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Pratiquer au temps du Covid

Auteur: 
GABINSKI Paula


Par Paula Gabinski-Ratsimba,
professeure IFY


En septembre, mes enfants étant contacts Covid, j’ai dû faire le test PCR. Résultat positif ! Unique symptôme, une très grande fatigue. Quinze jours plus tard, avec ce qui ressemblait à une pharyngite, j’ai perdu le goût et l’odorat. Octobre, cours en présence réelle avec toutes les réglementations et déjà les vacances de la Toussaint contrariées par un second confinement ! Depuis le premier, ma pratique de yoga est bien installée. C’est un moment précieux, essentiel pour maintenir le cap en cette période singulière.
 

Ce matin, je reprends une pratique du printemps dernier. Pieds nus et parallèles, j’accueille les sensations de la verticalité avec samasthiti. L’impression de vertige est récurrente depuis quelques semaines ainsi que le besoin de dormir l’après-midi. Observer où sont mes appuis et maintenir le regard sur l’horizon... Quelque part, une partie du mental converge vers le souvenir du décès de mon père. Fin mars 2020, j’ai assisté à son dernier souffle et il n’y a pas eu de rite funéraire. Le haut de mon sternum est comprimé. Ne pas fuir la peine qui est encore présente. Ne pas glisser vers le chahut de l’émotion. Permanente contradiction. Cherchant la stabilité, je m’efforce de redescendre la respiration dans la zone du nombril. Est-ce que cela modifie la relation au sol ? Je perçois et visualise une chaine de tensions du côté droit, du mollet à ma mâchoire serrée. Respirer en douceur, détendre. Je cherche le contrôle. Comment sont mes genoux ? Dans quelles directions regardent-ils ? Est-ce possible de les tourner vers l’intérieur et vers l’extérieur ? Que se passe-il sous mes pieds ? Et mon mollet ? Mes épaules et la mâchoire ?
Je baille et m’étire. Quelques flexions avant, les mains sur le sol, le ventre sur les cuisses. Progressivement, j’allonge l’arrière du corps. En statique, uttanasana est confortable. Le ventre tout près des cuisses, le souffle circule dans le dos vers le sacrum.
Debout, s’impose le besoin de descendre vers la terre.
J’apprécie cakravakasana, le quatre-pattes en dynamique et au ralenti. Donner le temps à l’inspire et à l’expire d’habiter la forme et de la modifier avec la suspension du souffle. J’observe le transfert de mes appuis. Je ne sais plus si mes yeux sont ouverts ou fermés. Mes doigts s’écartent, mes coudes se tendent, ma nuque se dégage. Avec balasana en statique, j’observe que le tapis n’a pas d’odeur, ni mon corps. Je porte alors plus d’attention à l’air qui rentre et sort de mes narines.
Allongée sur le dos, j’attends que mon corps se pose sur le sol, que la pesanteur fasse son effet. Est-ce la maladie ou le chagrin qui donne cette sensation de vide ? Je m’accroche à mon souffle. Un dialogue s’installe avec le souvenir de mon père. Nos différends n’étaient pas de l’hostilité. Nous avions des perceptions et des représentations distinctes de ce qui nous entoure. Il souhaitait me donner un cadre stable et ce fut souvent l’objet de mes contrariétés.  Je comprends que son intention était de me protéger. C’était sa manière de me montrer son affection. Ces pensées adoucissent les contours de mon cœur.

Je sens la vitalité revenir…

Le dos encore au sol, je masse les jambes pour faire circuler l’énergie. Sentir sous mes doigts les zones douloureuses m’aide à revenir au corps. Pétrir, frictionner la chair, respirer là où c’est noué. Il y a des mémoires corporelles avec lesquelles mon mental a déjà fait la paix. L’arrière du corps s’étale sur le tapis.
Mes gestes me ramènent à ardha supta virasana, le guerrier couché avec une jambe tendue. J’aime tenir la cheville de la jambe fléchie, sentir l’ouverture de l’aine, l’allongement des muscles de la cuisse. J’étire les méridiens estomac - rate-pancréas, en lien avec la Terre.  Les orteils de la jambe tendue sont dressés vers le ciel et le bras le long de l’oreille, la paume ouverte. J’insiste sur l’expire dans le bas-ventre, la zone du nombril et mon corps s’aligne sur l’axe de la colonne. En inversant la position des bras, le thorax respire différemment. S’installe la sensation de calme, au contact de la terre. Je fais la même chose de l’autre côté. J’imagine un samouraï étendu sur l’herbe dans une clairière, regardant le ciel. J’entends le silence et le bruissement des feuilles dans les arbres.
Et encore un repos et je sens la vitalité revenir. Puis, je continue avec un enchainement alternant urdhva prasarita padasana et dvipada pitham en dynamique. J’allonge mon souffle sans effort, je ralentis le mouvement et cela me fascine. Je cherche mes appuis. En statique, les pieds flex vers le ciel, je repousse mes pensées et j’observe l’étirement de l’arrière des genoux et le bassin au sol. Avec la table à deux pieds, pressant les pieds au sol pour activer les muscles du périnée, le pubis se libère. Le haut du corps se pose sans effort.
Tout est relié…
Assise en tailleur, je constate que la fatigue s’est évaporée. Je choisis de pratiquer pratiloma ujjayi pour équilibrer les deux côtés du corps. J’accueille la sensation physique de stabilité. Je sais où prendre appui, me redresser à partir d’un cadre solide. Cela libère un je-ne-sais-quoi. Puis, je reste à l’écoute de ce qui peut se passer. J’invite mon souffle à visiter chaque recoin de la zone du cœur et à prendre soin lui.

Pour pratiquer la séance de Paula :

Fichier attachéTaille
Pratique_Paula.pdf149.96 Ko