Hommage à Peter Hersnack

Auteur: 
ADDA Dominique

Août 1987, Grimentz en Suisse, douze candidats se retrouvent devant TKV Desikachar et un jury éclairé afin de passer le Diplôme supérieur Viniyoga. Nous faisons, quelques amies et moi partie du public attentif mais aussi stressé par les épreuves auxquelles sont soumis nos professeurs...
Et c’est de stress justement que l’un des candidats vient nous parler. Il le met en relation avec le yoga. Sa présence est simple, forte et son regard lumineux. Il s’appelle Peter Hersnack. Il nous dit que « le stress est un moyen vital d’adaptation » pour lequel « nous devons renforcer notre élasticité intérieure ». Nous saurons plus tard que la vie lui a donné très tôt, dès sa petite enfance, l’occasion d’éprouver cette élasticité intérieure.

Il s’exprime en anglais, et un mot revient souvent dans ses propos: « the link », le lien. Il en parle avec tant d’enthousiasme, d’intensité et la certitude qu’il y a là beaucoup à explorer, que nous sommes convaincues : nous devons nous mettre en relation avec lui !

C’est avec beaucoup de gentillesse et d’intérêt, comparable à celui que nous lui portons, qu’il se laisse « kidnapper » par notre petit groupe.
Un merveilleux voyage qui démarre  à Paris dans un lieu spécial, la cave d’une crèche nommée « la maison du petit enfant », sans fenêtre, si ce n’est celle que Peter nous permet d’ouvrir peu à peu sur nous-mêmes. Un lieu spécial pour des rencontres avec un être très spécial. Quel clin d’œil du destin!
Conscientes de notre chance nous ne lâchons pas « notre » Peter et multiplions les rencontres dans des endroits plus « aérés ». Par les liens qu’il nous invite à créer, nous sentons l’espace grandir en nous, nous nous sentons de plus en plus vivantes et respirantes. Une semence est plantée qui ne demande qu’à grandir,
 
les années passent,
 

Peter en sera longtemps le jardinier attentif offrant sans relâche le fruit de sa recherche à tous ceux, et ils seront nombreux, qui répondront présents à sa rencontre.
La rencontre ? Peter fut toujours prêt pour cela, disant que si nous étions ensemble c’était pour quelque chose, mais quoi ? Légèrement en recul, il observait, laissant libre l’espace réservé à la relation, au champ (au chant ?) des possibles. Tout en lui le signifiait : son regard accueillant, sans jugement, son attitude, son écoute, sa bienveillance. Ce faisant, il nous permettait d’être libres et prêts nous aussi.

C’est alors qu’en effet la relation « chantait » : un nouveau bhavana, une nouvelle image jaillissait que Peter nous offrait et qui nous remplissait de joie. L’exigence à garder le lien se faisait légère, permettant à la vie d’ouvrir une nouvelle voie en nous.
Peter de dire alors avec un petit sourire, les yeux brillants de malice, émerveillé tel un enfant devant un nouveau jouet, mais pas étonné : « c’est spécial, non ? » Quelle pudeur devant ce qui était l’évidence pour lui !

Peter, tu nous as quittés au petit matin de ce Vendredi saint, nous laissant les perles nées du fruit de tes méditations.
On dit des colliers de perles qu’il faut les porter afin d’éviter que les perles ne meurent...Si présent en nos cœurs, tu nous questionnes plus que jamais sur la transmission du yoga mais aussi de l’être que nous sommes au sein de cette transmission.
Saurons-nous maintenir vivantes les perles du collier que tu nous as donné ?

Pour ma part, je ressens ton départ comme une invitation à laisser germer ma créativité, celle qui est issue de la plus grande liberté et à poursuivre ma recherche. Sans aucun doute, tes perles en sont les clés. Merci Peter.

Dominique Adda