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Hanumân ou le voyage dans l’espace

Auteur: 
PRIOUL Sylvie

par Sylvie Prioul, professeure IFY

C’est dans le RâmâyanaLa Marche de Râma –, l’autre grande épopée indienne avec le Mahâbhârata, que nous sont contés l’enfance et les exploits d’Hanumân, le dieu à tête de singe.
Même si on peut le qualifier de « secondaire », par rapport aux grands dieux que sont Vishnu et Shiva, il jouit d’une extraordinaire popularité, popularité qu’il partage avec un autre dieu mi-homme mi-animal : Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. Comme si la part animale de ces dieux, leur imperfection, les rapprochait des hommes. Hanumân, corps humain, tête et queue simiesques, grands bras et forte pilosité, est souvent choisi comme divinité d’élection par les lutteurs ou les pratiquants d’arts martiaux qui voient en lui un modèle de combattant, à la fois d’une force surhumaine et d’une droiture sans faille.
Photo : Agnieszka Kowalczyk

Fils du Vent

Hanumân est fils du Vent, Vâyu, et d’une nymphe céleste, Añjanâ, qui, à la suite d’une malédiction, dut renaître sous la forme d’une guenon. L’un de ses noms, car les dieux en ont toujours beaucoup,  est Âñjaneya – « Fils d’Âñjanâ ». Le nom d’Hanumân lui vient d’un épisode qui se déroule dans sa jeunesse : enfant, alors que sa mère l’a laissé seul, il prit le soleil levant pour un fruit et bondit dans les airs pour s’en saisir, déclenchant la colère d’Indra, le roi des dieux, qui envoya sa foudre contre lui ; heurtant une montagne, le jeune singe se brisa la mâchoire gauche et c’est ainsi qu’il devint « Hanumân » qui signifie : « à la mâchoire (hanu) brisée » ou simplement « à la forte mâchoire »). Voyant son fils défiguré et sans vie, Vâyu « coupa les souffles vitaux des créatures »* et le monde entier commença à étouffer. Pour l’apaiser, Brahmâ rendit la vie à l’enfant et demanda aux autres dieux de le combler de faveurs, et, comme les bonnes fées sur le berceau d’un nouveau-né, ils lui accordèrent d’être invulnérable aux armes de tous les dieux, y compris la foudre d’Indra, d’ignorer le découragement sur le champ de bataille, de changer de forme à volonté, de courir à la vitesse du vent… Mais il ne prendra conscience de ces dons exceptionnels que quand la nécessité s’en fera sentir. Son père, satisfait, se remit à souffler et le monde à revivre.
Ce passage met en évidence le fait que Vâyu est la personnification de Prâna, l’énergie vitale. Hanumân, en tant que fils du Vent, est lui aussi symbole de cette énergie qui anime toute la création. Vâyu règne dans tout l’univers, de même qu’il régule chaque être humain. On peut lire dans l’Atharva Veda – l’un des quatre Veda (textes révélés de la tradition brahmanique) –, que comme « l’air tisse l’univers, le souffle tisse l’homme »…

Héros du Râmâyana

Le Râmâyana raconte l’exil dans la forêt du prince Râma (le « Charmant » et le « Sombre ») – incarnation de Vishnu ; l’enlèvement de Sîtâ, son épouse, par Râvana, un démon roi de Lankâ (l’actuel Sri Lanka) qui règne sur les râkshasa ; le désespoir de Râma qui part à sa recherche dans la forêt ; sa rencontre avec le roi des Singes, Sugrîva, qui, après quelques péripéties, charge Hanumân, son général en chef, de retrouver la belle Sîtâ. C’est le voyage d’Hanumân à Lankâ qui nous intéresse ici, mais pour vous rassurer, sachez que Râma retrouve Sîtâ, tue Râvana et accède au trône qui lui était destiné.
Hanumân part donc au sud de l’Inde et arrive au bord de l’océan qui le sépare de l’île de Lankâ… Il a un moment de découragement, mais un vieil ours – les ours sont alliés aux singes dans cette quête –, lui rappelle opportunément qu’en tant que fils du Vent il peut voler… Hanumân découvre à ce moment qu’il peut utiliser les super-pouvoirs octroyés par les dieux : il va se mettre à grandir « comme l’océan les jours de pleine lune », rassembler toutes ses forces et d’un bond prodigieux s’élancer dans l’espace. Pressé d'atteindre son but, il refuse l’aide du mont Mainâka qui lui propose de se reposer à mi-parcours et échappe grâce à ses pouvoirs à une monstresse qui veut le dévorer. Une fois à Lankâ, reprenant une taille normale, il parvient à se faufiler dans la ville et au sein même du palais de Ravâna. Il retrouve Sitâ, se fait reconnaître d’elle grâce à un anneau que lui a confié Râma, mais elle refuse de le suivre : elle veut que son mari vienne lui-même la délivrer.
Hanumân accomplira d’autres exploits fabuleux au cours de l’épopée, dont le transport dans les airs d’une montagne himalayenne afin de sauver le frère de Râma blessé à mort – et cela d’une seule main ! Une scène souvent représentée tant dans les peintures que les bas-reliefs. Mais revenons à son premier  voyage dans l’espace…

Le saut vers l’inconnu

L’auteur du Râmâyana, Vâlmiki, comme s’il usait d’un ralenti cinématographique, décrit par le menu tout ce qui agite le héros avant le décollage : « Hanumân secoua ses poils et frémit ; s’apprêtant à bondir, il replia en cercle sa queue poilue et la fit tournoyer dans les airs. Le singe raidit ses bras, pareils à deux grandes masses de fer, fléchit son corps au niveau des hanches et ploya les jambes. Contractant de même ses bras et sa nuque, le bienheureux héros rassembla toute son énergie, toute sa force et tout son courage. Regardant de loin, les yeux levés vers le ciel, le chemin qu’il devait prendre, il bloqua ses souffles en son cœur, à la vue de l’espace à traverser. Le puissant Hanumân, cet éléphant parmi les singes, prit de ses deux pieds une ferme assise sur le sol et rabattit ses oreilles, prêt à bondir. »
Enfin, Hanumân se propulse dans les airs : « Hanumân, le plus grand des héros simiens, s’éleva d’un bond dans les airs, sans que fléchit son ardeur. Son élan fut si vigoureux que les arbres qui poussaient sur la montagne replièrent toutes leurs branches et furent projetés de tous côtés. Et commence son vol au-dessus de l’océan : « Tandis qu’Hanumân survolait l’océan, le vent en s’engouffrant dans les plis du tissu qui lui recouvrait la taille, grondait comme un nuage d’orage. La vision dans le ciel de cet éléphant des singes pouvait faire penser à la chute d’une comète avec sa queue descendue des confins du firmament. »

L’arrivée à Lankâ

Hanumân touchant au but songe que son aspect gigantesque risque de le faire remarquer des râkshasa. Alors, « il ramena son corps, de la dimension d’une montagne, à une taille ordinaire, de même qu’après un moment de folie on redevient soi-même. »
« Lui qui avait franchi l’océan – exploit à tout autre impossible – en prenant différentes tailles, toutes plus prodigieuses les unes que les autres, retrouvait une dimension commune et se concentrait sur lui-même toujours dans un même but. Il se posa majestueusement, telle la pointe d’un vaste nuage sur l’un des sommets aux crêtes splendides du mont Lamba. […] Bien qu’il vint de parcourir une centaine de lieues avec la plus grande célérité, le glorieux Hanumân n’était ni essoufflé ni fatigué. »
Ce dernier paragraphe pourrait être la définition de l’attitude du parfait yogi : n’ayant jamais perdu de vue son but, quels que soient les obstacles rencontrés, prêt à continuer sa quête, il est plein d’une énergie renouvelée et parfaitement canalisée. Par sa fidélité et son dévouement à Râma (n’oublions pas que Râma n’est autre que Vishnu!), vantés tout au long de l’épopée, Hanumân représente aussi le disciple accompli.

La pratique

Plusieurs âsana portent les noms du dieu-singe :
• Hanumânasana – le grand écart – symbolise le saut prodigieux que le dieu réalise pour se rendre à Lankâ. Moins connue, une autre posture porte également ce nom : un équilibre debout, qui fait référence à l’épisode du transport de la montagne.
• Âñjaneyasana, grande fente, genou arrière au sol ou légèrement soulevé, bras levés, tête entre les bras. Cette posture, plus facile à réaliser qu’hanumânasana, figure dans la séance qui suit.
Pratiquer ces âsana est une façon de s’approprier corporellement  et d’intérioriser les qualités d’Hanumân : courage, force, endurance, persévérance… Ces postures comme les bija mantras – mantras racines – qui sont associés à Hanumân, (HAM, HRAM…) produisent un effet  brimhana.
Le mantra proposé à la fin de la séance est le suivant :  OM ÂÑJANEYÂYA NAMAH.
Bonne pratique !

Cliquez ci-dessous pour voir la séance dessinée.

*Toutes les citations sont extraites du Râmâyana, Vâlmiki, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard.

Autres sources :
Le Râmâyana, conté selon la tradition orale, « Spiritualités vivantes », Albin Michel.
La Mythologie hindoue : Vishnu, Vasundhara Filliozat, Editions Âgamât.
Yoga et symbolisme, Shri Mahesh, Centre de relations culturelles franco-indien.

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L’ineffable vacuité de l’espace

Auteur: 
LAUTIE JEAN PIERRE

par Jean-Pierre Lautie, élève en formation


Dialogue entre le yogi et l'Espace

Le Yogi : Salutations ! Je suis, là.
L’Espace : Sois, le bienvenu. Eternellement.
Y : A nouveau me voici à tes pieds… ou bien serait-ce l’inverse ?
E : Qui saurait dire où et quand commence l’espace ? Le tien, le mien, chacun à la fois au centre et aux confins d’une énergie qui nous dépasse. Dans tous les cas, toujours au service l’un de l’autre, de sorte que le principe issu de cette déflagration primordiale sans cesse se transforme et perdure.
Y : Mais je ne suis rien devant toi ! Depuis longtemps je me questionne sur ta relative immensité, sur tes méandres de circonvolutions… et nombre de ces matières étranges qu’on ne saurait bien définir. Tel un bhâvana tourné sur le modèle d’un grand abandon, à chaque nouveau cycle, je me fais humble devant toi. Au fil d’innombrables années et dans la lumière, en différentes coordonnées tout comme en mon for intérieur, je peux faire l’expérience de l’inertie puis de l’expansion. La conscience universelle et le calme parfait sont toujours présents, parfois à ma portée…
E : « Tad eva artha matra nirbhasam svarupa shunyam iva samadhih » (Yoga-sûtra, III-3): « Quand le témoin rencontre cela même qui n’a pas de forme, le calme parfait apparaît.»
Y : … oui, parfois à ma portée, si gigantesques soient ces mouvements entropiques, ces contractions de forces et ces rotations célestes !
E : Je suis certes spiralé, maintes fois spiralé… et en mon centre la vacuité. Et comme se plaisent à dire tes congénères astrophysiciens, cette vacuité n’est pas le vide intersidéral, n’est pas le vide tout court… plutôt le potentiel infini d’où émerge toutes les possibilités données à l’atome, à l’humain, et aux autres.
Y : Ces atomes parlons-en ! Ils ne sont principalement que vide organisé autour d’un noyau infime et de quelques particules élémentaires, et idem en ces éléments constitués d’infinitésimaux quarks. De nos microcosmes cellulaires au cosmos illimité, il semble y avoir plus de vide dans toute la création que de matière !
E : La grande Voie, qu’elle soit lactée ou adamantine, est la même en tout cœur et en toute constellation. Shunya n’est pas ce vide vacant, néant métaphysique ou religieux. Shunya est Vide dépourvu de… Vidé de… de quoi selon toi ?
Y : ... ?
E : De son plein tout simplement. Le sans-forme, le non-né, le non- composé, le non-manifesté, n’est-ce pas cet essentiel, ce Tout que tu recherches via cette plate-forme des possibles que je représente ?
Y : Alors, contre Aristote et son horror vacui qui a prédominé les sciences dures pendant deux millénaires, tu argues que la nature n’a pas horreur du vide mais qu’au contraire, la nature est l’amour du vide ?
E : Il ne sera pas le dernier à émettre des hypothèses de travail...
Y : Oui : de la « quinte essence » d’Empédocle, en passant par l’éther des Grecs à sa suite, le Prâna des Hindous, et jusqu’à la matière noire des chercheurs contemporains. Tout nous dirige vers Rien ! Est-ce encore un dvandva à résoudre ?
E : Certaines réponses apparaitront d’elles-mêmes. « Isvara pranidhanad va » (YS, I-23) : « Ne t’en fais pas. ». Et dépose délicatement et fermement tes pieds sur moi, comme chaque matin depuis longtemps. Après tout, je ne suis que l’espace de ton tapis de yoga !
Y : D’aucuns diraient « Petit mais sans fin ! »
E : Résumons donc : « Atha yoganushasanam » (YS, I-1) : «  Et maintenant : pratiquons ! ».

Photo : Brian McMahon

Quoi de plus stimulant pour évoquer l’espace, le lieu de nos possibles dans la pratique du yoga, que d’explorer les principes qui le rendent prégnant ?
Extraordinairement multiples, juxtaposant l’infinité de nos potentiels d’actions, de compréhensions, et un rapport personnel à la dualité absence/présence inexpressible dans son essence. Ainsi, la notion de vacuité et ses variantes sont, moins paradoxalement qu’il n’y parait, un bon moyen de s’approcher de l’espace dans ses différentes dimensions : scientifiques et corporelles, mentales, sensitives et philosophiques.
Telle que nous l’expose Trinh Xuan Thuan, dans un chapitre traitant des systèmes de numérotation des premières civilisations et des différentes erreurs de pensée à travers les âges, l’apparition du chiffre 0 nous invite à expérimenter La Plénitude du vide (Albin Michel, 2016). C’est la conceptualisation du 0 (apport indien et non arabe : ces grands amoureux des sciences ont simplement répandu, via des traductions sanskrit-arabe puis arabo-latine, le concept emprunté à l’est de leur territoire au VIIIe siècle) qui sous-tend l’infini et le vide honnis par les anciens Grecs, qui permet le démarrage des mathématiques modernes et l’abandon, dans l’espace concret, des bouliers, abaques et autres cordelettes.

«Regarder loin, c'est regarder tôt »

Un autre savant vulgarisateur de talent, Hubert Reeves, expose dans Patience dans l’azur (Seuil, 1981) la maxime suivante : « Regardez loin, c’est regardez tôt. » Entendez qu’observer grâce aux télescopes les plus puissants le cosmos et les objets célestes les plus lointains revient à observer littéralement les premières secondes de l’univers, juste après le big bang, un passé immémorial à peine concevable… Dans nos pratiques diverses, et surtout méditatives, je pose par analogie inversée, que s’intérioriser profondément, au plus proche du souffle intime, revient à être toujours plus présent à soi et au monde, à observer avec toujours plus d’acuité le plus intense de sa propre actualité (à la lunette « égonomique » d’asmita, au sens de Je-suis-té ?).
L’espace-temps du tapis de yoga, quand il rythme quotidiennement nos saisons, s’applique dans le champ et le hors champ, dans le narratif et l’ellipse, dans le su et l’insu. Il étend sa place dans chaque mouvement, interne ou externe, permis par l’espace vierge qui nous laisse libres d’y appuyer notre empreinte. Car c’est un espace qui devient créateur et synonyme de libertés : dans les mouvements vigilants du corps et des flots cognitifs, dont les enseignements de Patañjali nous aident à minimiser les effets de marée ; s’étalant depuis les imperceptibles étirements du réveil jusqu’aux mouvements, ô combien psychiques, du temps du rêve.
Les intuitions philosophiques de nombreux courants de pensée sont aujourd’hui corroborées par les découvertes scientifiques de ce siècle : c’est bien le vide qui définit la matière, la vacuité d’où émerge la manifestation, le vacant qui induit le mouvement. Aussi l’espace, et ses différents espaces, n’ont pas fini de nous en conter.

Les souffles : une question d’espace…

Auteur: 
MARGHERITA Marina

par Marina Margherita, formatrice IFY

 
La pratique présentée ici, par le travail équilibré qu’elle propose sur l’inspiration et l’expiration, sur la flexion et l’extension, l’ouverture et la fermeture, les postures debout, allongées et assises est de tendance samâna, à la fois énergisante et apaisante. 

Cette pratique vise aussi à ouvrir l’espace en samâna sthâna, la zone épigastrique ou médiane, pour la rencontre des deux énergies du haut et du bas du corps, prâna et apâna qui collaborent pour libérer le mouvement du diaphragme.
Par l’expiration et la suspension poumons vides le souffle apâna rapproche les déchets du feu digestif situé dans la zone du nombril et, en les brûlant, libère l’espace pour permettre au souffle de vie, prâna, de descendre avec l’inspiration. Quand samâna, le souffle du milieu, est maîtrisé, les nutriments sont assimilés et distribués de façon harmonieuse dans toutes les parties du corps. « Alors la personne rayonne de vitalité. » (Yoga-sûtra, III-40)


Points d’attention qui peuvent être proposés pendant toute la pratique

On suit mentalement le mouvement descendant de l’inspiration du sommet du crâne vers le nombril et le mouvement ascendant de l’expiration du nombril vers le sommet du crâne.
On propose de vivre les suspensions à plein et à vide comme des moments qui relient l’inspiration et l’expiration, en favorisant une sorte de continuité entre les deux phases respiratoires. Le vide prolonge l’expiration et ouvre à l’accueil de la nouvelle inspiration. La suspension poumons pleins prolonge l’inspiration en diffusant le souffle vital dans l’espace du milieu libéré par l’expiration.


Explications sur la pratique

Cette séance se conclut par une exploration prolongée de maha mudra, le « grand geste » qui ramène le souffle de vie au centre du corps en reliant l’avant et l’arrière, le haut et le bas, le côté gauche et le côté droit. On prépare ce « geste » de grande maîtrise/lâcher prise, en travaillant de façon assez systématique dans toute la séance :
Postures de flexion (5), (7) et d’extension (2), (4), (8), en alternance et en combinaison (3), (6).  
Postures symétriques (travail dans l’axe) et asymétriques (exploration d’un côté du corps, puis l’autre)
On retrouve la recherche d’équilibre entre les opposés dans la proposition de rythme carré qui égalise les 4 phases respiratoires (inspiration = expiration = suspension poumons pleins = suspension poumons vides) dans la (8) et la (9) et dans l’assise de fin de séance. Ce rythme est préparé par l’allongement progressif des 4 phases dans les postures qui précèdent et conclut la séance dans le pratiloma ujjayi prânâyâma (IN ujjayi, EX narine gauche, IN narine gauche, EX ujjayi, IN ujjayi, EX narine droite, IN narine droite, EX ujjayi) qui libère et régularise la respiration en ramenant le souffle dans le canal médian de la gorge après la circulation dans chaque narine.

La pratique : cliquez ci-dessous sur le fichier attaché




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Témoignages

Catherine, Carole, Claire et Armelle témoignent…

La crise du covid-19 a frappé fort dans la vie de chacune et de chacun. Que ce soit sur le plan personnel ou relationnel, nous avons tous été touchés, bousculés, affectés parfois avec une grande violence. Selon la situation, nous avons été invités à être présents, actifs, créatifs, en un mot fermement installés dans le présent, portés par ce qui relie l'HUMAIN en nous, le YOGA.
Nous publions dans cette Newsletter de rentrée les récits d'une pratiquante  et de deux professeures et de yoga « confinées ».

 
Photo : Gil Ribeiro

De la solitude au partage
par Catherine Vautier


Le confinement brutal m'a mise de but en blanc devant le désir de partager, tout en n’étant qu’une simple pratiquante, ce que j’avais reçu, jour après jour, des enseignants de l'IFY depuis de nombreuses années – trente-huit ans!. Pendant deux semaines j'ai pratiqué seule chaque matin comme je le fais d’habitude, et chaque soir je m'asseyais devant mon « élève » et donnait une séance de yoga avec le plus d'attention possible à un autre corps que le mien…
Cela a été tout sauf facile. Je me suis alors tournée vers le site d’une association de professeurs de l’IFY-IDF qui publie régulièrement des séances audio extrêmement bien articulées et diversifiées. Devant participer à un stage cet été avec un formateur de l’IFY, ce dernier m'a invitée à ses séances sur Zoom et fait bénéficier des enregistrements audio, très commodes à utiliser car on peut choisir son moment pour pratiquer. Ma reconnaissance envers ces professeurs n'a que la limite du dicible, car dès ce moment j'ai été soulagée, et ai moi-même pratiqué ces séances le matin, mon « élève » à mes côtés dans une parfaite équanimité.
 
Je me suis rendue compte de la difficulté qu'il y a à enseigner, et j’ai vivement regretté de n'avoir pas suivi la formation. Le confinement m'a donné envie de pratiquer encore plus qu'avant... Grâce à des enregistrements, j'ai enrichi ma pratique personnelle et continue d'y avoir recours de temps à autre. C'est plutôt le déconfinement qui est difficile, les séances via un ordinateur sont un pis-aller, et la solitude sur le tapis n'en est que plus forte. Sans parler des aléas de la connexion internet. Il va sans doute falloir s'habituer à cette nouvelle façon, mais l'échange n'est plus le même.
Carpe diem !

« J’ai pratiqué chaque matin… »
par Carole Charpentier, professeure IFY

Comme toujours, et encore plus pendant ce confinement, le yoga a été fondamental pour moi. Plus qu'un soutien, il est un véritable appel pour moi et fondamental dans ma vie.
J'ai pratiqué chaque matin, avant de télétravailler, plus que d'ordinaire donc, et c'était mon ancrage, mon oxygène, mon ressourcement, ma connexion avec mes forces à la fois physiques et spirituelles si importantes pour moi en cette période de peurs largement relayées dans les média.
J'ai aussi envoyé des séances à mes élèves, et comme nous n'avons pas encore repris car en zone orange, des petites vidéos.
Je remercie chaque jour le ciel et la vie de m'avoir mis sur la voie du yoga depuis l'âge de 20 ans – j'en ai aujourd’hui 58 (les gens disent que j'en fais quinze de moins, ha ! ha !, il parait que c'est grâce aussi au yoga…).
Bien fraternellement
Namasté

«  Une période riche pour s'adapter, se ré-inventer »
par Claire Lemeunier, professeure IFY

Je suis professeur depuis 2018, formée et toujours élève auprès de Laurence Maman. L'annonce du confinement a tout d"abord été accueillie pour moi par un soulagement. Ayant accepté trop d'heures de cours de yoga cette saison, j'avais besoin de me reposer pour retrouver de l'énergie.
Je voulais néanmoins garder le contact avec les pratiquants et j'ai donc mis en place assez rapidement des séances en direct plusieurs fois par semaine, les même séances en PDF et parfois des enregistrements sons pour des relaxations.
Il m'a fallu un temps d'adaptation. Se retrouver face à un ordinateur pour animer les séances me paraissait au début vide de sens. Mais une fois familiarisée avec les outils informatiques, ce lien créé avec les pratiquants m'a permis de garder un rythme tout en profitant des belles journées de printemps (j'habite à la campagne, à proximité d'une forêt). Pendant cette période psychologiquement perturbante, les outils du yoga ont été une aide pour de nombreuses personnes et aussi pour moi. Ma propre pratique était plus tournée vers des enchaînements doux et courts d'asanas,  et des temps de pranayama et d'assises méditatives plus longs.
Les retours des pratiquants étant chaleureux et variés, j'ai proposé alors de mettre en place un journal de bord du yoga pendant le confinement. Une dizaine de personnes ont participé. J'en ai fait une synthèse et leur ai transmis.
Actuellement j'ai repris certains cours en présentiel dehors quand le temps le permet et garde encore une séance en direct par semaine.
Plusieurs personnes m'ont aussi confiées que de par la fréquence plus importante de leur pratique, elles ont senti une évolution dans leur exploration du yoga.
A posteriori, je me suis rendue compte que ces semaines passées devant mon ordinateur à guider les séances sans trop voir parfois ce que faisaient les pratiquants, a été un entrainement à prendre une certaine distance avec eux. Je suis toujours présente pour ajuster les propositions, mais avec une implication plus apaisée.
Ce fut en tout cas pour moi, une période riche pour s'adapter, se ré-inventer tout en retrouvant un rythme plus lent, plus proche de nos besoins naturels.  

Garder le lien, telle est la question...
par Armelle Blouin, professeure IFY

Photo : Waldemar Brandt