Initiation à l’ayurveda

Auteur: 
BOURGEA Chantal

Est-ce le lien distendu avec la nature et nos inquiétudes sur l’avenir des ressources de notre planète qui remettent au goût du jour un certain nombre de disciplines telles que l’ayurveda, la médecine traditionnelle indienne, fondée sur l’observation de la nature ? En tout cas, cette « science de la vie » puisque c’est cela que signifie « ayurveda », dont les plus anciens traités remontent à 1000  avant J.-C. (Charaka Samhita), a beaucoup à nous apprendre sans pour cela nous amener à rejeter la médecine occidentale.
L’ayurveda, qui offre une large gamme de soins, de massages et également de nombreuses possibilités de rééquilibrage grâce à des ajustements alimentaires et de rythmes de vie, est un complément au yoga en termes de connaissance de soi, apaisement du mental et des émotions. Et, comme le yoga, l’ayurveda est à la mode ! Et souffre de cet engouement car cette pratique thérapeutique est parfois déformée, trop schématisée, présentée comme « une poudre de perlimpinpin » aux effets  magiques. J’aimerais – quelle ambition !– rectifier un peu cette image au travers de cette courte présentation.


L’être humain fait partie de la nature

Les changements au fil du temps, les constantes, les conséquences des phénomènes, une inlassable observation de l’être humain ont permis de formaliser la médecine ayurvédique (la plus ancienne, disent les Indiens… mais qu’en disent les autres peuples ?). L’être humain fait partie de la nature, même si notre ego nous incite à croire que nous sommes différents…
Pour définir les forces agissantes de la Vie, communiquer et se comprendre sur les fondamentaux, les grandes caractéristiques (ou qualités) ont été regroupées et symbolisées en cinq éléments : Ether (souvent nommée Espace), Air, Feu, Eau, Terre, généralement cités dans cet ordre du moins au plus matérialisé. Chaque élément a des qualités propres qui permettent de le repérer dans toutes les manifestations de la vie : plantes, animaux, saisons,  aliments, couleurs, et traits majeurs/mineurs chez chacun d’entre nous tant sur les plans physique que physiologique, mental, émotionnel.

Chaque élément présente des qualités ou caractéristiques :
  •  L’éther est d’une très grande subtilité invisible, il contient tout ;
  •  L’air est gazeux, clair, léger et se disperse ;
  •  Le feu transforme, il est chaud, lumineux, il a un mouvement ascendant ;
  •  L’eau se répand, est froide, liquide, elle prend la forme de son contenant ;
  •  La terre est solide, ferme, stable, elle porte tout.

Les différentes constitutions

Ces cinq éléments sont regroupés deux par deux pour former les trois constitutions ayurvédiques appelés doshas :
Ether et Air font le dosha VATA : mobile, léger, froid, sec, subtil, rugueux, erratique, dispersant, astringent.
Feu et Eau font le le dosha PITTA : chaud, vif, léger et mobile (un peu moins que Vata), huileux, piquant, brillant, aigre.
Eau et Terre font le dosha KAPHA (ou KAPA) : stable, dense, lent, frais, robuste, tranquille, doux, sucré.
Puisque l’ayurveda est fondé sur la nature, les rythmes de la vie sont importants par leurs  influences sur le vivant. Les saisons froides, venteuses, avec peu de lumière sont à dominante Vata (notamment d’octobre à décembre). Le vent rafraîchit, sèche, change de direction, un climat très venteux favorise Vata.

Pitta domine quand il y a beaucoup de lumière et de chaleur (notamment de juin à août). Pour une constitution avec une majorité de Pitta, cette énergie augmentera encore l’été au risque d’être en excès et de devenir dérangeante.
Les temps frais, humides, lourds, sont Kapha (notamment de janvier à mars). Ils peuvent « engourdir » certains.
L’énergie d’un dosha décline en même temps qu’augmente le suivant : en septembre il peut faire encore chaud : pitta est encore présent, mais les jours diminuent nettement et les nuits fraîchissent, alors Vata prend le relais.

Le changement climatique brouille parfois ces repères, mais le changement de luminosité et les températures globales montrent des tendances (il ne fait pas – encore ? – en moyenne aussi chaud en décembre qu’en juillet) et l’expression « il n’y a plus de saison » ne date pas d’hier. C’est toujours cette tendance générale qui permet de se repérer.

Au rythme des doshas

La journée est découpée selon les mêmes règles : un dosha augmente, devient majoritaire puis décline pendant que le suivant augmente… Il y a deux cycles complets par 24 heures :
  • de 6h à 10h et de 18h à 22h : Kapha ;
  • de 10h à 14h et  de 22h à 2h : Pitta ;
  • de 14h à 18h et de 2h à 6h : Vata ;
Il y a une infinie combinaison de qualités parce que les proportions de chacun des cinq éléments varient ainsi chacun est différent ; cependant nous pouvons déterminer une dominante qui peut être un seul dosha ou deux, les trois doshas naturellement en équilibre est une grande chance mais plus rare ! Ces  éléments sont tous présents en nous car chacun gère des fonctions essentielles à la vie.

L’Ayurveda, alliée du yoga

En tant que médecine, tous les domaines sont étudiés, aussi bien l’ORL que la psychiatrie ou la gynécologie-obstétrique. Les soins sont le fait de médecins formés pendant de nombreuses années. En parallèle à cette science, nous pouvons tirer profit de l’ayurveda pour notre équilibre et notre bien-être, notre pratique de yoga… et également grâce à la connaissance de soi, anticiper, prévenir, contrebalancer. L’alimentation et les activités quotidiennes sont deux moyens accessibles à tous.
En fonction de la période de vie : âge, saison, climat, événements de la vie, nous évoluons tout en gardant notre constitution. Ainsi une personne à dominante Vata verra cette énergie augmenter avec le froid, les journées sombres, et en avançant en âge. L’enfance est la période Kapha, l’âge adulte avec ses responsabilités est la période la plus Pitta, puis Vata augmente.
Quand on est dans une période de vie qui correspond à son dosha dominant, cela peut faire beaucoup ! « Un Pitta » d’une quarantaine d’années avec des responsabilités en pleine canicule, ça fait beaucoup de feu !
La règle d’or : le même augmente le même, le contraire le diminue. Si Kapha (eau + terre vous voyez ce que ça fait) est très présent mieux vaut éviter ce qui est lourd dans l’alimentation sinon Kapha augmentera encore et créera des difficultés.
Les mêmes événements produisent des effets similaires, mais il faut tenir compte aussi des particularités de chacun.

A suivre…