLEKUZ Nathalie

 
 “Pour moi le yoga est l’architecture de la paix. C’est la science des angles et des triangles. Son but est d’atteindre ce que guru Prem Singh Khalsa appelle « l’alignement divin » par une série de postures qui favorisent la paix de l’esprit et du cœur et nous rapprochent de l’infini. Pour parvenir à cet alignement, à cette incarnation de la géométrie de l’amour, il faut du désir, de la volonté, de la discipline.“
 
A travers ses mots et surtout ses photos, Michael O’Neill partage avec nous, dans cet ouvrage de grand format, intitulé Yoga, l’architecture de la paix, édité par les éditions Taschen, son désir d’approcher l’essence profonde du yoga, son souhait de saisir les êtres, mais aussi les objets, les images, les paysages au-delà de leur dimension immédiatement visibles.


 
Les photos ont été prises entre 2006 et 2013. On y trouve pêle-mêle des portraits de personnalités du yoga, des photos de foule lors de la Kumbh Mela (70 à 100 millions de personnes qui se massent autour des eaux glaciales du Gange), des anonymes en posture du yoga, des paysages, des images de lieu… Soit un curieux mélange qui, à n'en pas douter, reflète les multiples facettes du yoga. Les photos des pionniers de la diffusion du yoga en Occident (Iyengar, Pattabhi Jois, Desikachar…) sont très émouvantes, peut-être parce que leurs visages nous sont familiers ou que certains nous ont déjà quittés. Les photos prises en Inde, celles qui nous montrent des anonymes en posture de méditation ou de yoga, sont, elles, captivantes. Il y a par exemple celle de cet homme en posture de yoga nidrasana (posture du repos du yoga) : il est allongé sur le sol sableux, ses mains soutiennent sa nuque, ses jambes entourant ses épaules sont posés derrière sa tête, faisant autour de son buste comme un petit berceau. La posture est fascinante, mais ce qui surprend le plus c’est le regard de cet homme dans cette posture, un regard empli de présence et dénué du moindre souci d’image.
Autre photo particulièrement touchante, en noir et blanc cette fois, celle d’un yogi totalement nu, en namaskara (prosternation) : assis sur les talons au bord du Gange, le dos penché vers l’avant, il prie le haut de la tête en contact avec l’eau : “Son crâne et son chakra supérieur ne faisaient qu’un avec le Gange, m’offrant l’image de la sérénité intérieure qui est à la portée de tous“, écrit Michael O’Neill.
Citons enfin, mais beaucoup  d’autres méritent d’être longuement contemplées, la photo, également en noir et blanc, d’un yogi de 98 ans, swami Yogananda, qui pose devant les racines d’un arbre multiséculaire : "Après la séance de pose, il m’a demandé de le laver dans le Gange et de l’essuyer. Cela m’a paru aussi naturel que de frictionner l’un de mes enfants après un bain froid“.
 
Au fil de ces images, accompagnées de petits textes, Michael O’Neill nous offre une plongée dans la culture de l’Inde et dans l’univers du yoga, mais aussi, et c’est sans doute le plus enrichissant, le récit de son propre cheminement, de ses propres avancées vers une forme de dépouillement.

Yoga, l'architecture de la paix. Michael O,Neill. Editions Taschen. 49,99 €.