Le yoga à l’école

Le Yoga est bel et bien entré dans les écoles

Le Yoga est bel et bien entré dans les écoles

Depuis trois ans, j'anime deux ateliers de Yoga hebdomadaires dans une école primaire publique d'un quartier aisé de Paris, mais où les enfants sont d'origines sociales très diverses.

Le cadre de l'école est très spécifique : délimitée dans son espace, l'école vit selon une temporalité propre.

Dès le départ, mes ateliers Yoga ont dû s'adapter à ce cadre prédéfini et assez rigide. J'ai des groupes d'enfants nombreux (plus de 15) et de tous âges mêlés (de 6 à 12 ans).

Mes cours ont lieu entre 15h et 16h30, ce qui peut être la fin de journée pour certains, après les heures de classe et avant la sortie de l'école, mais qui pour d'autres est un temps situé entre plusieurs activités, jusqu'à 18h.

Les groupes d'enfants changent à chacun des trois trimestres et les activités sont choisies par les enfants eux-mêmes.

Mes séances s'intègrent au temps scolaire et s'adaptent à la configuration du lieu. Mais, de manière intéressante, la circulation qui s'établit là est quasiment sans filtre. J'ai avant tout à faire avec les enfants.

La communication avec les familles est possible mais s'avère restreinte. J'ai pu constater que le Yoga a acquis une place, une légitimité, jusque dans l'institution scolaire. J'ai reçu un accueil très favorable de l'équipe scolaire, dont le regard perplexe est devenu, dans le temps, attentif et bienveillant.

Quant aux enfants, ils ont tout de suite adhéré. Certains pourtant peuvent avoir une résistance vis-à-vis du Yoga.

Dans les moments de détente, le simple fait de s'allonger par terre et de se reposer leur est quasi impossible.

Le fait de me trouver en immersion dans leur monde me permet de repérer les tensions, les raideurs physiques et mentales qu'ils portent déjà - et d'ouvrir un espace où ils peuvent expérimenter une autre manière d'être, à commencer dans leur propre corps.

Inventivité et plaisir, les ingrédients du Yoga à l'école

Un des enseignements que je retire concerne la pédagogie. Le maître-mot est la spontanéité. Tout est ouvert avec eux, plus fortement qu'avec des adultes.

Ils sont le changement même, différents d'une semaine sur l'autre, d'un moment de cours à un autre. Perméables à tout ce qui se passe autour d'eux (bruits, lumière, mouvements).

Ils m'obligent à être réceptive à ce qu'ils laissent passer et à utiliser cela comme support afin de les rendre conscients du moment présent.

Je n'hésite pas à improviser quand je vois qu'ils sont à l'opposé de ce que je voudrais leur faire faire. Je suis souple dans la transmission de certaines notions, j'évite les discours (qu'ils reçoivent en classe) et passe plutôt par un jeu, une remarque pour leur faire comprendre la non-violence, la patience, la beauté.

A l'inverse, je peux être plus exigeante dans la réalisation de certaines postures afin d'en faire ressortir les bienfaits physiques et psychologiques.

Dans ce lien qui se tisse entre nous, nos guides sont l'inventivité et le plaisir.

Le Yoga est un jeu qui sert un but donné (gagner en concentration et tranquillité), un défi lancé à soi et aux autres, plutôt qu'une compétition.
Il revêt des formes multiples au-delà des postures, les mandalas étant leurs préférées.

Le Yoga à l'école est véritablement une respiration, il sort les enfants de la consommation et de l'efficacité et fait d'eux des bijas, graines semées qui donneront de beaux fruits.

Nadia Nasr, professeur de Yoga IFY