Le jour où j’ai arrêté de faire semblant…

Pour moi, être vraie c'est être sincère envers moi-même et envers les autres. Être en lien avec ce qui est précieux en moi.

Le jour où j'ai arrêté de faire semblant

Un cheminement vers plus d'authenticité dans ma démarche, mes actions, mes paroles, mes silences aussi.

Patanjali dans le chapitre deux du Yoga-sûtra place satya – la vérité – en deuxième position juste après ahimsa – la non-violence – dans les disciplines relationnelles. La racine du mot sat-ya est sat : Être, le réel/ce qui existe ; satya serait donc se rapprocher de ce qui Est. Aller vers ce qui est vrai, authentique. Satya : vrai, véridique. (Dictionnaire de Gérard Huet)

 

Une histoire de couleur

Je cherche à m'établir de plus en plus dans la vérité, à la mettre en pratique dans ma vie quotidienne. Un des aspects les plus visibles sur moi a été une histoire de "couleur". Lorsque j'exerçais mon métier de réalisatrice radio, j'allais chaque mois chez le coiffeur pour faire une couleur afin de cacher mes cheveux blancs. Jusqu'au jour où, après un certain nombre d'années et une maturation intérieure, j'ai arrêté la couleur. Je n'avais plus envie de mentir sur mon apparence, plus envie de tricher, de paraître plus jeune. J'ai accepté d'être telle que je suis. Être vraie, sans artifice, dans la simplicité.

C'est anecdotique, mais ça a été la marque d'un grand changement. À ce moment-là, je me suis engagée professionnellement sur la voie du yoga ; l'enseignement est devenu mon activité à part entière et j'ai quitté mon ancien métier. J'ai souhaité être vraie, authentique dans ma vie professionnelle, être à la place qui me semblait juste. Établir une cohérence entre ce que je pense et ce que je fais. Vérité de l'action. Être en accord avec moi-même, en lien avec les autres. Voici ce que cite Patanjali comme fruit de satya : « Il y a conformité absolue entre l'action et son résultat lorsque la vérité est impeccablement installée. » (trad. de Frans Moors)

Cette "révolution" a été longue, est passée par une pratique assidue sur le tapis de yoga, jour après jour, en observant la mutation lente et sûre qui se produisait en moi. Ce tapas de la pratique, cette discipline au quotidien s'inscrit dans cette quête de vérité. "Remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier." Le corps exprime sur le tapis sa vérité du moment. Mais le travail du corps n'aurait pas suffit, cette révolution n'a été possible que grâce à la psychanalyse. "Sur les charbons ardents" du divan, grâce à l'écoute attentive de l'analyste, j'ai donné corps à cet être plus authentique que je suis maintenant. Si j'enseigne le yoga aujourd'hui, je le dois à l'expérience de la pratique, à une longue analyse et à mes professeurs qui m'ont encouragée, stimulée, épaulée et continuent de le faire.

Le travail de la voix et du souffle me conduit aussi sur ce chemin de vérité. Le chant védique d'une part, étude et connaissance de soi par les textes sacrés de l'Inde ancienne et le travail vocal au conservatoire d'autre part. Les deux activités se complètent et me soutiennent, me parlent du souffle, me rapprochent de l'Être.

« Il n'y a pas de Voix sans Souffle. Il peut y avoir du Souffle sans Voix. C'est dans le Souffle que se trouvent l'Authenticité, le Charisme et la Présence. »(Serge Wilfart)

La revendication de la vérité

Le mot satya m'évoque aussi la démarche de Gandhi. Gandhi plaçait la quête de Vérité plus haut que tout, satya et ahimsa étaient pour lui les deux faces d'une même pièce. D'une exigence extrême, il a mis en pratique ces deux vertus dans sa vie au quotidien, en a fait son cheval de bataille, il a entraîné dans son sillage des millions de personnes pour amener son pays à l'Indépendance. Le mouvement de désobéissance civile était fondé sur Satya graha, la revendication de la vérité.

Dans Lettres à l'ashram, Gandhi écrit : « Qu'est ce que la Vérité ? C'est une question difficile. Je l'ai résolue pour moi-même en disant que c'est ce que nous dit la voix intérieure. » Plus loin il va jusqu'à dire que « La Vérité est Dieu. Je suis arrivé à la conclusion que la définition – la Vérité est Dieu – est celle qui me satisfait complètement. Pour trouver la Vérité en tant que Dieu, la voie inévitable est l'Amour, c'est-à-dire la Non-Violence. Or puisque je crois que finalement le but et les moyens sont des termes interchangeables, je n'hésite pas à dire que Dieu est Amour. »

Pour conclure, je citerais cette phrase poétique de Gandhi qui réunit deux opposés : « La vérité est dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher. »

Par Hélène Daude, professeur certifiée IFY