La mouche et le pot de miel

Auteur: 
RIVOT Antonia

Il était une fois une petite mouche ordinaire qui vivait avec ses frères et sœurs ordinaires sur un gros tas d’ordures.
 
Ce tas d’ordures, comme vous l’imaginez était poussiéreux et malodorant au possible ! Mais les mouches n’en avaient cure et adoraient leur tas d’ordures…
Elles essayaient bien quelquefois d’aller voir ailleurs mais, invariablement, elles revenaient sur leur tas d’ordures favori.
 
Pourtant un jour, l’une d’elles, plus futée peut-être, décida de s’aventurer plus loin, et elle découvrit, ô merveille ! Sur le bord d’une fenêtre, un grand pot de miel doré. Elle en fut toute retournée ! Jamais elle n’avait senti une si délicate odeur ! Jamais elle n’avait rien vu de plus beau !
 
Avec précaution, elle posa une patte sur le miel et goûta. C’était si savoureux, si suave, qu’elle y mit une autre patte… « Que j’ai de la chance, pensa-t-elle, d’avoir découvert un tel trésor ! »
Quand elle fut pleinement repue, elle s’en retourna d’une traite vers le tas d’ordures malodorant.
Mais dès le lendemain, la petite mouche repartit pour s’abreuver de ce doux nectar, et ainsi chaque jour.
Elle avait bien essayé de convaincre ses frères et sœurs de l’accompagner mais rien à faire, ils étaient très contents sur leur tas d’ordures et n’avaient nulle envie d’en partir.
Alors elle s’en allait seule vers son pot de miel.
 
Cependant, tandis qu’elle se délectait, elle ne pouvait s’empêcher de penser à ses frères, ses sœurs sur leur tas d’ordures … « C’est étrange, se disait-elle, que je reste ainsi attachée à ce tas d’ordures. » Et, en dépit de la joie que lui procurait le miel, son attachement à ses mauvaises habitudes la forçait à revenir sur ses pas… jour après jour… Elle en était très malheureuse, car elle n’éprouvait plus de joie ni sur son tas d’ordures ni dans son pot de miel ! Elle était très déchirée !...
 
Or, un jour qu’elle était posée au bord du pot, une brise soudaine projeta directement la petite mouche dans le pot de miel. Elle en fut aussitôt pénétrée de douceur et de pureté. Immergée dans le miel, elle se sentit transportée de joie, oubliant ses frères, ses sœurs et tout le reste pour de bon. Jamais plus elle ne repensa au tas d’ordures, tout son être était transformé !
 
Ainsi en va-t-il de nous. Notre mental est comme la petite mouche. Il goûte un jour les délices du miel de la Connaissance, mais ses attachements et ses désirs le ramènent immanquablement vers son tas d’ordures : le monde matériel. Il reconnaît la supériorité de la saveur spirituelle, mais il ne peut s’empêcher de retourner sur ses pas…
 
De la même manière, lorsqu’un être se trouve immergé dans la pureté et la douceur de la vie spirituelle, il ne souhaite plus jamais revenir en arrière, il n’a plus à lutter contre ses désirs, ses attachements, ses pulsions,
 
Il est libre...                                                                      Swami Sankalpananda Saraswati

Antonia Rivot, Présidente IFY-IDF