PARTAGE DE LECTURE: LA SAGESSE DU DESIR Christiane Berthelet Lorelle



LA SAGESSE DU DESIR – Christiane Berthelet Lorelle – Seuil (2003)
 

Christiane Berthelet Lorelle est professeur de yoga, et psychanalyste lacanienne. Cet ouvrage présente au travers quelques uns des comptes-rendus cliniques, le double travail qu’elle met au service de ses patientes, souvent professeurs de yoga. Car si le yoga permet de s’alléger des causes de la souffrance, pour elle seule la cure analytique permet le changement radical nécessaire qui parfois se fait attendre… toute une vie.

L’hypothèse de fond de l’ouvrage est que la méconnaissance psychique constituée par le refoulement rencontre au cœur de l’histoire de l’être humain l’ignorance spirituelle que Patanjali nomme avidyâ. Conjuguant yoga et analyse, CBL cherche à faire tomber l’ego et sa jouissance mortifère. A l’occasion des mouvements de la vie psychique, de l’expression des résistances, du dévoilement de l’inconscient et de la mise en œuvre du transfert le lecteur peut ressentir comment postures et méditation d’une part, la cure par la parole d’autre part, peuvent se répondre dans des effets repérables.

Elle écrit : « Désir de reconnaissance et narcissisme impliquent toutes les stratégies inconscientes de celui ou celle qui continue d’entretenir, fût-ce dans une technique telle que le yoga, ce qu’il n’a pas consenti à perdre… A occuper cette place d’enfant magnifique, visant à incarner la loi du Père, le sujet hystérique ne consent pas à faire de l’autre son égal. Il souhaite en rester le maître (…). Il serait donc illusoire de penser qu’il suffit de faire du yoga pour renoncer à sa suffisance – de nombreux exemples témoignent du contraire – de même que beaucoup ne permettent pas à leur analyse de les dépouiller de leur infatuation.
L’ego (asmitâ) apparaît donc ici comme un roc de la structure. Et s’il est mis à l’épreuve dans la cure analytique par le biais de l’enfant phallique qui réapparait au grand jour, il représente l’obstacle de toute quête spirituelle dont l’éthique fraternelle est le dessein. Patanjali a fait du yoga un travail qui mène d’avidyâ, l’ignorance (le fait de ne pas voir, ou le refus de voir), à vidyâ, ; la lucidité ; et ce « voir » prend la valeur d’une réalisation spirituelle lorsqu’il parvient à déloger le sujet de son égocentrisme (asmitâ). Il revient alors à la personne qui s’engage dans cette voie, si sa recherche dépasse l’autosatisfaction posturale, de mettre en question les relations de domination égotique auxquelles elle soumet ses pairs. (…) Pouvons-nous laisser lettres mortes les intuitions de Patanjali à propos des klesha quand elles trouvent dans la clinique analytique tant d’écho à leur pertinence ? »

Il faut bien donner le change dit l’hystérique, si occupé(e) de lui/d’elle-même, arcbouté(e) dans son refus de la psychanalyse. Reprenons en guise de conclusion les dits de CBL : « Noyau de toutes les servitudes et de bien des souffrances, il (l’ego) entraîne avec lui maints déboires relationnels ».

Outre les yogas-sutras auxquels elle se réfère constamment, l’autre référence majeure de l’auteure réside dans « Les entretiens sur la théorie et la pratique -TKV Desikachar » (UEY 1980) sans oublier Levinas, Bouanchaud, T. Michaël et bien d’autres.

On peut seulement regretter que ne soit pas reprise en fin d’ouvrage la bibliographie émaillée au fil des 517 pages de ce livre passionnant.