Entretien avec Maryline Citerne, professeure certifiée

Et si satya c'était en premier lieu ne plus se mentir à soi-même, et appliquer dans sa pratique les principes de non-violence...

Portrait de Maryline Citerne, professeur de Yoga en Ile-de-France

Quel a été ton cheminement en Yoga ?

— « Une collègue également professeur de Yoga m'encourage à faire un essai. L'effet fut, très positif, immédiat... Puis viennent les rencontres avec Laurence Maman, Martin Neal, Michel Alibert. En 2003, je m'engage dans une formation de professeurs avec Laurence Maman. Le désir de transmettre est présent dès ce moment. Fortement encouragée par une de mes formatrices, je me lance. »

Qu'est ce que satya dans l'enseignement du Yoga ?

— « Le Petit Larousse définit le mot "enseignement" par : faire une action, transmettre des connaissances. "Transmettre" est un mot important, on y trouve déjà une notion de responsabilité et d'authenticité (satya). Le préfixe "trans" indique une idée de changement, le fait d'aller d'ici à là... Le mot "mission" signifie – toujours selon le Petit Larousse – confier une charge à quelqu'un. La mission est un but, un objectif que l'on s'efforce d'atteindre. »

Transmettre l'enseignement du Yoga, c'est trouver les bons mots, les bons gestes, les regards et aussi les sourires, qui permettent à l'élève de changer peu à peu, de traverser certaines étapes pour se découvrir et aller à la rencontre du Soi. C'est conjuguer au plus juste l'authenticité de l'enseignement que j'ai reçu et une transmission fidèle à ce que je suis. Ainsi je pense que dans cette relation se crée un espace de liberté pour que chacun explore ses capacités et ses possibles afin d'évoluer dans sa pratique et dans sa vie. Satya, que l'on traduit généralement par véracité, être vrai, authentique, c'est aller à la rencontre de soi-même, accepter d'ôter le voile d'asmitâ kleśa.

Dans la pratique posturale du Yoga, comment peux-tu illustrer satya ?

— « Avec des mouvements simples, dans une flexion debout par exemple, accepte-t-on de plier les genoux ou se ment-on en voulant croire que l'on n'en a pas besoin, au risque même de se nuire (donc de ne pas respecter ahimsa, la non-violence, non-nuisance) ? Si l'on agit ainsi envers soi-même, comment agit-on avec l'autre ? La pratique corporelle du Yoga est un dialogue avec son corps. Et pour écouter au mieux ce corps, je propose parfois des postures en binômes, où justement cet "autre" va permettre d'ajuster la position du corps, car on n'est pas seulement porté par la posture mais aussi par cette relation. »

Telle que tu l'as dit, la pédagogie fait le lien entre satya et ahimsâ...

— « Notre enseignement nous offre un outil précieux, le bhavana qui permet de concilier véracité et non-agression. Il nous permet de disposer d'une multitude d'approches ! »

A ton avis, est-ce que satya se manifeste dans la vie en société pour le pratiquant de Yoga ?

— « Dans ma précédente activité professionnelle, j'étais en décalage entre le Yoga et ce milieu. Un ravin s'est creusé causant un mal être grandissant. J'ai dû faire un choix, sous-tendu par des raisons éthiques : mon désaccord avec les pratiques relationnelles et humaines. »

A titre personnel, comment se concrétise satya sur ton tapis ?

— « Avec un pranayama, la respiration carrée : se poser la question du respect de l'égalité des quatre temps. Ce pranayama est pour moi un miroir ; le reflet de moi-même, de ce que je suis, de mon chemin parcouru, de mon chemin à parcourir. »

Propos recueillis par Chantal Bourgea, professeur IFY

Rechercher un professeur de Yoga