A LA UNE

CŒUR ENSOLEILLÉ, SAISON 3

Trois professeures, membres du CA de l’IFY-IDF, Mary-Jane Friart, secrétaire, Anne Guérin, représentante de l’IFY-IDF au Collège des associations, et Laurence Tulane, trésorière, ont  organisé cette année, le 23 juin, la troisième saison de Cœur ensoleillé.  


Pour rappel, en 2014, à l'initiative du gouvernement de l’Inde, l'ONU a donné naissance à  la Journée internationale du yoga, afin  de « faire connaître les bienfaits de la pratique du yoga ». Cette Journée internationale du yoga a lieu chaque année le 21 juin, premier jour de l’été, et l’IFY-IDF, sur la proposition de Lina Franco, membre du CA, a lancé la première saison de Cœur ensoleillé au Carreau du Temple, à Paris, en 2015. La deuxième saison a eu lieu en 2016 au même endroit. Cette année, nous avons souhaité sortir de Paris en proposant notre pratique estivale à Lagny-sur-Marne, dans une grande salle dédiée au yoga, le Studio des Francs Muriers, un lieu géré par Philippe et Sophie Pécot, qui est professeure de yoga et membre de l’IFY-IDF.

Sous le soleil exactement…

Cœur ensoleillé a, cette année, accueilli une vingtaine de personnes : élèves et  professeures de diverses associations, et quelques curieuses et curieux pratiquant pour la première fois. Mary-Jane et Anne ont construit et guidé ensemble une pratique d’une heure et demie ayant pour bhavana : « Accueillir le soleil de l’été ». Chant, postures, pranayama et temps de silence ont été proposés à un public de tout âge, très réceptif et visiblement heureux de partager cette expérience. Après la pratique, les échanges ont pu se poursuivre autour d’un buffet léger.

Cœur ensoleillé est un des évènements crées par l’IFY-IDF afin que les adhérent.e.s et des personnes extérieures à notre association puissent se rencontrer, échanger, découvrir le yoga tel qu’il nous a été transmis par TKV Desikachar, partager les activités existantes  et  aussi en proposer.
Ces activités sont la plupart du temps à l’initiative des membres du CA de L’IFY-IDF.  
Le CA est actuellement composé de 8 personnes. Outre Cœur ensoleillé, l’IFY-IDF a organisé en 2017 les Rencontres nationales de l’IFY à Paris et fêté, en février dernier, les 30 ans de l’association. Occasionnellement sont proposés par des professeur.e.s des ateliers à thème en Ile-de-France.

Vous avez des idées ou des activités à proposer pour maintenir l’IFY-IDF vivante et créative ? Vous souhaitez vous joindre au CA pour participer au fonctionnement  et à l’évolution  de l’association ? N’hésitez pas à  nous contacter sur le site de l’IFY-IDF : vify-idf.org

YOGA ET SOCIÉTÉ

Auteur: 
MARGHERITA Marina
Synthèse de la table ronde organisée par Marina Margherita, formatrice IFY, avec ses élèves en formation de professeur.

La popularité croissante du yoga dans notre société me réjouit et m’interpelle. Il m’est apparu important de partager mon questionnement sur les tenants et les aboutissants de cette diffusion avec mes élèves de troisième année de formation, dont la plupart sont, par leur profession, très en contact avec les problématiques et les besoins de la société actuelle.

Ont participé :
Lucile Caballero, juriste d’entreprise, Sylvie Chauvet, autrice dramatique, Pascale Caudron, infirmière en milieu scolaire, Nathalie Combier Murru, enseignante de yoga en association, entreprise et collectivité, Françoise Decollard Deshommes, cadre bancaire, Céline Delage, créatrice d’un restaurant éthique et responsable à Poitiers, Aurélie Duhayon, entrepreneuse pour le mieux-être en entreprise, Christophe Droz-Bartholet, pharmacien, Catherine Douat, professeure de yoga à temps plein, Frédérique Hugot, ingénieure, Anne-Laure Labarre, ostéopathe, Frédéric Lagrèze, ingénieur, Agnès Liadouze, gestionnaire paie, Yoonah Morvan, gestionnaire clientèle entreprise (banque) et moi-même.


Voici les questions que nous nous sommes posées :

Quelle est la place du yoga dans le monde d’aujourd’hui.
Quelle est l’image du yoga dans le monde d’aujourd’hui ?
Quelles valeurs du yoga peuvent être utiles à la société actuelle ?
Comment transmettre les valeurs du yoga sans les diluer ou les fausser ?
Comment introduire le yoga dans des contextes particuliers : école, hôpital, prison, maison de retraite, entreprise ?


Synthèse de Sylvie Chauvet

L’IFY fête cette année ses 30 ans, l’occasion de faire le point sur la situation de l’enseignement du yoga aujourd’hui, dans un monde où le commerce du « bien-être » est en pleine explosion, et où le yoga n’est plus une discipline réservée à quelques initiés mais proposée partout, sous des formes plus ou moins « académiques ».
Élèves enseignants en formation avec Marina Margherita, nous nous sommes interrogés sur notre place de professeurs de yoga dans ce contexte. Comment se situer par rapport à la concurrence toujours grandissante, et à quel public aurons-nous affaire ?
En effet, une autre spécificité de notre époque est que le yoga sort de son cadre habituel pour entrer dans les entreprises, les écoles, les prisons, les hôpitaux, obligeant les enseignants à répondre aux contraintes particulières de ces milieux dont certains ont des valeurs très éloignées de celles du yoga. Comment, dans ce cas, transmettre dans le respect de l’enseignement que nous recevons de Marina, dans la tradition de TKV Desikachar ?

Quelle est la place et l’image du yoga dans la société occidentale aujourd’hui ?

L’image du yoga, diffusée à travers la publicité, les réseaux sociaux, les revues et livres bien-être, est principalement associée aux postures et à une certaine idée de la performance physique, pour acquérir de la souplesse, apparentée à de la gymnastique douce plutôt qu’à une philosophie. Ce qui contribue d’ailleurs à en faire une activité plus « féminine ». Pourtant, en Inde, le yoga était d’abord réservé aux hommes, transmis par des hommes, et Patañjali, dans le chapitre III du Yoga-sutra évoque les pouvoirs extraordinaires acquis grâce au yoga, les siddhi, associant le yoga à la puissance et à l’effort. Mais si la majorité des pratiquants en France sont des femmes, et si les hommes sont encore très timides vis-à-vis du yoga (cela pouvant s’expliquer par l’image de l’homme dans notre société, garant de la force, à qui la faiblesse – et encore plus l’aveu de faiblesse – est interdit), les mentalités sur le genre évoluent dans tous les domaines, et de plus en plus d’hommes viennent au yoga.
 
Par ailleurs, la floraison de méthodes de yoga plus ou moins académiques (hip-hop yoga, running yoga, paddle yoga…), n’aide pas le public à se faire une image claire et précise de ce qu’est véritablement le yoga enseigné par les grands maîtres indiens. Il est vrai que dans de nombreux cours la dimension spirituelle est absente, le côté marketing étant plus développé. Au mieux le yoga est présenté comme le moyen de trouver un sens à sa vie, comme dans la publicité vantant les attraits de l’Inde (Incredible India), mais sans qu’aucune référence aux textes ne soit faite. On assiste de la même façon à un engouement pour la méditation, elle aussi déclinée sous diverses formes plus ou moins sérieuses.

Cette nouvelle popularité du yoga, même si elle présente des risques de dilution des valeurs authentiques traditionnelles,  a néanmoins le mérite de le sortir de la confidentialité, de montrer qu’il n’est pas l’apanage d’une poignée d’illuminés et qu’il a de nombreux avantages applicables dans la vie de chacun. En étant proposé dans les MJC et autres associations, il touche aussi de plus en plus une couche de la population moins favorisée. Et quelle qu’en soit l’approche, on peut aussi y voir une prise de conscience de la part du public de son besoin de vivre mieux, d’apaiser ses souffrances physiques ou mentales, de préserver du temps pour soi. Comme il est dit dans le Yoga-sutra de Patañjali, cette prise de conscience est la première étape vers la libération. N’avons-nous pas fait ce chemin nous-mêmes ?

À nous, en tant que professeurs, d’accompagner nos futurs élèves sur cette voie. Et, dans un premier temps,  de répondre à la demande qui amène un élève au yoga. Par exemple, si une personne souffre du dos, faire le nécessaire pour que son dos aille mieux. L’élève souhaitera peut-être ensuite approfondir sa démarche et s’engager plus avant dans la voie du yoga. Marina nous cite une phrase de TKV Desikachar : « Commencez par des postures et vous arriverez à Dieu. »
 
Le yoga prend en compte tous les aspects de l’être humain, corporel, psychologique et spirituel. On peut par des moyens très simples, comme l’enseignement des postures, transmettre les vraies valeurs du yoga. Il s’agit de les avoir intégrées soi-même et pour atteindre ce public, de trouver des mots et des concepts qui font écho chez lui.

Quelles valeurs du yoga peuvent être utiles dans la société actuelle ?

Le yoga, dans l’inconscient collectif, est associé à la non-violence, à la « zénitude », à une certaine hygiène de vie. Valeurs en opposition avec l’esprit de compétition, la recherche de résultats à n’importe quel prix, le manque de temps et la performance économique que notre société de consommation impose. Il faut cependant établir un lien entre le yoga et la réalité de la vie du public, ne pas donner une image du yoga qui ne pourrait se pratiquer qu’hors du monde, au fin fond d’une grotte.
Voici quelques valeurs que les enseignants de yoga peuvent transmettre pour répondre aux besoins de la société actuelle :

• La connaissance claire : apprendre à connaître son point de départ, à reconnaître ses besoins.
• La persévérance : s’engager avec constance et énergie dans un chemin de mieux-être, se donner les moyens de réaliser ce qui est nécessaire pour soi.
• Le lâcher-prise : reconnaître que l’on n’a pas la maîtrise complète des situations et apprendre à agir avec décontraction sans s’attacher aux fruits de l’action.
• Le discernement : savoir prendre du recul, de la distance, ne pas se laisser envahir par les émotions, les injonctions extérieures, le sentiment d’échec et d’inutilité que nous renvoie souvent la société.
• L’absence de jugement : développer la bienveillance, la compassion, la tolérance, y compris envers soi-même.
• L’effort juste : savoir respecter et faire respecter ses limites.
• Le sens de l’étape, la notion de développement dans le temps, de progression, dans un monde où tout va vite et où le résultat doit être immédiat.

Comment transmettre les valeurs du yoga sans les diluer ou les fausser ?

On pourrait s’inquiéter de la prolifération des publications « bien-être », des manuels pour pratiquer le yoga tout seul, ainsi que des chaînes You Tube ou autres blogs qui fourmillent de conseils pratiques. Que deviennent les valeurs du yoga ainsi transmises ? Le principal intérêt de ces publications est d’éveiller la curiosité pour le yoga et d’encourager un public de plus en plus vaste à le pratiquer. Certaines personnes font d’ailleurs la démarche de s’inscrire à des cours auprès de professeurs en chair et en os.

Mais sont-ils légitimes pour transmettre cette philosophie d’une culture si différente de la leur? Là encore, on retrouve la même diversité dans les formations allant de celles très courtes qui font l’impasse sur l’étude des textes, se concentrant sur les postures, à celles plus complètes, comme celles proposées par l’IFY qui bénéficient d’une bonne notoriété, en passant par les diplômes fantaisistes délivrés après un stage en Inde. Fort heureusement, l’Union européenne de yoga (UEY) est en train de mettre en place, avec l’aide des fédérations membres, des critères de qualité pour les formations garantissant la qualification des enseignants.

Mais le problème reste qu’il n’y a pas de diplôme d’État validant une formation, quelle que soit sa qualité. Pourquoi ? Parce que le yoga ne rentre pas facilement dans nos cases occidentales. Il ne peut être classé ni dans le médical ni dans le paramédical puisqu’il est aussi une philosophie. On ne peut pas non plus le classer dans les disciplines artistiques et philosophiques, car il est aussi une discipline physique. Alors faut-il le classer parmi les activités sportives ? Non, car il tient compte de toutes les couches de l’être, corporelle, énergétique, spirituelle. Est-ce une forme de psychothérapie ? Non plus, car les outils et les valeurs ne sont pas les mêmes. La notion même d’enseignement n’est pas identique en Inde et en Occident. La tradition indienne voulait que les enfants (les garçons), à partir de 6 ans, soient pris en charge par un maître (guru) qui devenait leur seul professeur jusqu’à leur « majorité ». Encore aujourd’hui, l’autorité du maître et le respect des décisions prises par les ascendants sont très forts en Inde. C’est une autre conception de la vie, du rapport à soi, à la nature, au monde…
En Occident, le respect de l’autorité ne coule pas de source, on a souvent tendance à la remettre en question ou à s’y confronter avant de décider si elle est digne de respect.

Alors sommes-nous légitimes, nous, étudiants à l’IFY, pour transmettre le yoga ? La réponse de Marina est que quels que soient le contexte et la forme de l’enseignement, on respecte l’esprit du yoga quand la transmission de ce savoir séculaire se fait de « cœur à cœur », au sein d’un lien profondément humain entre le professeur et l’élève. Le cours individuel, propre à l’enseignement traditionnel, est le cadre idéal pour cette transmission.
 
Pour pouvoir enseigner, il faut pratiquer, étudier, expérimenter, rester en lien avec l’élève, être à l’écoute de ses attentes afin d’allumer en elle ou en lui « l’étincelle » qui le révèlera à lui ou à elle-même. C’est la responsabilité de chacun de transmettre sa propre expérience du yoga selon sa personnalité. Le lien se fait entre l’enseignant et l’élève, sur des critères subjectifs. D’ailleurs, même en Inde, l’enseignement du yoga a toujours évolué au cours des âges, s’adaptant à l’époque, et le yoga tel que nous le connaissons aujourd’hui a été « occidentalisé » par les yogis des années 1960 qui l’ont fait sortir des frontières de leur pays.

Comment  introduire le yoga dans des contextes particuliers : école, hôpital, prison, maison de retraite, entreprise. Comment se présenter ? A qui ?

L’enseignement du yoga dans ces institutions pose quelques questions fondamentales car il ne s’agit plus seulement d’un rapport personnel élève/professeur. En effet, dans ces milieux, la pratique du yoga peut être instrumentalisée pour s’adapter à des situations et des besoins qui sont très différents de ceux de la tradition. Les entreprises veulent des employés plus performants, qui ne craquent pas, qui ne prennent pas de congé-maladie, et qui acceptent leur sort plus facilement. Le yoga a cette image d’amener l’individu à être plus « cool », plus « zen ». Le yoga pourrait dans ces cas être utilisé de façon négative, pour rendre le collaborateur plus docile. C’est un concept unilatéral de la non-violence, l’entreprise se posant la question de la violence de l’employé envers l’institution plutôt qu’envers lui-même.
L’enseignant de yoga doit-il accepter toutes les conditions imposées par l’entreprise ? Tout comme la profusion des cours fait sortir le yoga de son image de discipline réservée à un public d’élite, la pratique en entreprise est une occasion pour l’enseignant d’introduire les valeurs du yoga dans ce contexte particulier voire hostile. Et tel, Arjuna dans la Bhagavad Gîtâ, en valeureux guerrier, d’accomplir son dharma ! La pratique du yoga aura l’effet bénéfique d’amener les pratiquants vers le discernement, l’écoute de soi, la prise de conscience, quitte à les détourner des valeurs de l’entreprise et à les conduire vers une reconversion plus en harmonie avec eux-mêmes. Le yoga dans l’entreprise, c’est l’inverse du loup dans la bergerie, c’est le positif qui déteint sur le négatif.
Aurélie, par exemple, a été contactée par une entreprise de recouvrement par téléphone où la demande était clairement d’améliorer le rendement des employés, déjà soumis à des pressions très fortes. Face à son sentiment de malaise à cause d’un contexte en totale opposition aux valeurs du yoga, elle a hésité à accepter. Dans ce cas, pour Marina, la solution pourrait être de se faire aider, de se protéger soi-même, mais de relever quand même le défi afin d’apporter un bien-être aux employés qui en ont besoin. Il faut à son tour être dans le lâcher-prise, sans attente de résultat, et agir au mieux de ses possibilités.
Il existe aussi des entreprises ou des associations qui sollicitent le yoga dans le but d’apporter un véritable mieux-être aux personnes qui le pratiquent. Comme l’association Keys, où Aurélie va intervenir dans le cadre d’ateliers bien-être et développement personnel pour apporter confiance et estime de soi à des femmes fragilisées par la maladie, le burn-out, l’anorexie… Là, il s’agit d’adapter son enseignement à ces publics, chaque « pathologie » présentant ses particularités.
Dans notre groupe, Frédérique, qui enseigne le yoga dans l’entreprise où elle travaille, nous dit que le bien-être au travail y a été encouragé de façon extrêmement bienveillante. Cela lui a permis de moins subir la pression des diverses contraintes, et de s’investir dans son travail avec plus de recul et de respect d’elle-même. Il est ainsi possible de devenir plus performant pour l’entreprise tout en étant plus respectueux de soi-même, en exploitant ses capacités dans la conscience de ses propres limites.

L’enseignement en milieu scolaire a été expérimenté par Christophe, en école primaire avec des enfants entre 6 et 9 ans. La difficulté pour lui a été de constituer des groupes réduits, ce qui n’est pas toujours possible, les instituteurs étant tenus de garder toute leur classe en même temps. Une fois les problèmes administratifs résolus, le yoga, pratiqué régulièrement par les enfants, est très bénéfique. Il permet l’apprentissage de la tolérance, du partage et de redonner sa place à chacun. Il apporte le contrôle et l’apaisement aux enfants les plus agités et la confiance en soi aux enfants les plus timorés. L’impact du yoga se fait ressentir dans le comportement en classe en dehors des cours de yoga, favorisant la concentration. La difficulté peut venir des parents qui auraient une image négative du yoga parfois associé aux sectes, à une forme de religion, et qui refuseraient que leurs enfants soient « manipulés » par le professeur de yoga. Il est alors important de rencontrer les parents et d’exposer sa façon d’enseigner, d’expliquer ce qu’est réellement le yoga.
Marina nous rapporte qu’une de ses élèves qui avait 9 ans et seulement trois mois de pratique derrière elle, avait répondu à une journaliste qui l’interviewait que le yoga était pour elle « une gymnastique un peu philosophique qui lui apprenait des choses sur elle-même ». La réceptivité du public est infinie, tout dépend de la qualité de l’enseignement.


En conclusion, nous pouvons dire que de tout temps, la transmission du yoga s’est faite dans un rapport étroit et attentif de maître à élève, dans un esprit de bienveillance, de tolérance et en sachant s’adapter à chaque situation. Nous devons aller chercher la base de notre enseignement au plus près des racines du yoga, dans les textes anciens, pour perpétuer ses valeurs humanistes, mais aussi au plus profond de nous-mêmes. L’humilité, l’authenticité et la fidélité ont toujours été et seront toujours les principales qualités nécessaires à l’enseignement du yoga et peut-être encore plus aujourd’hui, dans une société où elles ne sont plus valorisées.

VATA, le roi des dosha !

Auteur: 
BOURGEA Chantal
Premier des dosha, Vata est lié au mouvement, à l’activité, mais il est aussi responsable de nombreux désordres s’il prend le pas dans notre constitution.


Vata est surnommé le « roi des dosha » parce qu’il est en première ligne du fait de son immatérialité : éther (espace) et air, ses principaux éléments, le rendent vulnérable aux aléas de la vie. Certes, Vata est à l’aise avec le mouvement et le changement, mais trop… c’est trop ! De l’adaptation, il risque la  sur-adaptation, la fatigue et le stress. Aujourd’hui, où déplacements, rapidité, stress, virtuel et dématérialisation règnent, c’est dire si Vata est sur-sollicité et s’il faut en prendre grand soin.
Cela est d’autant plus nécessaire qu’il est responsable selon l’ayurveda de la majorité de nos maux et maladies et que s’il n’est pas « remis à sa place » (gentiment !), ce déséquilibre peut finir par entraîner le déséquilibre de Pitta et peut-être de Kapha.
 

Les trois dosha

Les trois dosha sont présents en chacun de nous ; la prédominance d’un ou de deux dosha définit nos caractéristiques personnelles. Si cette prédominance est permanente, il s’agit de notre constitution – dite prakrti – ; si cette prédominance est ponctuelle (parfois depuis longtemps), c’est différent. Nous avons alors développé par notre mode de vie, notre alimentation, l’émotionnel, un déséquilibre – dit vrikriti.
Lorsque nous sommes équilibrés dans notre constitution, nous ressentons un bien-être physique et mental, nous avons accès à nos propres ressources, à notre énergie. Nous nous sentons « bien dans notre peau » et « dans notre assiette ». Spontanément, nous sommes enclins à faire des choix qui vont dans le bon sens : il y a ceux qui se régalent en montagne enneigée et ceux qui ne rêvent que de bord de mer… Lorsqu’il y a déséquilibre, nos repères (sommeil, digestion, goûts, énergie, réactions mentales et émotionnelles, etc.) peuvent être grandement modifiés et cela nous déconcerte.
 

Si Vata domine…

Chaque dosha a des qualités ou caractéristiques prédominantes qui permettent de le repérer. Si Vata domine, on retrouve plusieurs des qualités suivantes : froid, sec, rugueux, très mobile, adaptable, léger, souvent longiligne, bronzage facile, cheveux fins, le visage et l’ossature fins, irrégulier-asymétrique, subtil, changeant, imaginatif, enthousiaste, sommeil léger, peu de réserve d’énergie.
La personne de type Vata a tendance à l’excès, aime découvrir, faire des projets ; elle est très sensible, souvent assez solitaire et indépendante. Le type Vata est largement régit par le système nerveux.

Un déséquilibre se traduit par l’accroissement de ces caractéristiques qui deviennent désagréables : frilosité, sensation de fragilité, amaigrissement, manque de structuration physique comme mentale, changement fréquent d’état parfois plusieurs fois dans la journée.
L’adaptation au changement devient instabilité, stress et insécurité, le sommeil est haché, la nervosité et la peur augmentent. La digestion, elle aussi, est irrégulière (avec ballonnements, gaz…), tensions et raideurs musculaires et articulaires sont courantes. Il est difficile de venir à bout de la fatigue.
C’est l’excès de signes Vata, la sensation de ne plus être dans son assiette, son état habituel, qui signalent qu’il faut prendre des mesures pour que ce dosha revienne à un niveau plus confortable. Mieux vaut le faire le plus tôt possible.
 

Prendre soin de Vata

Compte tenu des caractéristiques de Vata, on va en prendre soin avec du chaud, du dense, de l’ancrage, du concret, de la régularité, du repos, du calme, il faudrait lui éviter le stress !
Très lié aux sens du toucher et de l’ouïe, les massages à l’huile chaude sont un baume sur ses bobos, la musique peut aussi être apaisante. Le repos est un soin : des temps calmes – mêmes courts – régulièrement pour récupérer et se retrouver.
Son siège principal se situe dans l’abdomen et précisément dans le gros intestin, il a tendance à la constipation et aux ballonnements : vive la tasse d’eau chaude le matin à jeûn !

Mieux vaut éviter les crudités et tout aliment sec et dur, manger et boire chaud, bien cuit, faire quatre petits repas par jour (deux repas et deux collations) pour se recharger en énergie souvent, cela fait aussi une pause. Les légumes racines sont privilégiés (ils ont poussés dans la terre, élément dont Vata est très peu pourvu) par rapport aux légumes feuilles « aériens ».
Des six goûts, le doux est toujours majoritaire, car ce sont les aliments qui nourrissent les tissus ; ensuite, pour équilibrer Vata, les goûts piquant et salé, puis l’acide ; l’amer et l’astringent sont à prendre en très, très petite quantité car ils sont composés des mêmes éléments que Vata qu’ils augmentent en conséquence.

Pas d’excitant pour protéger son système nerveux et son sommeil, se masser les pieds, les mains et la tête à l’huile tiède le soir (l’huile de sésame par exemple).

Les rituels stabilisent le mental, et pour Vata, qui a tendance à l’éparpillement, installer des rituels est important. Un rituel est une habitude consciente et effectuée dans un but précis. Tout le contraire d’un automatisme. La régularité d’actes agréables de la vie quotidienne / hebdomadaire apaise et pacifie.
Sur le tapis, la pratique est conçue pour retrouver de l’énergie, se détendre, avec un effort bien dosé avec des postures d’ancrage, une grande conscience des points d’appui, peu de postures asymétriques, pas trop de mouvements. Introduire une respiration immobile dans chaque posture est un bon compromis pour trouver de la stabilité sans que le mental de Vata ne s’envole ! Le pranayama sera régulier, qui favorise la concentration sans trop de complexité, un peu de poumons pleins est bénéfique. Comme il a tendance à l’anxiété, la méditation est recommandée, bien cadrée (durée, objet choisi…), sinon l’esprit léger de Vata partira en orbite !
Et comme il présente cette tendance à l’anxiété, Vata a besoin de beaucoup de bienveillance !

A suivre…

Enseigner aux enfants et aux jeunes

A l’heure où l’engouement pour le yoga explose, l’offre de cours touche tous les publics dont les plus jeunes. Pourquoi et comment enseigner aux enfants et adolescents ? Voici quelques éléments de réponses, accompagnés d’un exemple de pratique pour adolescent(e)s.
Par Anne Schneider, professeur IFY

Tout d’abord, pourquoi proposer du yoga pour les jeunes, alors que fleurit une multitude de techniques et disciplines sportives très attrayantes ? Parmi toutes les spécificités du yoga, trois éléments plaident pour une pratique dès le plus jeune âge : globalité, autonomie, adaptabilité.
La globalité du yoga en fait un outil extraordinaire pour les jeunes. Reprenons le sens du mot « global » ou « holistique ». Quand on pratique le yoga, on va travailler le corps en souplesse et en force, le souffle, le mental au niveau psychique et émotionnel et aussi des couches plus profondes de l’être, mettre les enfants en relation avec ces différents niveaux. On va, par exemple, pouvoir se rendre compte qu’en ouvrant la cage thoracique, on se sent plus à l’aise avec les autres, que chanter dans les postures induit assurance, calme, joie. Dans la pratique du yoga, on peut avoir accès aux différents niveaux de l’être (physique, physiologique ou énergétique, mental) en même temps et comprendre par l’expérimentation comment ils s’articulent.
Les jeunes vont acquérir des techniques qu’ils peuvent retravailler chez eux pour progresser, corriger leur posture, assouplir une partie du corps, se concentrer plus facilement sur le travail scolaire, soulager des tensions oculaires, améliorer leur relation aux autres… Une plus grande autonomie va s’installer et la pratique dans la salle de yoga va permettre d’interroger le professeur sur les problèmes du moment.
Et puis, troisième point, dans un monde en plein changement, il est nécessaire d’être très adaptable, très inventif, résistant, ouvert. Le yoga est un outil formidable d’accompagnement de la construction. Il l’a été depuis la nuit des temps, il l’est et le sera encore plus aujourd’hui et demain.
L’enseignement aux jeunes demande des connaissances approfondies du yoga, une exploration minutieuse et longue de la discipline et il faut être clair sur le fait que seuls des professeurs de yoga diplômés de fédérations sérieuses sont légitimes à l’enseigner. Un professeur de yoga doit pouvoir s’adresser à tous types de public. Nos maîtres, Krishnamacarya et TKV Desikachar, ont enseigné aussi bien à de jeunes enfants qu’à des adolescents, des adultes, des personnes malades, âgées, des philosophes, des rois.


Cours de groupe ou cours individuel ?

La question de savoir à quel âge le yoga peut être pratiqué est récurrente : traditionnellement, le yoga se pratique et s’enseigne de la prime enfance (6-7 ans) jusqu’à la fin de la vie, les besoins et donc la pratique et l’enseignement évoluent au fil du temps. Si la pratique est fonction de l’âge, elle est aussi fonction de l’élève, de ses possibilités, de ses limites, de ce qui l’anime, de ce qui est souhaité par lui et souhaitable pour lui.
Si on enseigne aux jeunes le plus souvent en cours de groupe, pour profiter de la dynamique du groupe et du rapport aux autres, le cours particulier pour s’avérer nécessaire. Aussi n’est-il pas rare de devoir proposer à un jeune étudiant en groupe de venir à un cours individuel. Le lien renforcé avec son professeur et les connaissances qu’il acquière sont source de progrès. Chaque professeur doit rechercher ce qui est le plus pertinent pour son élève.

Chaque jeune doit être valorisé

La question pour nombre de professeurs dont la pratique personnelle du yoga n’a commencé qu’à l’âge adulte est de savoir comment enseigner aux jeunes. Nous allons en dresser les grandes lignes.
Pour enseigner aux jeunes, il faut être clair sur les objectifs. Répétons-le, le yoga est avant tout un outil pour révéler les potentiels de chacun. Les jeunes élèves qui viennent vers nous sont à un moment où tout est en construction : le corps (annamayam), la physiologie (pranamayam), le mental (manomayam). Le yoga doit répondre à ces besoins de croissance, elle est de type bhrimana.
La difficulté et l’orientation des pratiques proposées évolueront avec l’âge des enfants. Une grande place étant faite à l’imagination pour les plus jeunes, avec des pratiques illustrant des histoires, des légendes indiennes, ou bâties à partir de postures aux noms d’animaux (se reporter aux articles de Viniyoga de Laurence Arcile). Au fur et à mesure, les histoires et contes vont être remplacés par des pratiques aux postures plus exigeantes, aux enchaînements plus longs. Les challenges vont aller croissants. La question est souvent posée de la justesse d’une pratique compétitive chez les jeunes. En fait le désir de se mesurer aux autres existe, le professeur doit juste veiller à placer suffisamment de postures différentes pour que chaque jeune puisse être valorisé.

Les grandes spécificités de l’enseignement aux jeunes

Il faut une grande variété des pratiques avec une intensification progressive, pour stimuler le corps et le mental (concentration, mémoire, estime de soi).  Un grand nombre de postures permettant de travailler dans toutes les directions sont introduites, l’enchaînement de la salutation au soleil sans saut, puis l’enchaînement de la salutation au soleil avec saut. Toutes les postures sont apprises avec le vinyasa utilisé à l’âge adulte (simple) et après introduite dans un enchaînement de la salutation au soleil avec saut.  Cette façon d’enseigner nous a été léguée par Krishnamacarya.
Le travail du souffle offre la particularité de ne pas être coordonné au mouvement. Le chant est très utilisé : celui des voyelles, puis du nom des postures ou d’extraits de textes védiques dans les enchaînements ou en position assise.
On introduit l’étude des principes philosophiques du yoga : ashtanga yoga avec l’étude des yama (règles de la vie avec les autres, qui se traduisent dans la séance par des rituels de début et de fin), des niyama, du sens du mot « yoga », de l’histoire du yoga et de l’étude de la vie de ses grands professeurs, mais aussi de grands sages inspirants (Gandhi), sujets qui intéressent vivement les jeunes.
L’étude théorique du corps (anatomie), du souffle, et le lien entre ces connaissances et la pratique du yoga sont abordés, ainsi que  la nécessité d’une alimentation de qualité et de ce que ce terme recouvre.
Les séances peuvent s’articuler autour de thèmes pour capter l’attention. Par exemple : pour avoir des jambes plus fortes (pour les enfants qui font du foot), pour avoir les mains plus agiles (mudra), pour être plus à l’aise lors d’un exposé…
De courts moments de relaxation seront intercalés entre les enchaînements intenses : shavasana, mudras, palming, chants, mandala, kolam, jeu d’entraide, histoires.
Il faudra user de yukti pour stimuler leur envie de pratiquer : récit de la vie de grands sportifs contemporains pratiquant le yoga, participation à des forums, création d’enchaînements…
Et encourager la réalisation d’un cahier de YOGA pour noter les pratiques avec  les enchaînements, les chants…

Un public réactif et très exigeant

Pour conclure, permettre à un enfant qui le souhaite d’étudier le yoga est un magnifique cadeau. C’est accompagner de manière complète son développement, le rendre harmonieux, et optimal. Accueillez l’étonnement d’un jeune qui commence le yoga, c’est un monde autre qui s’ouvre à lui. Vous rencontrerez des enfants qui souhaitent pratiquer le yoga d’eux-mêmes.
Pour illustrer le travail du yoga, je voudrais relater une anecdote. Une maîtresse de CM1-CM2 a été très étonnée de constater que l’ambiance de la classe au départ très agitée avait complètement changé avec l’arrivée de petites filles. Celles-ci pratiquaient depuis toutes jeunes le yoga. Leur attitude était ouverte, sensible et aussi ferme (d’ailleurs également avec la maîtresse qui pouvait montrer un caractère explosif).

Pour tout professeur de yoga, l’enseignement aux jeunes est un challenge qui va lui permettre de progresser dans l’art d’enseigner. Le public de jeunes élèves est à la fois exigeant, formidablement intéressé, très réactif, en demande de connaissances.
Pour enseigner aux jeunes, laissez de côté vos doutes, travaillez, continuez d’étudier le yoga, les postures, les textes, enseignez avec votre cœur toute la richesse du yoga. Vous verrez les jeunes se transformer, parler de leur yoga mieux que vous. Ce sont de formidables ambassadeurs. Nombre d’entre eux, m’ont raconté avoir fait des démonstrations de postures dans la cour du collège pour prouver à des camarades que ce n’était pas juste « un truc facile » !
Un cours de yoga pour enfants ou jeunes se prépare et, après, c’est l’aventure, on se cale sur ce qu’ils amènent ce jour-là ! Vous apprendrez le lâcher-prise.

Ne vous y trompez pas : de la même manière qu’avec nos enfants, c’est eux qui vous feront grandir, progresser au niveau de l’imagination, de l’adaptation, de la recherche de la rigueur ! L’enseignement aux adultes en sera amélioré.
Ne vous arrêtez pas à l’exigence de cet enseignement, mais écoutez ces jeunes, cultivez cette envie de transmettre, soyez ouverts à leurs préoccupations, respectez leurs souffrances, valorisez leurs forces, cultivez le lien avec eux et vous trouverez les outils pour leur enseigner.
Et en fin de cours, posez-vous la question : que leur ai-je appris d’important ? qu’ai-je appris d’eux ?

Exemple de pratique :


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