Les professeurs ont la parole

Auteur: 
RIVOT Antonia
L'interview de Chantal Bourgea
 
Une rencontre chaleureuse… un sourire… Chantal vit à Issy-les-Moulineaux, mais elle ne peut se passer longtemps du contact avec la nature : écouter les oiseaux, humer la terre sèche ou humide, contempler les arbres en toutes saisons lui sont aussi nécessaires que le yoga.
 
Quelle est ta carrière professionnelle ?
J’ai dans un premier temps été assistante dans des services Ressources humaines, puis j’ai débuté une deuxième vie professionnelle après une formation de formateurs à Paris-X, et une formation en coaching au CNAM. J’ai développé des activités de consultante-formatrice : bilan de compétences, gestion du stress, accompagnement à la validation des acquis de l’expérience (VAE) et de demandeurs d’emploi.
J’enseigne parallèlement le yoga depuis 1989 : beaucoup de cours individuels et des cours collectifs ; depuis quelques années les cours ont lieu à Versailles et dans plusieurs entreprises. Pour les cours individuels, je me déplace maintenant à domicile.
 
Comment le yoga est-il entré dans ta vie ?
J’ai été « titillée » très tôt par le yoga, convaincue du lien entre le corps et le mental et à la recherche de « comment aller mieux, d’abord avec moi et avec autrui, le monde, la vie… ». Cela a commencé par un peu de pratique avec un petit guide des éditions Marabout.
Puis le yoga est passé, laissant tout de même une trace, celle de la respiration… Quelques années plus tard, à l’occasion d’un travail thérapeutique avec une personne dont j’apprends plus tard qu’elle a été professeur de yoga, le yoga en quelque sorte me rappelle à lui !
Après quelques essais peu concluants, je rencontre Sophie Dreux lors d’un stage. Beaucoup de découvertes : en premier lieu, un enseignement structuré tant du point de vue physique que de celui de la réflexion sur soi.
Parallèlement je fais une autre découverte d’importance : on – donc « je » – pouvait devenir professeur de yoga ! Le désir d’enseigner, de transmettre présent depuis longtemps prend forme. Au retour de ce stage, deux années de pratique en petits groupes avec un professeur de viniyoga débouchent sur une formation avec Bernard Bouanchaud (1987/1991).
 
A l’issue de cette formation, quel a été ton sujet de mémoire ?
J’ai travaillé sur le « lâcher prise ». J’ai l’impression aujourd’hui que j’en avais une compréhension bien théorique… Sur ce thème comme sur bien d’autres, enseigner a été une ouverture et très porteur pour ma propre démarche.
 
Des rencontres avec d’autres formateurs ?
Michel Alibert, lequel m’a fait comprendre ce qu’est un appui, comment entrer finement dans le geste respiratoire et la notion d’altérité… Cela a fait beaucoup évoluer ma pratique et ma façon d’enseigner. Participer aux stages « yoga et danse » qu’il organisait avec Régine Chopinot était très inattendu, je n’imaginais pas trouver cette liberté ! Le yoga nous amène vraiment à faire ce qui paraissait impossible auparavant.
Laurence Maman, que j’ai rencontrée pendant de nombreuses années régulièrement dans le cadre de cours individuels, occasion d’un travail personnel dans la durée ; sa double compétence est précieuse notamment pour les cours individuels avec des personnes qui ont des difficultés de santé.
Depuis deux ans, je travaille avec Elisabeth Remy. La richesse et la créativité de chacun m’émerveille toujours, cela à partir de la même base, c’est comme des notes de musique : il y a une infinité de compositions possibles.
J’avais découvert l’Âyurveda avec Malek Daouk il y a de nombreuses années. Le désir de profiter de cette autre mine d’or qu’est l’âyurveda s’est concrétisé par deux formations, des séjours-cures, des lectures… A nouveau le lien entre yoga et santé a évolué, j’entends la santé globale – physique et mentale – mais également : vie affective, sociale, épanouissement et expression de nos possibilités. Se poser, déposer, fait partie de la santé au même titre qu’une activité physique régulière ou qu’une alimentation adaptée.
L’âyurveda ouvre à une nouvelle « grille de lecture » et à de nombreuses pistes pour s’adapter, apprivoiser ce que la vie nous apporte que ce soit au quotidien comme dans les passages difficiles. L’âyurveda est créatif et joyeux ! Comme le yoga, son projet est de nous rendre plus à l’écoute, plus respectueux de « qui je suis », et des changements que la vie nous apporte. Il n’est pas question pour moi de soigner bien sûr mais de prendre soin de la vie en soi, de prévenir, d’anticiper, de prévenir, ajuster ; la nature est une référence importante. La « non-violence », c’est-à-dire le fait d’être bienveillant avec soi exclut les changements brusques, radicaux, qui sont perturbants à tous points de vue.
 
Y a-t-il un sûtra qui te « porte » ?
Je reviens très souvent aux bases : définition de la posture, du pranayama, la compréhension de l’ego, éviter la souffrance à venir… Ces temps-ci, aller vers la simplicité, l’essentiel, me paraît de plus en plus important, individuellement et aussi collectivement.
 
Dans l’enseignement du yoga que tu transmets, qu’est-ce qui te rend heureuse et fière aujourd’hui ?
Fière, je ne sais pas ! mais je suis heureuse des relations de confiance qui se tissent entre les personnes. Heureuse aussi d’avoir pu/su faire du yoga un compagnon de route depuis de nombreuses années.
Et ce questionnement : qu’en aurait-il été de mon propre cheminement en yoga, si je n’avais pas pris la décision d’enseigner, de transmettre ?
 
Tu enseignes aussi à différents publics...
A des personnes très âgées, des personnes souffrant de pathologies lourdes. A la Cité de la Céramique de Sèvres, l’objectif est d’alléger les TMS (troubles musculo-squelettiques) pour le personnel travaillant dans les ateliers et qui ont de grandes contraintes physiques.
 
Un projet qui te tient à cœur ?
Mettre en place d’autres ateliers stress/âyurveda, le stress ayant de multiples conséquences ; une journée « silence », où la gaieté serait notre invitée.
Continuer à chercher, échanger. Peut-être un nouveau cycle de formation : yogathérapie peut-être ? Et puis, yoga, nature, voyages… Cultiver l’amitié, sans laquelle la vie manquerait singulièrement de saveurs.

Propos recueillis par Tonia Rivot