Chant Védique : un Outil au Service de la Transformation de l’Être

Auteur: 
NADOLSKI Laurent


 Chant Védique : un Outil au Service de la Transformation de l’Être

 




Une tradition millénaire
 
Le chant védique est de nos jours encore peu connu. Si à l’époque du sage-voyant Vyāsa, il existait 1180 branches des Veda-s, aujourd’hui il n’en subsiste que 12 ou 13 dont certaines sont en voie d’extinction. L’UNESCO a déclaré le chant védique comme patrimoine universel de l’humanité le 12 novembre 2003, le reconnaissant comme héritage culturel unique. Dès le milieu de 20e siècle, le professeur T. Krishnamacharya, visionnaire et conscient que ce trésor ne devait pas être perdu, décida d’ouvrir son enseignement au-delà de la caste des brahmanes en Inde ainsi qu’aux Occidentaux. T.K.V. Desikachar a contribué activement à le propager en formant les premiers professeurs non indiens qui ont essaimé à travers le monde.
 
Le chant védique, aussi appelé adhyāyāna, « voyage vers soi », est une récitation psalmodiée des Veda-s qui, d’après la tradition, furent entendus par des sages inspirés plongés en état de méditation. Tradition orale, le chant est récité aujourd’hui comme jadis par des chantres; un ensemble de règles et codifications strictes a permis de préserver toute altération temporelle.

 
Les mantra-s et le prāṇa
 
Les « phrases » des véda-s sont prononcées en sanskrit et sont appelées mantra-s. Chaque mantra est comme une graine qui ne demande qu’à germer afin que son potentiel se développe au sein d’un champ propice : l’ensemble corps-mental-esprit du récitant. Le mantra, prāṇa condensé, devient source de créativité et de sagesse lorsqu’il est pratiqué régulièrement et avec enthousiasme.
 
Le chant védique est une discipline orale et expérimentale. Sa pratique favorise le développement de nombreuses qualités comme l’écoute, la concentration, la focalisation du mental. Le chant védique a également de très nombreuses applications dans le domaine de la santé.
 
Tel un sacrifice intérieur, le chant védique allume un feu dans le corps quinté dimensionnel (pañcamaya) du pratiquant, feu qui va nettoyer, purifier son corps et son mental pour les préparer à recevoir la vibration au plus profond de sa conscience. Cette vibration est vivante et active : elle est porteuse de sens et, en se développant, révèle elle-même son énergie et sa signification. Ainsi chanter les Veda-s est d’abord une expérience qui se vit avec tous les sens et qui ensuite se transforme en voyage intérieur. Le Son devient Acteur. Le récitant chante soit pour lui soit pour les autres : le soin de l’Être débute...
 
Laisser le son agir est souvent difficile face à nos habitudes (saṁskara-s) en particulier celle de mentaliser (donner un sens, traduire...). Le son a, en effet, sa propre intelligence, son étincelle de Conscience. Il permet d’atteindre un état du mental très subtil, qui dépasse l’entendement usuel : il nous connecte, nous relie à « quelque chose » de plus grand.
 
Quelques effets du chant
 
En se développant, le feu crée le mouvement, l’énergie ainsi libérée circule à travers le corps pour venir le baigner. Le feu a de multiples manifestations : sensation de chaleur dans le corps qui va produire différents types de « fluides » ; la digestion est activée que ce soit celle liée à la nourriture physique, sensorielle, mentale ou émotionnelle ; le « feu », lié à la vision, au discernement, au fonctionnement du système nerveux central, à éclat de la peau, etc., est renforcé. Une fois les obstructions atténuées, l’énergie raffinée peut pénétrer les canaux plus subtils du corps humain. Le cakra de la gorge, viśuddhi, est particulièrement activé, lieu de la communication et de l’élévation.
 
Discipline orale et auditive, le chant développe la mémoire, l’écoute attentive, la sensibilité, la relation à autrui.
 
Le chant est pratiqué sur la phase d’expiration et allonge progressivement le souffle : la gestion du capital d’énergie et l’interaction subtile avec le mental se développent. Le mental s’ouvre, ses limites sont alors repoussées sans cesse, il devient espace de créativité. L’Être peut alors s’exprimer naturellement.
 
Le chant est agissant, tel un massage subtil, il sculpte le monde intérieur du récitant et permet de révéler des paysages et potentiels insoupçonnés. Tout dépend ensuite de l’habileté et de l’intelligence créative (yukti) du pratiquant. Intégré à la pratique du yoga, le chant la transforme, la fluidifie, met l’être en vibration. Le son peut remplacer avantageusement le comptage au sein d’une pratique de yoga (nombre de répétitions d’une posture, d’un prāṇāyāma). 
 

Invitation à l’expérience
 
Pour terminer, le lecteur curieux souhaitera intégrer le chant à sa pratique. Pour approfondir, il pourra également se rapprocher d’un professeur compétent.
 
Deux exemples d’application sont maintenant proposés.
 
 
Le mantra choisi est celui de la gāyatrī.
Pour son application, la gāyatrī est scindée en trois :
 
1/ [oṁ] tat saviturvareṇyam |
2/ [oṁ] bhargo devasya dhīmahi |
3/ [oṁ] dhiyo yo naḥ pracodayāt |
 
La gāyatrī pourra être chantée oralement ou mentalement sur l’expiration lors d’une posture ou d’un enchaînement de postures.
·      Pour Vīrabhadrāsana, la posture du héro (à intégrer dans une pratique avec contre posture) :
 
 





· Pour le prāṇāyāma, discipline du souffle vivant :
 

 
Un dernier mot :
 
Enfin, soyez curieux, expérimentez, laissez place à la créativité en vous (répétition, nombre, intensité, etc.). Restez attentif, à l’écoute et ajuster en fonction de l’expérience vécue (svādhyāya).
 
Bonne pratique !
 
 

À la mémoire de Sir,
T.K.V Desikachar,
professeur de mes professeurs.